Il faudrait éviter les discours ethno-centrés, l’Afrique vit sur des montagnes d’or, mais, pris dans son ensemble, nous devons admettre en première instance que ce continent n’a pas cet esprit moderne malsain de l’accumulation des richesses, cette soif de la quantité, cette obsession de la possession qui caractérisent les sociétés de consommation. La soumission de la Nature par l’Homme, et son exploitation sans limites n’entre pas dans le paradigme de l’Homme africain, et c’est une bonne chose ... mais alors il se laissera déposséder d’autant plus facilement que ces « ressources » ne lui sont pas « utiles », ne pouvant être manufacturées sur place, et ne voyant probablement jamais d’autres fruits que le salaire de la misère. Les discours sur le développement de l’Afrique et les centaines de milliards (pour une grande partie, de la dette ...) essaimés depuis la période post-coloniale par les organismes internationaux et les Etats du nord en disent long, et les résultats misérables à ce jour devraient finir de nous convaincre que l’Occident n’a jamais vu l’Afrique comme un partenaire, ou ne l’a jamais estimé à sa « valeur », mais comme un rouage. D’ailleurs une majorité de pays d’Afrique sont déjà abandonnés à leur sort (qui n’est pas forcément misérable) par les tenants du développementisme, qui n’ont réussi à n’en rien obtenir (et c’est encore une bonne chose, d’une certaine manière). Ce n’est pas le socialisme, ni le marxisme, ni le libéralisme qui expliquera ces défaillances, cette apparente mauvaise volonté que mettrait l’Afrique à se développer, mais la connaissance approfondie des cultures africaines, qui semblent hors de portée de la morsure occidentale et de son poison. Mais il faut alors étudier ces cultures sans vouloir y plaquer une grille de lecture idéologique, et avec cette sympathie, presque cet amour que peut avoir le voyageur-chercheur pour l’ « objet » de sa « curiosité » (si je puis dire). Le contact sincère avec l’Afrique réelle ne peut que donner des frissons et des émotions intenses devant une si belle humanité. J’espère ne pas laisser penser que j’adopte ici une posture moraliste, mais je crois qu’il n’est plus acceptable de voir en chaque être humain, quelle que soit sa culture, une machine à consommer en puissance, des êtres prédisposés naturellement à assouvir ses moindres désirs. Il faut l’accepter définitivement, pour les raisonnables. Désolé pour la digression, elle n’est pas liée à cet article.