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Commentaire de Christian Labrune

sur François-Xavier Bellamy, la dignité et l'instrumentalisation de Vincent Lambert


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Christian Labrune Christian Labrune 21 mai 2019 15:51

Excellent article, auquel il n’y a pas grand chose à ajouter.

J’entendais les analyses de Bellamy sur i24news, dans l’émission d’Anna Cabana, bien des mois qu’il devînt une des figures dominantes de LR, et elles étaient toujours d’une pertinence qui n’avait pas beaucoup de rapport avec la stupidité ordinaire et préfabriquée du discours politique. Son catholicisme, qui n’était pas encore clairement assumé, ne paraissait pas les déterminer et il ne me dérange pas trop : chacun se débrouille comme il peut avec ses petites perversions.

Au reste, les athées munis d’un minimum de culture philosophique seront encore plus radicalement opposés à l’euthanasie que les catholiques. Si ces derniers croyaient aux dogmes de leur religion, ils pourraient toujours penser que le grabataire qu’on pique comme un vieux chien, ou comme un cheval qui ne pourrra plus courir, se retrouvera l’instant d’après dans la Jérusalem céleste, sa mort ne sera qu’un incident de parcours ; et Dieu réparera tout ça. Pour moi, si on avait achevé Vincent Lambert, il n’y aurait plus, et pour l’éternité, de Vincent Lambert. Si on commence à considérer qu’il y a des vies qui ne valent pas d’être vécues, où s’arrêtera-t-on ? A la suite du précédent article de Sylvain sur cette question, je proposais ironiquement de supprimer, dans les établissements scolaires, les élèves trop nuls dont on pouvait craindre que l’existence ne soit pas une partie de plaisir, pour leur éviter toute sorte d’humiliations et des souffrances prévisibles et bien inutiles.

A partir du moment où on s’est engagé sur cette pente glissante, tout devient possible. Et de toute façon, quand on parle d’euthanasie, cela suppose un personnage dont la fonction sera de tuer. En France autrefois, c’était le rôle de « l’exécuteur des hautes oeuvres de la République » ; autrement dit, du bourreau. Il aurait mieux valu dire « basses oeuvres », mais on maîtrisait déjà très bien un art, parvenu aujourd’hui à sa perfection, consistant à dissimuler la réalité des choses en remplaçant un mot par un autre. Quelques crétins, à la suite de cette intervention, seront probablement tentés d’écrire qu’euthanasier, ce n’est pas tuer, mais quand on pratique sur un individu une intervention qui fait que le coeur et les fonctions vitales s’arrêteront dans l’instant qui suit, on tue. Avec les substances dont on dispose aujourd’hui, c’est presque aussi rapide que le couperet de la guillotine. La France a renoncé à couper en deux les assassins, mais on a pu craindre ces derniers jours que la peine de mort allait être rétablie pour les infirmes.

Je ne sais plus quel bourreau était mort sans descendance, et des historiens ont publié les lettres de motivation que le Garde des Sceaux de l’époque avait reçues, où les postulants s’étendaient longuement sur leur habileté à occire toute sorte d’animaux, et même sur le plaisir qu’ils y prenaient.

Exercice : écrire un modèle de lettre de motivation pour le chômeur qui postulerait à un poste de tueur dans l’administration des pompes funèbres. Dans le cas où l’euthanasie serait légalisée, il va de soi en effet qu’elle devrait relever des pompes funèbre, et non pas de la médecine, laquelle a pour objectif de réparer les vivants, et non de les achever - même si ça ne réussit pas toujours, hélas, comme elle le souhaiterait.


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