Il y a un sujet encore plus grave et qu’il va falloir abordre ou afffronter sans blocage du type bouuuuuh, cela vient de l’extrême-droite. Comme si les psys étaient par essence (et non eau) d’’extrême-droite :
Note de Lecture Dany-Robert DUFOUR : Le phénomène Trans. Le regard d’un philosophe, Le cherche midi, 2023.
La « clarté décisive » que Freud espérait de la science, sans anticiper une science inféodée à la Technosphère et aux lois du Marché néolibéral, ne pourra venir d’une science qui perd aujourd’hui son fondement éthique, mais plutôt de la philosophie avertie des sophismes que peuvent emprunter certains discours.
Sur la question contemporaine urgente et clivante du phénomène Trans, Dany-Robert Dufour, philosophe imprégné de culture lacanienne, nous apporte cette « clarté décisive », dans un livre conçu comme un véritable manuel de désidération. Il questionne ce que peut produire l’offre de changement de sexe dans ses conséquences anthropologiques, philosophiques et civilisationnelles. C’est un livre rapide, incisif, reprenant tous les différents et récents travaux publiés sur la question, dans une critique dynamique et une lecture personnelle, remettant les idées au clair et les points sur les i. Que ce soit :
- De la confusion imposée aujourd’hui dans le social entre le sexe (biologique), renvoyant à la réalité de nature humaine et le genre (psychologique, imaginaire), lié à la culture et sa réalité discursive. Depuis les gender studies nord-américaines inspirées de la French theory foucaldienne à partir des années 1968 et sous l’égide de la pensée de Judith Butler, un déni de la réalité du sexe biologique, déterminé génétiquement par le chromosome architecte SRY présent dans un sexe et non dans l’autre, s’installe et se répand dans le monde. C’est la diffusion d’une croyance pratiquement religieuse, que le genre supplante le sexe dans la définition de l’identité d’une personne.
- De l’abolition souhaitée de l’usuelle division subjective, déniant les profonds conflits psychiques que peuvent engendrer les réassignations sexuelles, malheureusement illustré par le suicide de David Reimer en 2004. Ce suicide a été l’occasion, comme l’a remarqué Éric Marty, de sortir de la problématique du genre pour Butler. Les quelques études scientifiques montrant l’augmentation nette du taux de suicidalité (multiplié par cinq) sont incidemment négligées afin de ne pas décourager les futurs candidats au changement de sexe. Un nouveau Marché fructueux s’installe donc sous nos yeux, s’appropriant l’intime et la sexualité, en sidérant les individus dans la promesse de les sortir de la fatalité de leur condition sexuée. Il s’agit pour Dany-Robert Dufour, d’une dérévolution néolibérale faussement présentée comme révolution, brandie par certain.e.s. comme Paul Beatriz Preciado. Une révolution nécessaire pour iel. dans une pensée qui assimile le régime de la différence sexuelle au capitalisme colonial et aspire à d’autres modalités d’existence croisant l’homme à la machine, le vivant à l’inanimé, l’humain au non humain. Ne s’agirait-il pas d’une confusion entre pulsion de vie et pulsion de mort ?
- De la question du discours dominant, nouveau discours du Maître plongeant le désir du sujet vers le pur besoin de consommation, dans un déni du ressort sous-jacent : celui du discours du capitalisme, dont Lacan a montré par une simple inversion des places de l’agent et de la vérité, que ce discours place un individu dans la position illusoire de n’être plus divisé. Un discours psychotisant qui ne laisse la place qu’au sujet barré par le signifiant, rejetant la division subjective et la castration hors du champ du symbolique. Un sujet omnipotent et tout puissant, euphorique et non dysphorique, soumis à un surmoi non plus répressif mais incitatif, féroce et obscène. Un tel sujet est conduit à faire semblant d’être le maître et à croire qu’il n’est plus assujetti à rien, dit Dany-Robert Dufour. Il se libère de la Loi sans hésiter sur la transgression.
- Du glissement du discours dominant vers un discours d’emprise, inféodant une jeunesse déboussolée, fragilisée dans ses repères d’identité sexuée à l’adolescence et donc hautement influençable et manipulable. Quel regard porteront les générations futures sur ces psychanalystes qui se seront faits acteurs de la dérive imaginaire et des manipulations idéologiques d’une époque ? La « drôlerie » d’une époque qui risque de l’être moins sur le réel de ces corps qui auront été instrumentalisés, déformés, mutilés sans espoir de retour, pour des sujets enfants et adolescents non encore déterminés dans leur identité sexuelle et leur capacité de dire non ?
Cette offre fascinante du changement de sexe conduit donc l’humain à une dépendance technologique totale et débouchera, si nous n’y prenons garde, à une nouvelle définition de l’humanité, le transhumanisme à l’horizon, plus ou moins lointain.