@Luc-Laurent Salvador
Ce n’est pas à moi que vous auriez dû parler de base « horriblement technocentrée » à propos des points de couleur, c’est à Seurat dont le pointillisme pictural a poussé jusqu’au divisionnisme la technique du touche par touche utililisée par un Pissaro, un Renoir ou un Monet et qui a donné à nos regards toujours éblouis le ravissement sensuel des tableaux impressionistes. Croire que voir c’est « avant tout reconnaître les formes et les mouvements », c’est avoir une vision bien intellectualiste de la vision, forme et mouvement étant deux réalités abstraites.
Sans doute les ordinateurs peuvent maintenant reconnaître les formes (ma caméra repère les visages) et les mouvements mais les ordinateurs ne voient pas. En revanche -et je crains que vous n’ayez pas lu ou pas compris mon développement argumentatif sur les anomalies de la vision- il est patent que ceux qui ont des difficultés plus ou moins grandes à reconnaître les formes ou à percevoir les mouvements ont malgré tout des sensations visuelles spatiales, lumineuse et colorées. Et il est patent également -c’est là le syndrome de la vision aveugle- que des sujets qui sont incapables d’avoir des sensations visuelles peuvent néanmoins reconnaître les contours d’objets, leur disposition dans l’espace et même leur couleur uniquement par les informations qui parviennent sur leur rétine et qui sont transmises ensuite aux centres d’analyse du cortex visuel supérieur.
L’idée d’une division de l’espace visuel en points de couleur ne part pas d’une conception « technocentrée » mais d’une conception qui repose sur l’anatomie du cortex visuel primaire où sont disposées de multiples colonnes corticales occupant chacune un point de l’espace cérébral correspondant à un point de l’espace rétinien (sauf pour le point dit « aveugle » où s’embranche le nerf optique). C’est cette disposition qui permet de parler d’espace « rétinotopique ». Que la sensation visuelle passe « avant tout » par l’activité de chacune de ces colonnes qui ne peuvent produire qu’une sensation localisée ponctuellement (un peu comme une piqûre d’aiguille que nous ressentons à un endroit ou à un autre), on en a la preuve. En effet quand le cortex visuel primaire est détruit, on peut avoir l’intégration qu’on voudra des analyses effectuées sur les stimulus reçus par la rétine, on ne verra rien. On ne verra rien non plus si le cortex visuel primaire en bon état est isolé par un biais ou par un autre (coupure du nerf optique ou rupture au niveau des voies descendantes rapportant les analyses du cortex visuel supérieur). Cela suffit à mon sens pour dire que la sensation visuelle, donc la conscience de l’image, n’est aucunement le résultat d’une quelconque intégration mais bel et bien d’une activité du cortex visuel primaire (du moins quant à son origine).
En revanche, et vous m’avez peut-être compris sur ce point) la sensation visuelle n’a pas pour origine l’activité réflexe et sans contrôle des colonnes corticales en réponse automatique aux potentiels d’action du nerf optique et donc aux stimulus sur le tissu rétinien, elle est contrôlée et même refaçonnée par les messages « descendants » provenant du cortex supérieur et de ses centres d’analyse. Qu’il y ait là, donc avant la sensation, une forme d’intégration, c’est tout à fait possible, c’est même quasiment certain. Mais cette intégration reste inconsciente. Ce n’est pas elle en tout cas qui produit la conscience visuelle, l’image qu’on voit pour parler simplement...