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Commentaire de Bernard Grua

sur Quelques réflexions sur le développement d'un tourisme responsable et communautaire dans la vallée de la Hunza, Pakistan


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Bernard Grua Bernard Grua 4 octobre 2018 21:43

@velosolex La France est la première nation touristique au monde. Elle aura accueilli 90 millions de voyageurs étrangers cette année. Cela représente 7% du PIB. Sans dire que le tourisme en France est un bien, il n’en reste pas moins que je ne vois pas notre pays renoncer aux plus de 160 milliards d’Euros que cela représente. Pourquoi refuser à d’autres d’en avoir quelques miettes ? Surtout si cela se fait de façon raisonnée. Pardonnez-moi, mais n’est pas une forme de racisme ?

Si j’ai entamé cette réflexion, ce n’est pas de ma propre initiative. C’est parce que l’on ma souvent demandé, dans la Hunza, comment il serait possible d’avoir plus que la poignée d’Occidentaux, qui viennent chaque année, depuis l’attentat du 11 septembre 2011. Ils étaient bien plus nombreux auparavant. La population de la Hunza souffre du discrédit international qui pèse sur le Pakistan alors que, comme je l’écris, ils sont Ismaéliens. Ils sont tout à fait tolérants, accueillants et ouverts au monde. Qui plus est, alors que l’illettrisme au Pakistan est de plus de 45%, cette population de la Hunza, grâce aux écoles de la fondation Aga Khan, est alphabétisée à plus de 98%. Je vous mets un lien avec une vidéo réalisée par Liaqat un guide, qui tient aussi une petite guest house à Karimabad. Ce qu’il dit vous intéressera. Les réponses de la touriste sont moins intéressantes que les questions de Liaqat. 
Mon texte n’est finalement que l’échange que j’ai eu avec Liaqat après avoir regardé sa vidéo.

Les touristes, ils en ont. Je les ai côtoyés. Ce sont essentiellement des visiteurs du Pendjab s’est à dire des gens moins instruits qu’eux, souvent grossiers, désinvoltes et méprisants. De plus, ce sont des musulmans sunnites souvent assez radicaux. Les gens de la Hunza ne les supportent pas plus que nous. Ces visiteurs apportent déjà, "l’envie, l’avidité, la honte, la colère, le mépris de soi même", pour vous citer 
@velosolex. Ensuite, il ne faut pas croire que la Hunza est coupée du monde, bien au contraire. De haut en bas, elle est traversée par la Karakoram Highway, axe Nord/Sud tellement vital pour la Chine, que c’est elle qui en a financé la construction. Ce n’est donc pas parce que nous ne visiterons pas ces lieux qu’ils resteront préservé. Quant aux tentations, elles sont là avec la télévision et avec internet. Autant que les jeunes aient cette ouverture sur le monde grâce à des voyageurs responsables, plutôt qu’en s’exilant.
 
Comme je l’ai entendu souvent : "Les Pendjabis sont bons pour les restaurants ou les hôtels, c’est tout. Avec le Occidentaux, nous faisions des expéditions dans les montagnes. Nous étions guides, cuisiniers, porteurs. Nous utilisions nos ânes et nos yaks". La terre ne suffit pas à nourrir tout le monde. Un tourisme maîtrisé ainsi que responsable, et il est encore possible de l’organiser, peut limiter l’exode vers Islamabad, Lahore, Karachi, voire Londres, qui ne sont pas des « vallées heureuses »

Ensuite, il faut préciser que le touriste-gros-beauf que vous voyez généralement à « Bali, Goa, Ibiza, Koh Samui et bien d’autres lieux », voire en Galice, aux Asturies ou en Andalousie ; n’est pas l’occidental que vous croiserez, pour l’instant, dans la Hunza. L’accès est, relativement, « difficile ». Les conditions sont spartiates. Le touriste moyen, il ne fait pas dans le détail : « Au Pakistan, ce sont tous des terroristes ». Le touriste moyen, il ne connait que le français et ceux qui ne le parle pas sont des cons (entendu si souvent). Le touriste moyen, il n’aime pas prendre des risques. Il en veut pour son argent. Et plus gravement, le plaisir ne s’achète pas dans la Hunza. Il est la récompense d’un effort accompli. Parlons donc de « voyageurs » occidentaux plutôt que de « touristes ». Il faut avoir entendu un vieux Monsieur parler de son ami Haroun Tazieff et d’autres villageois rappelant les grands alpinistes internationaux avec qui ils ont monté des expéditions pour comprendre que l’on est dans un autre monde. Il faut entendre le très respecté Alam Jan Dario et ses proches parler de Matthieu Paley, qu’il considère lui, sa femme et ses enfants comme faisant partie de leur famille. Je n’invente rien. Lisez ici les mots de l’épouse de Matthieu PaleyRegardez, ici, le travail de Matthieu Paley. Cela explique, en partie, l’aura que peuvent y avoir les Occidentaux.
 

Cette région est délaissée par le pouvoir central qui préfère s’offrir la bombe atomique, acheter des armes et entretenir une situation de guerre larvée avec son voisin indien, sans même parler du double jeux avec les Taliban. Le support international est nécessaire. On l’a vu, la principale route a été payée par la Chine (non sans y trouver son intérêt), les dispensaires sont tenus par des ONG, la scolarisation est assurée par la fondation Aga Khan. C’est aussi pourquoi les responsables de communautés locales souhaitent recevoir les étrangers.

J’ai visité deux écoles. Les ordinateurs, les microscopes électroniques(!), voire les livres sont offerts par des étrangers, bien souvent japonais. Le mythe du bon sauvage est, un mythe justement. L’éducation est une nécessité et un droit (en théorie) pour tous. Les Ismaéliens donnent la priorité à l’instruction des filles quand ils n’ont pas assez de moyen, afin que l’enseignement passe aux générations futures. Les classes sont mixtes. Les femmes ont leur place dans la vie sociale. Il n’y a pas de bons sauvages dans la Hunza. Il y a des gens civilisés, instruits, qui parlent trois ou quatre langues, y compris les enfants. Autrement dit, ils font mieux que nous. Je vous passe les commentaires reçus sur ce site même alors que j’ai eu, initialement, le malheur de poster cet article dans laquelle je l’ai rédigé, c’est à dire en anglais.

Les sauvages, ils sont ailleurs, ce ne sont pas des bons sauvages, car justement ce sont les moins instruits les plus fermés sur le monde, qui sont les plus manipulables. Ils sont dans d’autres endroits du Pakistan et aussi chez nous. Pas dans la Hunza.   


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