Il ne faut pas se faire d’illusions : l’école républicaine, qui a survécu jusqu’au milieu des années 80 n’existe presque plus. Des « réformes » successives, au lieu de l’améliorer et d’en accroître l’efficacité, l’ont irrémédiablement - et sciemment - détruite. On est désormais dans un système à deux vitesses : une école pour les pauvres où on occupe comme on peut les jeunes, où on organise par des « sorties » leurs divertissements « culturels », où on s’ouvre sur le monde extérieur, et une autre où on continue d’enseigner réellement, dans quelques endroits qui restent un peu privilégiés à cause d’un environnement social particulier. On ne s’y préoccupe guère de « pédagogie ». La déesse Pédagogie ne fait jamais irruption que lorsqu’il n’est plus possible de rien transmettre et lorsque les enseignants ne savent plus du tout à quel saint se vouer.
J’ai eu autrefois des élèves issus de familles récemment immigrées et par conséquent tout à fait illettrées, du moins en français. Dans des classes d’un niveau acceptable, ces élèves réussissaient très convenablement. J’ai revu il y a quelques années une de ces anciennes élèves ; chez elle, on ne parlait pas le français, elle l’avait appris à l’école, sans leçons particulières, et elle était pourtant la plus brillante. Quand je l’ai revue, elle finissait un doctorat ! Je ne m’inquiète pas trop pour son avenir. Evidemment, c’était un cas un peu exceptionnel et je ne prétends pas que, statistiquement, des situations de cette sorte ne soient pas assez plus souvent plutôt défavorables. Mais enfin, il faut bien se garder de croire que l’intelligence soit systématiquement et radicalement soumise au déterminisme sociologique. Ce serait criminel en tout cas de mettre cette idée dans la tête des jeunes - ce que des irresponsables n’ont jamais hésité à faire - et de les condamner au fatalisme.
Il a toujours été nécessaire, pour les élèves, de travailler chez eux, du moins dans l’enseignement du second degré. Les plus intelligents des élèves, évidemment, au lieu de revoir les cours qu’ils viennent d’entendre, anticipent, essaient de comprendre, à partir de leur bouquin, ce que sera la leçon suivante, ce qui leur évitera de « décrocher » en cours à la première difficulté et de de continuer à prendre des notes en tirant la langue, sans rien comprendre jusqu’à la fin de l’heure. Pout eux le cours est une révision de ce qu’ils ont appris par eux-mêmes, et l’occasion d’interroger l’enseignant sur les difficultés que, seuls, ils ne sont pas parvenus à surmonter.
Mais aujourd’hui, dans des classes surchargées et surtout très incapables du moindre effort d’attention, on va au cours comme d’autres vont prier dans un lieu de culte en espérant par ce moyen faire leur salut ; intellectuellement, dans beaucoup d’établissement, il ne se passe plus grand chose : le cours est un rituel propitiatoire par la répétition duquel on pense qu’on finira bien par « avoir » sont bac, mais comme deux précautions valent mieux qu’une, surtout lorsque les résultats en cours d’année sont mauvais, on s’inquiète tout de même un peu.
Les cours particuliers deviennent donc la solution, du moins pour ceux qui en ont les moyens, et les institutions qui les dispensent connaissent un rapide développement : on ne voyage pas une demi-heure dans le métro sans voir la publicité pour Acadomia ! Ce sont là des solutions palliatives, comme il existe des soins palliatifs pour les incurables. L’école républicaine bouge bien encore un peu, mais plus pour très longtemps.
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