Suite =
Mentionnons encore depuis quelques jours, à propos du
cessez-le-feu non respecté, des récits médiatiques du type : “Les
deux parties s’accusent mutuellement de violer la trêve”.
Une formulation distanciée qui néglige le fait que les populations
civiles du Haut-Karabakh ont fait l’objet de bombardements azéris
quelques instants après la promesse du cessez-le-feu, des attaques –
avec notamment des bombes à sous-munitions pourtant interdites–
qui continuent à ce jour à être lancées de façon indiscriminée
et font vivre les derniers résidents Arméniens de la région dans
la terreur. La formulation omet par ailleurs que l’Arménie, où le
nombre de réfugiés augmente jour après jour, ne cesse de réclamer
la fin des hostilités et le retour à la table des négociations. La
réalité est que si l’armée arménienne est toujours engagée
dans le combat, c’est en réponse aux attaques continues de la part
de l’Azerbaïdjan, moins intéressée par un compromis diplomatique
que par l’idée de clore militairement la question de la présence
arménienne dans le Haut-Karabakh.
Mis à l’épreuve des faits (qui par manque d’espace ne sont
reportés que partiellement ici), il est évident que les récits
médiatiques de ce type pour rendre compte de ce qui se passe
actuellement dans le Caucase sont non seulement malheureux mais
induisent en erreur le public qu’ils sont censés informer. Et l’on
sait combien les incidences de représentations erronées peuvent
être lourdes… Le sociologue William Thomas a posé il y a près de
100 ans l’idée que le comportement des individus s’expliquait
plus par leur perception de la réalité que par la réalité
elle-même. Or cette perception est façonnée par les mots. Ne pas
tromper l’opinion publique en employant des mauvaises formulations
relève de la responsabilité des journalistes dont certains manquent
d’exigence intellectuelle lorsqu’ils évoquent cette guerre
terrible et inégale. Une règle élémentaire, certes idéaliste,
est pourtant de rester prudent, de se documenter et de contextualiser
les faits avant d’offrir un propos explicatif sur ceux-ci. » »
Christian
Ghasarian Professeur d’ethnologie à l’Université de
Neuchâtel, chercheur associé au LAIOS (CNRS), analyse les
comportements sociaux et les médias Le HuffPost