Hannibal Genséric,
Dès le 16e chapitre de « La cité de Dieu », le berbère Saint-Augustin consacre une bonne vingtaine de pages - qui nous font grandement rigoler aujourd’hui parce qu’elles enfoncent des portes ouvertes !- au « cas des chrétiennes outragées », c’est-à-dire ces femmes qui ont été violées à Rome par les soudards d’Alaric. Il blâme celles qui, à l’imitation de Lucrèce, se sont donné la mort, et il ajoute même, pour achever de démolir des préjugés de son temps qu’il juge déjà un peu stupides : « [...] à celles qui s’enorgueillissaient que leur chair fût indemne de tout contact étranger ; à celles qui eussent été disposées à s’en enorgueillir, si elles n’eussent été maniées par la violence des ennemis, on ne peut dire que la chasteté ait été ravie, non, c’est l’humilité qu’elles y ont gagnée. Dans un cas, elles ont été guéries d’une enflure morale déjà installée ; dans l’autre, il a été coupé court au mal qui les menaçait. » (édtion Garnier, page 93, tome 1).
Autrement dit, étant donné l’orgueil qu’une brave Romaine, à cause des moeurs de son temps, pouvait être tentée d’éprouver à l’idée d’être restée vierge, la triste expérience qu’elles ont faite les a au moins préservées de ce péché capital. Nul doute que pour l’évêque d’Hippone, qui avait de son côté « longtemps forniqué loin de Dieu » et qui était bien loin d’être puceau, une folle de virginité jusqu’à l’orgueil ne valait pas mieux qu’une petite cochonne folle de son corps, et peut-être même beaucoup moins.