Beaucoup d’Histoire !
Les nouvelles diffusées par la radio
et la télévision ainsi que les comptes-rendus de journaux de la presse
écrite sont très réducteurs. Les explications développées se basent
uniquement sur les événements qui se sont déroulés à partir du début des
années 1990. Avec ces explications et descriptions qui ne remontent pas
suffisamment dans le temps, les abandons de terres et biens, les morts,
les blessés et les pleurs ainsi que les transferts de population de
chaque partie semblent équilibrés : l’un gagne, l’autre perd puis les
rôles s’inversent. Chacun a des raisons d’être mécontent mais les torts
sont partagés.
Si
l’on prend du recul pour élargir la vision historique au-delà de ces
trente dernières années, les plateaux de la balance suivent un autre
équilibre.
D’abord,
il faut savoir qu’au début du XXe siècle, toute la région était peuplée,
et parfois en presque totalité, par des Arméniens. Cette proportion a
baissé régulièrement au cours du siècle du fait des attaques et du harcèlement azéri : dans le Haut-Karabakh la proportion d’Arméniens
diminua de 94,4% en 1921 à 75,9% en 1979. Est-il insensé d’y voir une
politique colonisatrice ?
Je
prendrai deux exemples : celui de la zone coincée entre le
Haut-Karabakh et la république d’Arménie, c’est-à-dire celle qui
contient le couloir de Latchine, puis celui de Chouchi (Choucha en
turc).
La région
reliant l’Arménie actuelle au Haut-Karabakh avait un peuplement mélangé
(Arméniens, kurdes, tatares…). En mars 1918, les forces ottomanes de
Nouri Pacha pénétraient dans la région, isolaient le Haut-Karabakh et
pillaient les villages arméniens alentour. Le 26 août 1918, la jeune
République d’Azerbaïdjan et son allié ottoman lancent une offensive qui
finit par y détruire les villages arméniens un par un. Toute trace
arménienne disparaît, les noms des villages détruits sont connus. Par
exemple, Berdadzor (Latchine) est rasé en septembre. Le but était clair,
créer une liaison entre la Turquie et Bakou et donc son pétrole.
Quant
à Chouchi, des Tatares (appelés maintenant Azéris) commencèrent à s’y
implanter vers 1750 mais la ville existait avant eux et n’était pas vide
d’Arméniens. Pour le reste du Haut-Karabakh, il n’y avait pratiquement
pas de Tatares : 84% d’Arméniens pour la région et 94% en zone rurale
tout au long du 19ème siècle. Plus précisément, en 1886, Chouchi
comptait 15 188 Arméniens et 11 595 Tatares.
Le
9 octobre 1918, Nouri Pacha entre dans Chouchi aidé par la population
musulmane de la ville basse après avoir rasé en chemin tous les villages
arméniens. Le 23 mars 1920, la Chouchi arménienne est mise à feu et à
sang, des milliers de maisons sont réduites en cendres et la majeure
partie de ses habitants massacrés par les forces azéries (la tête du
fondateur du parti communiste du Karabakh est promenée dans la région,
idem pour celles de l’évêque Vahan et d’autres dignitaires). Chouchi,
l’un des phares de la culture arménienne, est ainsi devenue le bastion
turc dans le Karabakh arménien, et allait le rester durant les 70 ans du
régime soviétique.
En
résumé, dans le but certainement d’être concis tout en apparaissant
objectif, la majorité des journalistes présentant cette guerre,
déclenchée par Bakou, auraient dû prendre un vrai recul dans le temps
pour montrer les réalités historiques sur lesquelles reposent les
positions arméniennes.
Le CA de la MAJC