@ L’auteur : vous êtes patron, je suis ouvrier. Pour autant, nous allons être d’accord.
Longtemps, j’ai défendu la Sécurité sociale bec et ongles, comme un acquis social intouchable, quasi tabou.
Et, un jour, je suis tombé malade. Artérosclérose, invalidité à 80 % ; mais je restais serein : Dame Sécu, glorieuse conquête du travailleur, était là, qui veillait scrupuleusement au grain. Pensais-je.
Un calvaire paperassier absolument invraisemblable – ça ne vous consolera pas beaucoup, mais sachez que la bureaucratie ignore les classes sociales et martyrise aussi bien les petits patrons que les prolos, les chômeurs et les invalides, ça, on ne peut pas lui reprocher de faire de la discrimination – trimballé de bureau en bureau, d’une commune à l’autre, avec mes radios, mes dopplers, mes certificats médicaux, mes fiches de paie, de chômdu, de… Kilos de photocopies et déplacement à mes frais. Ça a duré UN AN, avec trois contrôles à la clé, dans trois centres différents, évidemment, à fournir et re-fournir encore et toujours les mêmes documents, par trois médecins différents, qui à chaque fois découvraient le dossier… Durant tout ce temps – UN AN ! –, Dame Sécu, glorieuse conquête du travailleur, m’a laissé sans un seul centime de rentrée ! J’ai été traîné en justice par mon bailleur « social », avec huissiers, menaces d’expulsion, j’ai dû m’endetter lourdement pour ne pas finir à la rue comme un chien – un de plus ! Depuis, sur mes 895 euros mensuels de pension d’invalidité, je dois rembourser 100 euros par mois, en plus du loyer / Edf / Gdf, etc… dans ce qui reste un des pays les plus riches du monde. Vous avez les moyens de quitter le Titanic, et je m’en réjouis sincèrement, mais je ne peux, vous le comprenez aisément, en faire autant. Je suis loin d’être d’accord avec vous sur tout, il n’y a pas si longtemps, je vous aurais voué aux gémonies pour désertion sociale. Mais, depuis, j’ai fait connaissance avec Dame Sécu, glorieuse conquête du travailleur.