Rosemar,
Vous parlez indifféremment de transhumanisme et de robots. Je ne vois vraiment pas le rapport. Le robot, dans la tradition de la science-fiction, est et doit rester un sous-homme, une sorte d’esclave. Il serait hors de question qu’il se révoltât, d’où ces « lois de la robotique » inventées par Asimov, que certains ignorants, parfois, paraissent prendre au sérieux, mais qui ne sont qu’une aimable fiction littéraire sans aucun soubassement rationnel et philosophique.
En gros, un robot est une machine très complexe, qui effectue mieux que l’homme des tâches répétitives, mais qui n’a pas forcément une apparence humaine, ne pense pas et ne jouit d’aucune liberté. Nos usines et même nos cuisines sont désormais remplies de ces sortes d’esclaves.
Les transhumanistes, a contrario, se préoccupent d’un homme AUGMENTE, plus intelligent et par conséquent plus libre que l’actuel. Le vieux rêve de prolonger indéfiniment sinon la vie, du moins la pensée consciente, commence à n’être plus du domaine du mythe.
De toute façon, il faut savoir aussi que le transhumanisme ne peut constituer qu’une étape de l’évolution : l’avenir de l’homme, c’est la machine pensante, et cela impose de penser un post-humanisme. On ne peut pas beaucoup augmenter les capacités intellectuelles de l’homme biologique. Les machines cybernétiques, en revanche, depuis les années 50, ont connu une progression quasi exponentielle de leur complexité, et il n’y a aucune raison de penser que cela doive prochainement s’arrêter, même si on approche de la limite de miniaturisation des processeurs. L’avenir de l’intelligence humaine -qui est quand même fort limitée !-, c’est donc la machine intelligente. La plupart des spécialistes considèrent que la parité entre l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle devrait être atteinte avant la fin de la prochaine décennie. A partir de ce moment-là que Von neumann, déjà dans les années 50, avait défini comme une « singularité », l’homme disparaîtra progressivement de la surface de la planète, complètement dépassé par les lois de l’évolution. Darwin n’avait pas encore les moyens de prévoir la fin de l’évolution naturelle programmée des espèces et le passage à une évolution programmable et donc artificielle, mais s’il vivait à notre époque, il n’en serait aucunement surpris.