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Commentaire de N-Y

sur Le Pen prendra la place de Sarkozy au deuxième tour


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N-Y (---.---.183.164) 13 avril 2007 14:43

Pourquoi je vote Nicolas Sarkozy L’élection présidentielle de 2007 est décisive. A travers le changement de génération des dirigeants, elle clôt la période post-gaulliste. Elle constitue surtout l’ultime chance d’adapter la France à la nouvelle donne du XXIème siècle en évitant des épisodes de violence politique et sociale graves. Les Français ne s’y sont pas trompés qui se sont passionnés pour la campagne et qui s’apprêtent à voter massivement le 22 avril. Pour avoir dressé le diagnostic du déclin de la France et cherché à définir les voies et moyens du redressement, il m’apparaît cohérent de m’engager en faisant connaître mon vote et ses raisons. 1. La campagne s’est organisée autour des thèmes de la modernisation de la France et du changement politique qui en constitue à la fois le préalable et le moyen. Trois questions majeures ont émergé : Que faut-il faire ? Comment le faire ? Qui peut le faire ? Dès lors, le jugement porté sur les candidats doit être effectué à la lumière de la cohérence de leur projet, des moyens dont ils disposent pour le réaliser, de la qualité de leur leadership. 2. Jean-Marie Le Pen est un symptôme du déclin de la France et ne constitue en aucun cas une solution. Sa présence au sein du peloton de tête témoigne de l’échec de Jacques Chirac qui s’était vu remettre les pleins pouvoirs par 82% des Français en 2002 afin d’éradiquer l’extrémisme que son impéritie et ses échecs ont encouragé. Les options autoritaires, protectionnistes et xénophobes promues par le leader du Front national parachèveraient le divorce de la France avec le monde moderne en l’enfermant dans la nostalgie d’un passé perverti. 3. A François Bayrou revient le mérite d’avoir insisté sur la double priorité d’une stratégie de l’offre et de la diminution de la dette publique. Pour autant, il ne dispose ni d’un projet crédible, ni des moyens de présider. François Bayrou n’échappe pas aux incohérences et aux facilités qu’il fustige chez ses adversaires, prétendant réduire la dette tout en sanctuarisant l’éducation nationale, conduire une politique de l’offre tout en pérennisant les réglementations malthusiennes, relancer l’emploi tout en augmentant le coût du travail. Surtout, l’extrême centre se présente comme un cercle dont les électeurs sont partout et la ligne politique nulle part. L’alliance de la protestation et de la conservation poursuit le chiraquisme par d’autres moyens. La crise de la démocratie française ne peut être résolue par l’institutionnalisation de la cohabitation mais par la recomposition du système politique autour d’une droite libérale et d’une gauche social-démocrate. François Bayrou ne peut être élu qu’avec les voix anti-Sarkozy mais ne peut trouver de gouvernement et de majorité qu’avec l’UMP. Loin d’être en état de s’offrir le luxe d’un vide politique ou du retour aux jeux de la IVème République, la France doit se réformer à marche forcée pour combler son retard, ce qui implique un mandat clair et un leadership fort. 4. Ségolène Royal a su faire vivre lors des primaires au sein du parti socialiste l’espoir d’un aggiornamento de la gauche française qui pouvait la mettre en situation de conduire la modernisation du pays. Cet espoir a été déçu. Partie sous l’étoile de Mendès-France, Ségolène Royal a fini par là où elle avait commencé sa carrière politique : sous le signe de l’ambiguïté et de la confusion propres à François Mitterrand. Son style à la fois autoritaire et velléitaire comme sa méconnaissance profonde de l’environnement international jettent un doute sérieux sur sa capacité à occuper la fonction présidentielle, dans une période historique critique pour la France comme pour les démocraties occidentales. Sous les nombreux revirements qui ont obscurci son projet, pointe le retour en force des vieilles lunes du parti socialiste : la généralisation des 35 heures, la hausse des salaires et des pensions financée par l’endettement, la dénonciation des entreprises et du profit, le culte de la dépense publique, le biais protectionniste et l’extension illimitée de l’Etat providence. S’il reste difficile de cerner avec précision la politique que conduirait Ségolène Royal, sa présidence se traduirait par une accélération de la crise économique et sociale, plus rapide encore qu’en 1981, du fait de l’exil massif des activités, des investissements, des emplois, des capitaux et des talents. Avec à la clé la perspective d’un choix tragique entre la sortie de l’euro ou la mise sous tutelle par l’Union Européenne. 5. Nicolas Sarkozy est sans aucun doute le mieux préparé et le plus construit des candidats. Il est aussi le moins aimé par les Français. Il a conquis sa légitimité sur sa compétence et sa capacité d’action, tout autant que par la résistance qu’il a su opposer à cinq années de pilonnage constant de la part de Jacques Chirac. Ceci le met en situation d’incarner la rupture de manière crédible la rupture. Ceci comporte aussi son lot de séquelles et d’erreurs, d’un style parfois inutilement agressif aux dérapages d’un vocabulaire qui ne sera plus de mise à l’Elysée en passant par des prises de position contestables sur la laïcité ou la politique extérieure de l’administration Bush dont le désastre se trouve aujourd’hui consommé. 6. Deux interrogations se font jour à son endroit. La première touche à sa personnalité. Il n’est pas sérieux de laisser penser que les tensions liées à la faillite du modèle français d’intégration et à la ghettoïsation de la société française pourraient trouver leur origine dans la personne ou l’action de Nicolas Sarkozy. A l’inverse sa connaissance du droit, son expérience de l’entreprise et du marché, sa maîtrise de l’appareil d’Etat et des négociations internationales sont autant d’atouts pour conduire les réformes indispensables. La seconde porte sur sa filiation chiraquienne qui fait douter de sa volonté réformatrice. Nicolas Sarkozy n’a pas totalement échappé à la tentation de sacrifier la cohérence de son projet à la réponse aux demandes contradictoires de l’opinion, jusqu’à faire écho à la lutte contre la fracture sociale qui domina la campagne de 1995. Engagée sous la bannière de la rupture, sa campagne a fait de plus en plus de place à la tranquillité. Il n’en reste pas moins que son programme est à la fois le plus complet et le plus conforme aux exigences du redressement de la France, associant la modernisation du modèle française par le couplage d’une politique de l’offre et de la réhabilitation du travail, l’autonomie des Universités, la réforme de l’Etat, le lien immigration-intégration-codéveloppement, le renforcement des contre-pouvoirs face au président, la sortie de crise de l’Union autour du vote d’un mini traité centré sur l’efficacité du système de décision. Par ailleurs, Nicolas Sarkozy offre les meilleures garanties de disposer d’un gouvernement et d’une majorité stables. 7. Nul ne peut aujourd’hui affirmer que Nicolas Sarkozy, s’il accède à la présidence de la République, réussira à moderniser la France. En revanche, j’ai la conviction qu’il a la volonté de tout mettre en œuvre pour essayer de le faire et la certitude qu’il est le seul des candidats à disposer des qualités, de la légitimité et du projet politiques qui lui donnent une chance d’y parvenir. Voilà pourquoi, le 22 avril, je voterai sans hésitation pour lui. Nicolas Baverez. Article publié dans le point, le 11/04/07.


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