Qu’est-ce que l’accessibilité, et qu’est-ce que « tout » ?
Et qu’est-ce qu’un invalide peut, raisonnablement de son propre point de vue, demander ?
Un exemple : un hôtel particulier du XVe siècle, hôtellerie depuis trois quarts de siècle, dans la partie la plus escarpée d’une bourgade provençale.
Des personnes à mobilité réduite s’y présentent quelquefois, et elles y sont aidées en fonction de leurs besoins. Le plus souvent, même si elles ont fait la grimpette jusque là, elles ne sont pas fâchées - et on les comprend - de retourner loger en plaine.
Si j’étais, définitivement ou temporairement, invalide, il me semble que je préfèrerais les lieux les plus confortables, à moins que je me jette le bizarre défi de l’accès pour l’accès, indépendamment de l’agrément. Mais dans ce cas je l’assumerais seul.
Or dans cet hôtel, l’accès aux chambres se fait par deux escaliers en colimaçon. Ce n’est pas tout : il y a un cagnard, petite logette sur le toit à laquelle on accède par une échelle, agréable pour lire ou dessiner.
Un invalide peut-il exiger
- d’être logé, et dans ce cas exiger qu’on équipe les lieux en conséquence (au lieu de bêtement le porter) ?
- d’accéder à tous les locaux ? je doute pour ma part qu’il goûte le cagnard.
Dans les deux cas, l’exécution stricte des règlements impose à l’hôtelier, soit de mettre la clé sous le paillasson, soit de ravager son hôtel pour mettre des équipements dont les problématiques invalides seront peut-être les premiers à déplorer qu’ils défigurent les lieux. Imaginez en outre ce que les services de sécurité penseront devant des équipements de toute façon inutilisables en cas de sinistre.
Ah, encore, s’il n’y avait que les invalides ... Mais il y a les associations qui les représentent et qui se sentent forcées - on les comprend, mais c’est un peu triste - de renchérir sur les désirs de leurs mandants.
Et puis il y a les autorités. Le maire, qui peut accorder une dérogation, en assume ipso facto la responsabilité, comme c’est logique. Mais c’est inconfortable pour lui. Comme pour les élus qui voudraient tempérer les exigences excessives ou irréalistes.
Bref, je tremble un peu pour l’hôtelier.
Si j’étais scénariste, à la dernière scène, une vieille dame, passant devant l’huis en fauteuil roulant, remarquerait : « Hôtel fermé » ? Ah, c’est dommage ...