@DACH
Bonsoir Dach,
Merci, mais je me prends seulement pour un témoin de quelques faits. Seule, la collecte d’informations diverses permettra de s’y retrouver, nul ne peut détenir la Vérité absolue.
- Qui est Poutine ? Sa formation, on le sait, il était attiré par les services secrets, il a fini par y entrer. Il a fait des études de droit. Il dit de lui-même que quand il était petit : « J’étais vraiment une petite canaille ». Ce qui n’est pas forcément sa faute, d’ailleurs. Sa personnalité est complexe, personne ne la connaît vraiment. Contrairement à ce que ses détracteurs pensent, il n’était pas complètement négatif. En 1991, il était contre les putschistes, de sinistre mémoire, et se trouvait proche d’Anatoli Sobtchak, maire de Saint-Pétersbourg, nettement plus rassurant. Il était un peu attiré par l’Occident, et le tsar auquel il voulait le plus ressembler était Pierre le Grand, réformateur « progressiste » pour l’époque, qui avait voulu ouvrir « une fenêtre sur l’Europe » en faisant bâtir Saint-Pétersbourg, dont Poutine est issu. Il a tout fait pour faire briller cette ville, et les habitants de cette région ont un statut privilégié qui leur permet de se rendre en Finlande comme bon leur semble, et réciproquement. C’était impensable à l’époque soviétique, où le pays était fermé. Tous les Russes ont la possibilité de sortir désormais. Cette liberté n’est pas venu avec lui, elle avait commencé avec Gorbatchev, mais elle n’a pas disparu avec lui, bien au contraire. V.P. semble avoir amorcé un rapprochement avec l’Occident après les attentats du 11 septembre. En même temps, il a mal vécu la parte d’influence de la Russie qui a été traitée parfois traitée par le mépris, il faut bien le reconnaître, du jour où elle n’a plus fait peur. En ce sens, les Occidentaux ont leur part de responsabilité sur l’esprit de revanche actuel, même si je n’excuse pas les bombardements sur un peuple qui n’y est pour rien. Contre toute attente, il était opposé à la peine de mort, qui, de fait, n’est plus appliquée depuis des années (malheureusement, il est question de revenir sur le sujet). Mais il y a eu sous son règne, au départ, un souci de gouverner de façon un peu consensuelle : on a vu de tout dans les librairies : des livres sur les Romanov, sur Trotsky, de Trotsky, sur Staline, itou. Chacun pouvait se sentir exister quelles que soient ses opinions. Mais c’était au début des années 2000.
- Quand la guerre du Donbass a éclaté, contrairement à ce que l’on peut croire ici, une partie de la population du Donbass l’a soupçonné d’aider en douce les séparatistes, accusé de terrorisme. Je n’ai pas pu voir DNR ni LNR, on n’y rentre pas comme ça, alors qu’il n’est plus besoin de visa pour l’Ukraine depuis la révolution Orange. Je constate qu’à l’époque, la Pravda publiait des articles qui étaient ouverts aux commentaires (ce n’est plus le cas aujourd’hui), et certains intervenants ne se gênaient pas pour surnommer le dirigeant du Kremlin « Poutler » (sic). Lorsque je revenais vérifier quelques jours après, les mêmes commentaires étaient toujours là !!! Comme quoi, ce n’était pas encore vraiment ce que l’on peut appeler une dictature. Aujourd’hui, rien de tel, vous pouvez tous vérifier mes dire et aller sur le site pravda.ru, vous verrez qu’il n’est plus possible de s’exprimer. Il existait encore une presse libre fin février, elle est verrouillée désormais. Voilà, je constate à mon niveau de citoyen lambda.
- Les libertés étaient donc bien moins bridées que sous Brejnev et consorts, si l’on ajoute celle de voyager qui n’a pas encore disparu. Ajoutons à cela que les Russes d’aujourd’hui vivent beaucoup mieux qu’autrefois, à un point qui dépasse l’imagination du touriste qui a visité le pays dans les années 60/70. Les choses tournent bien : les gens touchent leur salaire et leur retraite tous les mois alors qu’ils pouvaient poireauter jusqu’à deux ans à la fin de l’ère Elstine, et c’était invivable pour beaucoup. Les magasins croulent sous les biens de consommation, c’est beau, bien présenté. Les trains que j’ai pris sont propres (je n’ai pas tout vu, et je me doute bien que dans la Russie profonde, tout ne suit pas, mais c’est un début). On trouve des restaurants, des bars, à tous les coins de rue et à tous les prix. Bref, dans les grandes villes, on commence à chercher les différences avec l’Occident. Résultat : l’actuel président bénéficie d’une certaine popularité parce que la vie est objectivement, beaucoup plus facile, et non pas parce-que-les-Russes-sont-une-race-d’esclave-qui-n’aiment-rien-tant-qu’on-leu-botte-les-fesses-ah-mais-sans-blague. La popularité a une explication toute bête. Et je ne suis pas payé par le FSB pour le dire, je crois que chacun aura compris.
Je constate, seulement. - Depuis un moment, des signes sont alarmants : fermeture de Mémorial, fondée par Sakharov, réécriture de l’histoire tournant à l’hagiographie pour Staline, durcissement des lois, possibilité du retour à la peine de mort, et influence d’idéologues d’extrêmes droites diverses et variées, ce qui n’était tout de même pas le cas en 2000.
- Pour le reste, comment sont gérées les équipes et les opposants, je laisse cela aux spécialistes, (qui peuvent se tromper eux aussi), je suis plutôt attiré par la littérature russe et par sa musique que par sa politique. Cordialement,V.K.