Monsieur Stéphane Domeracki,
Je suis sûr que vous trouverez un éditeur promptement. Vos articles et, j’en suis sûr, votre livre sont pleins d’intérêt. Plein d’intérêt à condition qu’on ne lise que les citations. À lire le reste, c’est aussi plein d’intérêt mais pas pour à la pensée heideggérienne.
Au fond, vous cédez au même travers que dénonçait Heidegger à propos des nazis. Heidegger disait que les nazis, en luttant contre les Juifs, étaient les mêmes que ceux à qui ils attribuaient leurs maux.
Les nazis se peignaient eux-mêmes quand ils dressaient le tableau de leur ennemi sans que cela n’indique rien sur la réalité de l’ennemi en question.
Il est très bien que vous parliez dans la presse et bientôt dans un livre.
Qui détient de la sorte le pouvoir de décider qu’un expert est ou non autorisé à exprimer un libre commentaire dans la presse ou dans un livre ?
Il est vrai que le nombre de pages que vous prenez soin d’indiquer pourrait finir de convaincre ceux-là qui disposent du pouvoir de vous publier.
Vous faites le dupe sur l’ennemi intérieur. L’ennemi intérieur est celui dont a besoin le nazi pour se constituer. De même, votre discours, de par sa structure discursive même, entraîne le refoulement d’un discours différent auquel il continue de se référer.
Enfin, vous ne supportez pas que la philosophie cherche à cautionner et relativiser l’horreur commise par les bourreaux, simplifiant au passage toutes les données historiques à l’opposition entre la victime et son bourreau. Vous voulez donc opposer à cette direction prise par la philosophie la vôtre. Le sens que vous voudriez voir prendre à la philosophie, vous l’indiquez dans la phrase suivante, est celui de l’absence de dialogue. Je n’ai rien à ajouter.