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Commentaire de NAMASTE

sur Sarkozy et Hollande ne furent pas de grands hommes


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NAMASTE 12 janvier 2017 22:51

@Christian Labrune


Bonsoir,

Bien que vous me paraissiez plutôt à droite comme moi-même, il est évident que nous n’évoluons pas du tout sur la même longueur d’onde (ce qui prouve la largeur du spectre de notre couleur politique). Ainsi, vous pensez que Gandhi était un parfait crétin et vous tenez René Girard pour un charlatan des plus fumeux. J’ai dit plus haut ce que j’avais à dire au sujet de Gandhi. Si René Girard est plus connu dans les universités américaines qu’au sein des nôtres c’est qu’il parlait du message chrétien en termes qui ne plaisaient pas à l’establishment laïcard français. Il n’est pas le seul « galeux » dans ce cas ( Je pense notamment à Laborit). Malgré tout, à la mort de Girard, F. Hollande n’a pu éviter de se fendre d’un éloge en se gardant, comme d’habitude, d’utiliser des mots qui auraient pu lui écorchent la « guoule » (Obama pratique cet art avec la même dextérité. Il est dommage qu’il ait dilapidé un charisme indéniable pour perpétuer un politiquement correct exécrable). Plus haut, j’ai associé Jean-Pierre Dupuy à René Girard. Cet esprit brillant (2) n’est pas loin de penser que le problème n’est plus de se demander SI une guerre nucléaire aura lieu mais QUAND elle aura lieu (3). Les exemples que vous citez (Corée du Nord, Iran, Islamisme, Russie, Chine) n’augurent en effet rien de bon.

Je ne suis ni pacifiste ni antimilitariste (Ancien officier de réserve de la Marine Nationale, j’ai participé aux essais nucléaires dans le Pacifique ). A plusieurs reprises, j’ai raconté « Les cons » de Daladier à mes enfants pour qu’ils réfléchissent aux fourberies diplomatiques, au machiavélisme et à la naïveté des foules. Enfin, je suis d’accord avec le chef d’état-major des armées demandant récemment une hausse du budget de la défense jusqu’à 2% du PIB.

L’avènement d’armes apocalyptiques nous oblige à examiner la situation au niveau de l’espèce humaine et non plus à celui de nos prés carrés. Selon vous, l’existence du nucléaire n’implique nullement l’existence d’armes chimiques ou bactériologiques. Vous sous-estimez la créativité militaire de l’humanité. Ainsi, depuis des siècles, on a catapulté des chairs ou des corps infectés dans le camp de l’ennemi pour y amorcer des épidémies. Les Britanniques – civilisés, comme vous l’écrivez – fournirent des couvertures variolées aux Amérindiens pour les exterminer.

Le 27 octobre 2005, l’Express publiait un article intitulé « L’appel de huit vieux en colère ». Françoise Héritier, l’abbé Pierre, Maurice Tubiana, Jean Delumeau, Edgar Morin, Albert, Memmi, Albert Jacquart et Denis Clair en étaient les signataires. On pouvait y lire : « nous disons clairement qu’il faut renoncer au nucléaire militaire ». A n’en pas douter, Albert Camus, s’il avait encore été de ce monde, se serait joint à eux.

Bien entendu, pour ne pas entrer dans une réflexion qui embarrasserait ses certitudes, le vulgum pecus traite généralement ces sages de « vieux fous inconscients » et préfère, la fleur au fusil,  applaudir à des propos qualifiés de bon sens. Cependant, une longue analyse a permis à ces huit sages de crever le plafond de verre, pour employer une expression à la mode, sous lequel le commun des mortels s’est toujours cru à l’abri, bon an, mal an, de catastrophe en catastrophe. Sauf que les catastrophes à venir ne seront plus celles que nous avons connues (La quatrième guerre mondiale se règlera à coups de massues. Einstein).

Pour l’avoir ressassé pendant des décennies, je connais l’exposé de vos raisons sur le bout du doigt. Cependant, au terme de mes réflexions, mon point de vue – contingent et reconstructible, pour reprendre vos termes – s’est mis au diapason de celui des 8 vieux en colère mentionnés ci-dessus. Nos points de vue sur le sujet principal de cette discussion sont discontinus ce qui signifie que nous polémiquons pour le plaisir de polémiquer, sachant très bien que nous ne pouvons pas nous rabibocher.

Je comprends la logique de la dissuasion qui est vôtre, mais les hommes ne sont pas des machines intimement logiques et, à long terme, le facteur humain vient bousculer le bon sens de théories séculaires dont on jugeait les arguments irréfragables. 

Seul un pays fort, je l’admets, peut se permettre de renoncer unilatéralement à ses armes de destruction massive. Or la France n’est pas, en 2017, un pays fort. D’abord, il se tire une balle dans le pied en rejetant hargneusement ses racines. Il y a quelques jours, j’ai entendu Hugues Aufray parlant très bien de ce problème (Il ne serait pas choqué, par exemple, qu’on brodât une fleur de lys sur la bande blanche du drapeau tricolore... On peut rêver). Comme je l’ai écrit dans un autre commentaire : le fruit est mûr dirait Onfray. Autrement dit, il existe une place vacante à prendre pour un système mégalomane en quête d’expansion. Cerise sur le gâteau, notre pays manque de maturité économique (voir plus haut l’expression « inculture économique crasse » utilisée par Pierre ).

Cependant et Dieu merci, il existe encore de gens clairvoyants et courageux . Ainsi, Fabrice Nicolino dans le dernier Charlie Hebdo « Cette gauche qui s’est toujours couchée devant les despotes » (N° 1276 du 6 janvier 2017 ). Est-ce le frémissement d’une contre-offensive ou sont-ce les dernières cartouches d’un combat perdu ?


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