A quoi sert un député européen ? A encaisser pardi !!! 
Le Point.fr - Publié le 12/12/2013 à 08:17 - Modifié le 14/12/2013 à 19:19
Rachida Dati nous répond. Nous maintenons nos informations !
La maire du 7e arrondissement a gagné plus de 500 000 euros d’honoraires d’avocat en 2012. Un métier lucratif, surtout si l’on sait jouer de son influence.
Par MÉLANIE DELATTRE ET CHRISTOPHE LABBÉ
Rachida Dati serait-elle plus riche qu’elle ne le dit ? Il y a un an et demi, dans une interview au magazine Elle, l’ancienne garde des Sceaux affirmait : « Je gagne environ 6 000 euros par mois en tant que députée européenne et rien pour mes fonctions de maire. » Pourtant, d’après les informations du Point.fr, Rachida Dati touche en réalité chaque mois huit fois la somme indiquée, soit 50 800 euros par mois.
L’élue passe en effet sous silence ses confortables revenus d’avocate, métier qu’elle exerce en parallèle de ses mandats de parlementaire et de maire du 7e arrondissement de Paris. Dans sa déclaration de transparence financière exigée par le Parlement européen, l’ex-ministre de Nicolas Sarkozy chiffre ses « activités annexes » à plus de 10 000 euros par mois. En réalité, Rachida Dati a perçu l’année dernière 512 416 euros d’honoraires d’avocat, auxquels s’ajoute une rémunération de 98 000 euros en tant qu’élue.
Qui sont les généreux clients de maître Dati ? C’est ce que veut savoir une ONG bruxelloise spécialiste des questions d’environnement. Dans un courrier daté du 6 novembre rendu public par i<Télé, Friends of the Earth Europe demande des comptes à Rachida Dati. L’association souhaite lever le doute sur un éventuel trafic d’influence. L’eurodéputée, qui siège comme suppléante à la commission de l’Industrie, de la Recherche et de l’Énergie, a pris de manière étonnante fait et cause pour l’industrie gazière. Le 13 octobre dernier, l’élue signait une virulente tribune dans Les Échospour demander que l’on arrête de subventionner les énergies renouvelables qui faussent la concurrence avec les énergies fossiles. Et d’appeler dans la foulée à ouvrir au plus vite le débat sur les gaz de schiste.
Mélange des genres
Certains parlementaires s’interrogent ouvertement sur ce soudain intérêt de Rachida Dati pour les questions d’énergie, un thème qui lui a inspiré de nombreux amendements. Lui sont-ils soufflés par ses clients ? Interrogée par Le Point, Rachida Dati refuse d’apporter la moindre précision sur ses activités d’avocat. D’après notre enquête, l’élue du 7e arrondissement aurait travaillé comme consultante pour GDF Suez, ce que le groupe de Gérard Mestrallet ne confirme ni n’infirme. En 2011, la maire du 7e avait organisé une conférence intitulée « L’Azerbaïdjan : un partenaire stratégique pour la sécurité énergétique en Europe », suivie d’un dîner de 400 couverts au musée Rodin à Paris. Des festivités financées par la Fondation Heydar Aliev, une organisation caritative privée d’Azerbaïdjan, pile au moment où GDF et Total lançaient l’exploitation d’un gros forage gazier dans ce pays. Il y a une semaine, la vice-présidente de l’UMP était à nouveau à l’honneur lors du Forum Énergie de l’université Paris-Dauphine, ouvertement sponsorisé par GDF Suez. Une fois de plus, l’euro-députée a défendu bec et ongles la recherche sur les gaz de schiste et relayé la position des gaziers européens pour une fiscalité énergétique harmonisée.
Ce n’est pas la première fois que Rachida Dati est accusée de mélange des genres. Trois mois après son arrivée à Strasbourg, l’euro-députée avait déclenché la polémique en omettant de faire figurer dans sa déclaration de transparence financière la société de consulting qu’elle venait de créer. Prise la main dans le sac, l’ancienne ministre avait très vite migré du statut d’entrepreneur - obligé de déclarer ses comptes - à celui d’avocat, nettement plus discret...
Rachida Dati nous répond
Quelques heures après la publication de cet article, Rachida Dati a diffusé un communiqué dans lequel elle dément tout conflit d’intérêt entre ses activités d’avocate et son mandat de députée européenne. Le Point.fr maintient la totalité des informations parues et s’étonne du silence de l’ex-garde des Sceaux sur le montant et l’origine de ses honoraires. Non seulement Rachida Dati a touché l’an passé 512 416 euros d’honoraires d’avocat, mais, dès 2010, un an seulement après avoir prêté serment, le total de ses honoraires s’élevait déjà à plus de 600 000 euros...