@velosolex
Merci de me faire découvrir Anne-Marie Schwarzenbach. Je vais lire cet auteur. J’ai regardé sa biographie. Il y a du tragique chez cette femme morte si jeune.
Il y a des « frontières illusoires » autour de l’Afghanistan dites vous. Je les trouve, malgré tout extrêmement stables comparées à beaucoup de pays, y compris européens. On pourrait parler des disputes avec la Perse, puis l’Iran, en ce qui concerne Herat. On pourrait aussi parler de Peshawar sujet d’accrochage avec l’Empire Sikh puis avec le Pakistan. Mais cela reste marginal. Quoiqu’il en soit, je reste d’accord avec vous. Parler, globalement, de l’Afghanistan n’a pas de sens. Je rappellerais juste, à titre d’exemple, qu’il me semble qu’il y a plus de Tadjiks en Afghanistan qu’au Tadjikistan. Dès lors tenir un discours simpliste sur LES AFGHANS comme le font ici la plupart des « commentateurs » n’a pas de valeur. Pas plus que cela n’a de valeur concernant LES PAKISTANAIS (dont le pays est sans réelle cohérence, si ce n’est ses guerres contre l’Inde, ceci expliquant en partie cela). Quand je lis certaines choses, de tels « amalgames », cela me rappelle les propos d’un Américain de Los Angeles soutenant que Paris était en feu car il y avait des émeutes à la Courneuve. Pourtant il n’avait pas plus tort. Vu de chez lui, c’était le même point sur la carte.
Ce que vous dites de la modernité apportant une forme de barbarie m’a d’abord choqué. Pourtant ce n’est pas faux. Il existait, en Afghanistan, un Islam « relativement » tempéré par la tradition. Les Taliban, à l’origine de jeunes réfugiés pachtounes afghans, ont été formatés par des medersas de Peshawar (Pakistan). Ayant perdu tous liens avec leur traditions et avec leur société rurale d’origine, ils étaient partisans d’un islam primaire et ultra rigoriste. Lorsque l’ISI (les services secrets pakistanais) les a envoyé à l’assaut de l’Afghanistan, il en avait fait des monstres étrangers. Ces gens que nous prenons pour des primitifs sanguinaires sont donc, paradoxalement, le fruit d’une modernité qui a rompu avec le passé. C’est bien là où vous avez raison (au passage, on peut se demander s’il n’y a pas un contexte équivalent en France). Le grand tort des militaires au pouvoir au Pakistan, c’est d’avoir cru qu’il y avait des bons (utiles) Taliban et des mauvais (ceux qui faisaient aussi le coup de feu au Pakistan) Taliban. Ils ont joué avec de la nitroglycérine. D’ailleurs ce jeu ne date pas d’hier. En 1947, le Pakistan avait déjà envoyé des Pachtounes et des armes dans le Cachemire pour faire croire à une insurrection spontanée de la population en faveur d’un rattachement au Pakistan. Ensuite, ils ont continué, au Cachemire indien et en Afghanistan. Instrumentalisation de l’extrémisme, guerre hybride, ces pratiques ne se démodent pas, là ou ailleurs.
En tout cas, quand je parle, dans mon papier, de l ’Afghanistan,
je ne mentionne qu’un tout petit bout atypique de ce pays, à savoir le Corridor du Wakhan (vallée du haut Panj)
où les Taliban n’ont jamais mis les pieds et où les femmes ne portent pas le tchador, à part quelques exceptions au tout début de ce territoire, à savoir à Ishkashim (on me dit que ces quelques femmes seraient peut-être pachtounes). En 2011, je suis allé dans le Wakhan tadjik
(photos). En 2013, je suis allé dans le Wakhan afghan
(photos). La population du Wakhan est constituée de... Wakhis que l’on retrouve aussi dans la haute vallée de la Hunza. Les Wakhis ne sont guère différents des autres peuples du Pamir (à l’exception, bien sûr, des Kirghiz).
« Tusion, the hidden gem of Pamir » Donc, quand on parle de « Pakistanais » pour ce peuple, avec les propos outranciers et racistes que l’on peut lire sur les commentaires qui précèdent, cela n’a pas plus de sens que de parler ainsi de Tadjiks ou d’Afghans. Je passe sur le fait que l’on trouve, aussi, des Wakhis, en Chine... Même langue, même religion éclairée, l’ismaélisme. Pour résumer, je ne connais pas l’Afghanistan. Je n’en ai fréquenté qu’un îlot isolé et pacifique, même s’il est pauvre. Ce qui fait que je dois vraiment lire Anne-Marie Schwarzenbach dans le détail.
Je ne prétend pas plus me faire l’avocat du Pakistan que de l’Afghanistan (ça c’est plutôt une remarque pour les trolls). Il y a juste des lieux sublimes, des gens généreux et des traditions tolérantes qui m’intéressent. Ce qui me motive, aussi, c’est l’ouverture et l’envie d’apprendre de ces gens au même titre qu’il peuvent me faire connaître un patrimoine humain qui a disparu, chez nous, depuis longtemps.