Contre le négationnisme, une seule solution : l’histoire, les faits…
Il faut lire Michelle Perrot, historienne, très grande spécialiste de l’Histoire des femmes.
"Le féminisme est né des contradictions de la Révolution française qui, proclamant les droits universels de l’homme, en excluait les femmes. L’abbé Sieyès plaçait les femmes parmi les « citoyens passifs » ayant droit à la protection de leur personne et de leurs biens, mais non à l’exercice de la citoyenneté. Les femmes sont rangées d’emblée aux côtés des mineurs, des pauvres et des étrangers, la discrimination sexuelle étant la plus forte de toutes, parce que définitive.
Hors de l’histoire, elles sont aussi hors de la culture.
Après la Révolution, l’analphabétisme des filles s’accroît. L’Etat se soucie peu de leur instruction, laissant leur éducation à l’Eglise, si efficace dans l’inculcation de leurs devoirs.
La domination des femmes, entérinée par le Code civil, est colportée ou imitée dans toute l’Europe. La figure du père s’est substituée à celle du roi, y compris dans la République qui s’incarne symboliquement dans une femme ? la Marianne ? pour mieux l’ignorer.
Ainsi le féminisme s’est servi de toutes les formes de l’appareil démocratique pour insérer les femmes dans la cité. Les initiant à l’écriture, à la parole, à l’association et à la chose publique, il est facteur d’inclusion et d’éducation à la modernité. A bien des égards, il a été lui-même créateur de modernité et a préfiguré ce que sont les mouvements sociaux actuels, et ceci de plusieurs manières.
Le féminisme n’est pas une « avant-garde » qui s’inscrirait dans un ordre de marche militaire. On pourrait plutôt le comparer à une artillerie légère, mobile, capable d’offensive et de repli tactique, sans rien lâcher sur ses objectifs. Peu enclin à s’incarner dans des organisations stables, dédaigneux des chefs, il se dissout après le succès ou l’échec, plus soucieux d’incorporer les revendications acquises à l’ensemble de la société qu’à se pérenniser, opérateur efficace de mutation sociale.
Plus fondamentale encore est la fonction critique du féminisme, sa remise en question des normes admises : l’universel, le naturel, le masculin et le féminin, donnés comme des évidences éternelles.
Chaque verrou tiré suscite des résistances, des bouffées d’antiféminisme contre les « bas-bleus », les « cervelines » (titre d’un ouvrage de la romancière catholique Colette Yver). Les antiféministes stigmatisent ces avancées, coupables de la crise de la famille, de la société et de la nation, discours dont le régime de Vichy fera son Leitmotiv."