En Tunisie, l’opposition implique les autorités dans les meurtres politiques
Quiconque réclame aujourd’hui, parmi les personnalités politiques tunisiennes, la protection de la police, l’obtient aisément. Mais sept mois après l’assassinat de l’opposant de gauche Chokri Belaïd, tué par balles devant son domicile à Tunis, le 6 février, la vigilance des forces de sécurité a, semble-t-il, failli.
Selon une note interne des services tunisiens, onze jours avant le meurtre d’un deuxième opposant, Mohamed Brahmi, tué également par balles à Tunis, le 25 juillet, les renseignements américains avaient prévenu que ce dernier, député de Sidi Bouzid, était susceptible d’être la cible d’un attentat par des « éléments salafistes ». Le ministre de l’intérieur tunisien, Lotfi Ben Jeddou, a reconnu, vendredi 13 septembre, l’existence de ce document tout en affirmant ne pas en avoir été informé « en temps opportun ». Il a annoncé l’ouverture d’une enquête à ce sujet.
Les avocats et le collectif Initiative pour la recherche de la vérité sur l’assassinat de Chokri Belaïd (IRVA), qui s’est constitué pour mener ses propres investigations, sont parvenus à mettre la main sur cette note dont ils conservent des photocopies. Sous la référence 6064 K5/2, cette dernière, datée du 14 juillet et classée « confidentiel défense », indique que la CIA avait prévenu que « certains éléments à leur disposition » faisaient craindre une tentative d’assassinat par « des éléments salafistes » sur un élu de l’Assemblée nationale constituante, dont ils citaient le nom, Mohamed Brahmi – « sans précision supplémentaire », était-il ajouté.
« IL N’AVAIT PAS DEMANDÉ DE PROTECTION »
Signé par deux responsables de la sûreté extérieure et de la sous-direction de la coopération internationale tunisiennes, le document est également paraphé par le directeur des services spécialisés, Mehrez Zouari, et par Wahid Toujani, directeur de la sûreté nationale, avec ce commentaire : « aviser la direction de la sûreté publique ». Ce qui fut fait si l’on en croit une deuxième note en forme de bordereau de transmission adressée à son directeur, Mustapha Taïeb Ben Amor. Et puis plus rien.
Selon sa veuve, Mohamed Brahmi n’a jamais été prévenu qu’une menace pesait sur lui. « Il n’avait pas demandé de protection », assurait au Monde, en août, le ministre de l’intérieur, Lotfi Ben Jeddou. L’information américaine se serait perdue dans les méandres de l’administration, faute d’avoir été suffisamment prise au sérieux. « Le ministère (...) reçoit plein d’informations ou déclarations émanant de ses propres sources ou obtenues dans le cadre de la coopération internationale avec des pays amis et frères, informations qui sont traitées et évaluées », a réagi le ministère, vendredi soir.
Dans un long communiqué rendu public en arabe et, fait assez rare, en français, il dénonce des « rumeurs (...) à propos de la possible implication de certains cadres de la sécurité dans l’assassinat du martyr Mohamed Brahmi, du fait d’avoir été très négligents au sujet des mesures de sécurité pour le protéger malgré des informations reçues sur une possible tentative de le tuer, et ceci sur la base d’un document administratif interne obtenu illicitement ».
« INFILTRATION DANS L’APPAREIL SÉCURITAIRE »
Une mise au point qui s’achève par un appel lancé « à toutes les parties, quelles que soient leurs appartenances ou tendances (...), à garder le ministère de l’intérieur en dehors des conflits politiques, surtout à cette étape très sensible dans l’histoire de notre pays ».
Dans le climat délétère qui règne en Tunisie, plongée dans une crise politique aggravée depuis le 25 juillet, les défenseurs des deux opposants tués n’hésitent pas à mettre en cause le gouvernement dominé par le parti islamiste Ennahda, notamment en ce qui concerne les nominations au ministère de l’intérieur. « A ce niveau-là, on ne peut plus parler de négligence, mais de complaisance ou d’une infiltration dans l’appareil sécuritaire », assène l’avocat Nizar Senoussi.
« Les dysfonctionnements du ministère de l’intérieur sont le résultat de nominations partisanes », renchérit Taïeb Laguili, un entrepreneur membre de l’IRVA. Le directeur des services spécialisés, Mehrez Zouari, a été muté en août à la tête de l’Ecole supérieure des forces de sécurité intérieure. Au même moment, Wahid Toujani, nommé en avril patron de la sûreté nationale, avait annoncé que ses services étaient parvenus à déjouer une tentative d’assassinat sur une personnalité politique à Hammam Sousse, ville située à environ 130 km au sud-est de Tunis, sans révéler de nom.
Source :
Salah HORCHANI
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