La perception qu’ont les autres de moi atteste de mon existence.
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@Taverne
Il est déjà bien difficile d’établir rationnellement que j’existe, il l’est bien plus encore de se persuader de l’existence des autres. Le solipsisme de Berkeley était en cela très conséquent, qui ne présupposait pas une existence du monde et des autres impossible à prouver.
Le monde et les autres restent, dans une perspective purement rationnelle, une simple hypothèse, d’où la notion d’épochè chez Husserl : on suspend la thèse du monde, on met cela entre parenthèses, on s’abstient de croire que la notion de réalité ait véritablement ce sens que lui accorde l’expérience empirique et naïve du quotidien à laquelle le matérialisme naïf accorde une confiance immédiate. Je fais comme si il y avait une réalité, je ne me demande pas quand je mets le pied sur la première marche de l’escalier, si c’est un escalier existant, tel Pyrrhon dans légende colportée par diogène Larërce qui, tombé dans un fossé, y restait enlisé à la surprise de ses disciples, parce qu’il n’était persuadé ni de l’existence du fossé ni même de la sienne propre.
Le monde, et les autres par conséquent, cela reste une hypothèse, et vous conviendrez aisément que de la perception tout à fait hypothétique que les autres, dont l’existence n’est pas prouvée, peuvent avoir de moi, il est impossible que je puisse tirer la certitude absolue de ma propre existence. A contrario, c’est de ma propre existence que découle l’hypothèse de celle des autres. Je pense donc je suis, mais je ne serai jamais l’autre, et je ne pourrai jamais savoir ce qu’il pense. Il pense donc IL EST serait une formulation absurde pour Descartes.
Dans les Méditations, Descartes examine ce point : on lui a dit qu’il avait des parents, et même, il les a connus, il les percevait très bien, et eux aussi le percevaient. C’est bien la preuve qu’il existe, non ? Mais il rejette immédiatement cette conception très naïve.
La question du solipsisme a toujours beaucoup fasciné les philosophes. Sartre dans l’Etre et le néant, Merleau-Ponty, dans sa Phénoménologie de la perception, s’emploient à réfuter la thèse en quelques pages, mais elles ne sont pas vraiment convaincantes. Husserl, durant des années, s’est trouvé bloqué par cette question, s’est efforcé de la dépasser d’une manière beaucoup plus subtile que ces deux héritiers. Il envisageait même de bâtir la théorie d’une intersubjectivité transcendantale. Il n’en aura pas eu le temps, et c’est dommage.