Nos adversaires, à nous nationalistes, qu’ils se réclament du socialisme, du communisme ou du libéralisme, ont ce grand avantage qu’ils sont naturellement des religieux, que leurs doctrines sont intrinsèquement religieuses, en ce sens qu’ils croient à l’avènement de l’Homme nouveau, d’une humanité idéale à venir, ils sont, en dernière analyse, totalement et fondamentalement des messianismes.
Prenons l’exemple du peuple juif qui est très éclairant sur le sujet. De nombreux juifs, « ce peuple de prêtres » disait Nietzsche, sans doute lassés d’attendre un Messie qui ne vient pas, ont cru se voir laïques alors que de toutes leurs forces, ils ne faisaient que tenter d’inventer un nouveau messianisme religieux (Marx en est un bon exemple) ; et c’est essentiellement ce qui fait - et comment comprendre les paradoxes juifs autrement ? - que ce peuple se divise grosso modo en trois catégories : les orthodoxes, les socialo-communistes et les ultra-libéraux (désormais convertis au Mondialisme, cette nouvelle forme de messianisme qui est bien plus puissante que le libéralisme traditionnel en cela qu’il tend à se rapprocher de l’idéal marxiste par sa finalité qui est - officiellement - la libération de l’humanité.)
Le nationaliste se sent alors bien seul face à tous ces monstres religieux ! Comment lutter contre la Foi ? Car la Foi emporte tout, et d’autant mieux qu’elle explique tout, s’arrange de tout, comme le personnage de Pangloss pour qui les pires catastrophes servent en vérité le dessin final d’un Grand Architecte maçon : « tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles ». Comment opposer sa Terre et ses Morts aux grands prêtres de l’Humanité tout entière ? Le nationaliste français, qu’on ne peut réduire à un fasciste italien ou à un national-socialiste allemand, doit trouver sa religion, son messianisme, sans quoi il demeurera le grand perdant moderne ; et au-delà de lui-même c’est toute sa Culture, son Histoire et son Peuple qui disparaîtront bientôt, et au-delà encore, les Cultures, les Histoires et les Peuples. C’est demain.
« Je sens depuis des mois que je glisse du nationalisme au catholicisme. C’est que le nationalisme manque d’infini. »
(Maurice Barrès, Mes cahiers, 1910-1922).