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Commentaire de Gugu

sur Hommage à Dominique Baudis, homme d'État


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Gugu Gugu 12 avril 2014 08:46

« Un homme d’État est un homme qui veut avant tout agir selon l’intérêt général. »

Quelle bonne blague que de dire que Baudis agissait selon l’intérêt général...
Si effectivement, Baudis a beaucoup fait pour Toulouse, il s’est surtout occupé de la vitrine et des têtes de gondoles, en s’empressant de dissimuler le moins clinquant au fond du magasin ou dans l’arrière boutique...
J’ai grandi dans un quartier populaire de Toulouse, pas une cité, juste un quartier un peu vieux, peuplé de tous types de population : des vieux pauvres, des fonctionnaires qui vivaient bien, des ouvriers, des commerçants, des jeunes qui faisaient hurler leur Trust ou Renaud par leur fenêtres de chambres grandes ouvertes, des gitans, des maghrébins (on disait arabes à l’époque), des blacks, des portugais, des espagnols... les rues étaient assez sales, les trottoirs souvent défoncés, les façades bien défraichies... la ville était bien plus grise que rose, mais la vie elle était beaucoup plus rose qu’aujourd’hui.
Au fil des années 80, un grand coup de balai a été donné dans ces vieux quartiers (ce qui n’a pas fait de mal à l’image de ces dits quartiers), mais ça c’est fait au prix d’un déplacement de population insidieux qui a tué cette mixité de population.
Tout au long de mon enfance et de mon adolescence, j’ai des copains, voisins, qui ont déménagés. Je ne me posait pas de question à l’époque, c’est la vie...
Jeune adulte au début des années 90, j’ai travaillé dans le quartier du Mirail, grande cité s’il en est, 50 000 personnes qui s’entassaient dans des barres d’immeuble à l’époque, plus de 10% de la population de la ville. Et là, j’ai revu la plupart des habitants de mon quartier d’enfance qui avaient dut déménager pour cause d’urbanisme galopant.
A ce moment là, une chose m’a frappé, un petit détail qui m’avait échappé jusqu’alors, parce que j’étais trop jeune pour le comprendre... Le quartier dans lequel j’étais arrivé à 4 ans n’était pas le même que celui que j’ai quitté à 17 ans. Du quartier multiculturel qui m’avait accueilli, où chacun faisait découvrir sa diversité à ses voisins ou camarades de classe, on était passé à un quartier de classe moyenne blanche, totalement uniformisé...
Le hic dans cette politique de la ville, c’est qu’on a vidé le Mirail de ces classes moyennes blanches pour y mettre tous ces « colorés » venants d’autres quartiers de la ville... les organismes qui gèrent les placements en hlm avaient des consignes orales afin de diriger les demandeurs « visiblement issu de l’immigration » vers les cités, et les « visiblement de souche » vers les hlm disséminés dans la ville.
J’ai vu des jeunes qui travaillaient bien à l’école, qui refusaient le ramadan, qui mangeaient du cochon quitter mon quartier. Quand je les ai revu 10/15 ans plus tard, les filles étaient voilées, les garçons oscillaient entre stages et délinquance et/ou imposaient à leur entourage des « valeurs » qu’ils voyaient à la télé grâce à toutes les paraboles satellites qui fleurissaient sur chaque balcon. Le mirail, qui était un quartier extrêmement vivant à la fin des années 70, début 80, est aujourd’hui un quartier « ghetto », un quartier dans lequel les flics ont peur de se balader s’ils ne sont pas en nombre.

Alors, Baudis, un grand homme d’état, honnêtement, je ne sais pas... Au vu des pétaudières que sont devenus les cités toulousaines, je dirait non. Il a été organisé des regroupements culturels qui ont débouché sur une non intégration flagrante d’une partie de la population issue d’immigration. On a sciemment mis sous le tapis ce qu’on ne voulait plus voir, et aujourd’hui, 30 ans après, on ne voit que ça quand on habite Toulouse.


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