https://www.monde-diplomatique.fr/2024/04/SCHATTNER/66743
En Israël, les dirigeants laïques enrôlent la religion
Mouvement laïque dont les militants étaient à l’origine en majorité athées, le sionisme n’a pas hésité à s’emparer de concepts fondamentaux du judaïsme puis à les refaçonner, pour bâtir une identité nationale. Avec cette prégnance historique du référentiel religieux, comment s’étonner que le discours messianique serve aujourd’hui à justifier la guerre dévastatrice que mène l’armée israélienne à Gaza ?
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Mais si le recours à pareil registre vise à donner un vernis divin à la guerre, il ne constitue pas seulement une réaction aux atrocités commises le 7 octobre par le mouvement islamiste. En réalité, les autorités israéliennes usent de cette rhétorique depuis quelques années, certes plus discrètement. Le témoignage n° 482683 d’un officier de la brigade d’infanterie Golani publié par Breaking the Silence (« Briser le silence ») — une organisation non gouvernementale (ONG) qui regroupe d’anciens militaires opposés à l’occupation des territoires palestiniens — l’atteste : lors de l’opération « Plomb durci » en 2008-2009, le rabbin en chef de l’armée Avichai Rontzki avait enjoint aux soldats de l’« armée de Dieu » de se montrer impitoyables envers l’ennemi en faisant référence aux guerres de conquête de Canaan, la Terre promise. En 2014, au cours de l’opération « Bordure protectrice », toujours à Gaza, le général Ofer Winter, commandant de la brigade d’infanterie Givati, proclamait quant à lui : « L’histoire nous a choisis comme le fer de lance du combat contre l’ennemi terroriste gazaoui qui injurie et maudit le Dieu des guerres d’Israël. »