L’article restitue bien le doltoïsme, l’esprit-Dolto, en effet. Et ses intentions sont si bonnes, d’ailleurs, que ça pave bel et bien un enfer. Certes, Dolto n’est pas responsable du devenir-sociomédiatique pendant et après elle, c’est évident. Mais, en fait, ça n’a rien à voir. Il y a bien un humanitaire-Dolto, et c’est drôle d’ailleurs que Lacan s’y trompa, lui qui ne vantait pas de guérisons miracles. Or Dolto semble « miraculeuse ». Hélas, derrière tout miracle, il y a pourtant un miroir, et un narcissisme, en effet (latin mirus, qui donna (se) mirer). En fait, l’action sociale à l’égard de l’enfance relève moins d’une psychologie que d’une sociologie. Or, à cette sociologie, on n’a rien changé de nos jours, sinon - à la doltoïenne - en se montrant humanitaire avec l’enfant. Mais quid d’une structure qui continue de les conditionner ? C’est bien pourquoi Dolto avait créé la Maison Verte, me dira-t-on. Fort bien. Hélas, dans de tels contextes, devant de telles inerties globales, ça fait des complexes du super-héros (des miraculeux). Et ainsi, d’aucuns en veulent à Dolto et au doltoïsme méchamment : évidemment, ils ont mal compris Dolto, mais ils ont très bien compris que « Dolto », c’est structurellement dérisoire.
Au Japon, les jeunes sont responsables du nettoyage-classe par équipe chaque soir, et les plus petits nettoient leurs couverts à la cantine (les plus grands faisant leurs devoirs). En Allemagne, les enfants ont des activités parascolaires l’après-midi. En Suisse, le manuel et l’artistique équivaut l’intellectuel et est réalisé dans des ateliers dotés. Dans ces trois pays, il y a bien moins de problèmes d’accompagnement, d’orientation et d’entrée de la jeunesse dans le monde du travail, qui fonctionne encore sans profonde tyrannie du diplôme, avec des perspectives d’évolutions de carrière dans un secteur. Attention : je ne parle des aménagements néolibéraux mis en œuvres en Allemagne depuis dix-vingt ans, évidemment. Je parle bien de l’éducation elle-même. A un moment donné, la qualité de la relation parent-jeune n’est pas tout, qui ne fait que familialiser. C’est la qualité jeune-monde, que les adultes doivent améliorer.
Et je dis jeune, parce que votre article oublie que Dolto escomptait de telles possibilités de devenir-adulte pour l’adolescence, sans parler de son soin envers l’adolescence. Il n’y a pas que l’enfance, et votre article, finalement, perpétue aussi la vulgate autour de Dolto ... Mais même sa militance auprès de l’adolescence, souffre de ce que j’ai dit sur l’enfance. Laissons-lui, comme à Freud quant à la sexualité, le mérite d’avoir été pionnière à rendre sensible ces questions quant à la jeunesse.