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Commentaire de Christian Labrune

sur 500 ans après Léonard de Vinci


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Christian Labrune Christian Labrune 30 avril 2019 22:40

@Fergus

Rien n’est pire que de se forcer à admirer ce qu’on n’admire pas spontanément ! Il me semble qu’il est de plus en plus difficile, en effet, de bien voir la joconde : on l’a trop vue, avec ou sans moustaches. L.H.O.O.Q, etc. Tout cela sème la confusion. J’allais dire : une solution serait d’en avoir chez soi, au mur, une excellente photographie, pour vivre avec elle, mais je me faisais naguère cette réflexion que telle reproduction d’une estampe d’Hiroshige qui est sous mon nez près de l’ordinateur, il y avait des années que je ne l’avais pas regardée, que je ne la voyais plus.

Pour bien appréhender une oeuvre d’art, il faut qu’il y ait quelque chose qui soit de l’ordre de la surprise. Par exemple, je me souviens que me retournant un jour à la National Gallery, je me suis trouvé nez à nez, sans du tout m’y attendre, avec le petit portrait du doge Lorédan peint par Bellini. J’en avais vu cent fois des reproductions, mais aucune ne pouvait rendre compte de la matière même de l’oeuvre, laquelle paraissait faite, paradoxalement, pour nier toute matérialité. Fenêtre ouverte sur le monde de l’idée pure. Je n’avais jamais rien vu de tel.

Au Louvre, il y a des oeuvres bien plus fascinantes que la Joconde, et par exemple la rencontre d’Eliézer et Rébécca peinte oar Poussin, La vierge du Chancelier Rollin dont on peut s’approcher à dix centimètres, la nef des fous de Bosh, des paysages de La Hyre ou des compositions de Sébastien Bourdon. Et toute la peinture française du XVIIIe siècle est admirable. N’importe quel Chardin vaut bien n’importe quelle oeuvre de Vinci, et que dire de la Diane au bain de Boucher ?

Une autre difficulté avec Vinci, c’est qu’on peut être à peu près sûr que ce qu’on voit n’a pas beaucoup de rapport avec ce qu’il a pu voir lui-même : les glacis au bitume ont mal vieilli, les restaurations ont été désastreuses, particulièrement la dernière, celle de La vierge et Sainte-Anne. Le tableau paraissait certes bien enfumé, mais on a fait partir les glacis avec le vernis qui recouvrait le manteau, et désormais on voit surtout, et de très loin, une grande tache bleue qui paraît être le sujet même du tableau. Je crois bien que le Saint-Jean est en restauration. Je crains le pire.


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