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Commentaire de Alexandre Gerbi

sur Lettre à Virginie Despentes, sur ce pays raciste qu'est la France, ses amnésies et ses silences assourdissants


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Alexandre Gerbi Alexandre Gerbi 9 juin 2020 14:37

@Cadoudal

L’article répond à Virginie Despentes, j’ai donc retenu l’angle racial.

Comme je l’explique dans mes livres, et vous l’avez d’ailleurs relevé, chez De Gaulle s’ajoutent aux considérations raciales, les considérations civilisationnelles et religieuses, mais aussi, bien entendu, économiques (le « complexe hollandais », « métropolisme » ou « cartiérisme »).

Je vous copie ci-après la note que je consacre à la question dans un article L’Amor est morte que j’avais écrit en 2010 : 

En plus d’esquiver le métissage de la France, abandonner l’Empire devait aussi permettre d’investir désormais en France métropolitaine les sommes jusque-là consacrées à l’Empire. Au cours des années 1950, lorsque se posa la question de la décolonisation, beaucoup d’hommes politiques et d’économistes français affirmèrent que les capitaux seraient mieux employés, car plus rentables, en « Corrèze que dans le Zambèze », en France plutôt que sous les tropiques. Davantage de « retour sur investissement », mais aussi plus de bénéfices directs... On appelle cette théorie « complexe hollandais » ou plus communément « cartiérisme », du nom du journaliste de Paris Match, Raymond Cartier, qui s’en fit le zélé promoteur. Or cette théorie apparut d’abord dans la presse anglo-saxonne (The Economist, The Banker) au début des années 1950, puis fut reprise par Raymond Aron à partir de L’Opium des Intellectuels (1954) et relayée l’année suivante par la revue Entreprise et par Les Echos d’Emile Servan-Schreiber (le père de Jean-Jacques…). C’est seulement par la suite, à partir d’août 1956, qu’elle fut vulgarisée par Raymond Cartier dans les colonnes de Paris Match. Les leaders et intellectuels africains dénoncèrent cette ligne économico-politique, sous le nom de « cartiérisme » ou « métropolisme », en s’insurgeant contre ce qu’ils dénonçaient comme une volonté métropolitaine d’abandonner, par égoïsme, l’Afrique au sous-développement. Voir Charles-Robert Ageron, « le Cartiérisme », in Histoire de la France coloniale, p. 475 et sq. Au sujet de « JJSS », fondateur de L’Express, hebdomadaire qui plaida, de façon de plus en plus ouverte et radicale, la cause de la décolonisation – Albert Camus cessa d’y collaborer en 1956 – Jean Lacouture note : « Jean-Jacques Servan-Schreiber, péremptoire et combatif, aux yeux duquel le génie politique prend sa source chez les économistes de Cambridge et s’accomplit chez les politologues de Harvard », in Pierre Mendès France, Ed. Seuil, 1981, p. 197. Du reste, il est notoire que JJSS se rêva « franco-américain »…


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