• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile


Commentaire de Pie 3,14

sur Crime de lèse-Chavez


Voir l'intégralité des commentaires de cet article

Pie 3,14 7 mars 2013 20:03

Je suis d’accord avec vous sur plusieurs points.

Chavez n’était ni dictateur ni despote. Il a gouverné en étant élu et bien élu, les partis d’opposition existent au Vénézuela ainsi qu’une presse pluraliste. Il ne s’est pas goinfré sur le dos de l’Etat comme tant de dirigeants le font ailleurs, il a réellement fait diminuer la pauvreté dans son pays en y consacrant une part importante de la rente pétrolière. Enfin, il a fait de ce petit état une voix importante en Amérique de Sud face au géant américain qui a toujours considéré cette partie du monde comme son arrière cour.

Cela dit, certaines critiques de ses opposants doivent aussi être entendues.

il a fait preuve de népotisme en plaçant sa famille au sein de l’Etat. Il a muselé les grands médias ( radio, tv ) qui s’adressent au peuple devenus la voix du président. Il a fait preuve d’autocratisme ( culture militaire oblige ) et a ultra-centralisé le pouvoir, ce qui au passage pose la question de la survie du chavisme aprés la disparition du leader. Il a beaucoup utilisé l’invective et l’intimidation à l’égard de ses opposants. Ces réserves dites, il ne faut pas oublier que l’histoire politique des pays d’Amérique du Sud et Centrale jusque très récemment est remplie de dictateurs, de corruption, de violence et de régimes ubuesques. Compte tenu de ce contexte, le régime chaviste est loin d’être le plus criticable.

L’échec à mon sens est plutôt économique. Le Vénézuela est un puits de pétrole. Chavez dont la culture économique est castriste donc soviétique a beaucoup étatisé. Dans un premier temps, cela a permis à l’Etat de récupérer des fonds utilisés pour les programmes sociaux.

Puis sont apparus les travers qui touchent touchent toutes les économies trop étatisées. Peu d’investissements, une production et une productivité qui stagnent. la hausse du prix du pétrole a occulté ces problèmes de même que l’absence de politique industrielle véritable.

Les signes d’une extrême fragilité économique sont pourtant évidents. Le Vénézuela importe presque tous les produits qu’il consomme, sa dépendance vis à vis de l’extérieur est devenue complète y compris pour l’alimentation. L’inflation galope, c’est une économie de rente comme la Russie actuelle, sans tissu industriel solide à la merci du moindre retournement de conjoncture que l’explosion de l’exploitation du gaz de schiste dans le monde peut mettre en difficulté rapidement.

Mon sentiment est que Chavez est un leader charismatique qui a su apporter du bien-être aux plus pauvres, a joué le jeu démocratique à la manière Sud-américaine mais n’a pas su utiliser au mieux le formidable pactole sur lequel le pays est assis.

Un succès en trompe l’oeil en somme. L’exemple de la Norvège est à cet égart révélateur. Ce petit peuple, un des plus prospère au monde ( revenu moyen 55000euros) a utilisé sa rente pétrolière ( terminée dans 20 ans alors que le Vénézuela a les plus grosses réserves mondiales) au mieux. A savoir : des investissements industriels ambitieux soutenus par l’Etat et suivis par le privé afin d’assurer l’après pétrole, une redistribution sociale généreuse, la création du plus gros fond de pension mondial qui assure les retraites des norvégiens pour au moins 50 ans.

Certes, ces deux pays ne partaient pas des mêmes bases mais on voit là la différence entre le pragmatisme social-démocrate du Nord de l’Europe et la générosité sociale mélée de naïveté économique du socialisme caribéen. 


Voir ce commentaire dans son contexte





Palmarès