@benedicte_gab
En accord avec vous. Participer à l’évolution des mœurs, au long court, c’est un des avantages des années, ce lent changement de perspective des habitudes de vie, et de ce qu’on pensait si « naturel » hier, alors que le culturel est partout présent. Tout à coup les films que l’on conseillait nous semblent ringards, alors que d’autres dont on se moquait nous semblent intéressants. Il en est de même pour les livres. Au sujet des cuisines, j’ai toujours aimé ces espaces de vie sans Ikea sentant la cire, avec les boites en fer blanc sur le buffet. Jadis en rentrant de l’école, je me mettais les pieds sur la porte ouverte de la cuisinière en bois pour me réchauffer. C’était une époque où la marque Godin et les slips polichinelle étaient les seules marques que je connaissais. Je suis en train de lire ce magnifique livre de Svetalana Alexevitch, (dont je parviens maintenant à me rappeler du nom) « la chute de l’homme rouge » formidable témoignage fait de mille entretiens auprès d’acteurs plus ou moins important qui ont fait le paysage de l’ex urss, des années 30 aux années 2010, s’arrêtant bien sûr sur cette spéciéité soviétique qui avait fait des cuisines les salons où l’on parlait, où l’on rêvait le monde. La cuisine avait cette fonction raisonnable et maternelle qui donnait aux discours une profondeur et une bonne mie, et dans mon imaginaire elle est restée ainsi. Même si je vis maintenant dans une seule grande pièce, dans mon rez de chaussée, ma cuisine à l’américaine, soi disant si pratique ne me convient pas