Au sujet de la publication des estimations avant l’heure de clôture des bureaux (J’espère que ce n’est pas hors-sujet, enfin pas davantage que certaines professions de foi présentes plus haut sur ce fil) je vous invite à la lecture de l’opinion que j’ai exprimée sur le blog de Momo. Ce monsieur, quoi qu’on pense de lui, soulève un vrai problème. Pas tellement sur le point central de son coup de pub médiatique : la divulgation avant 20 heures des premiers résultats qui discriminerait les internautes ayant accès à son site des braves citoyens qui s’éclairent encore à la bougie, et qui pourraient fausser le résultat final (Que les scores provinciaux soient ou non visibles chez morandini.com, les internautes, qui ne sont pas des cakes, n’en ont rien à battre ; il leur suffira d’aller jeter un œil à 18h30 sur les sites des journaux belges, suisses, luxembourgeois, américains ou liechtensteinois pour lire toutes les infos. A quoi bon s’exposer à une amende de 75000 euros pour une action aussi insignifiante ? ) Mais surtout (si vous avez du mal à suivre, remontez quelques lignes plus haut) sur les questions que pose la présente d’internet dans une campagne électorale du XXIe siècle.
Bon, voici les propos que je tins hier, avec le même pseudonyme, sur le site de Monsieur Morandini :
« La question ici posée est « la publication prématurée des résultats de province risque-t-elle d’influencer le résultat final ? » et la réponse est évidemment « oui ». Mais dans quelle mesure ? Difficile à dire !
Comme ça a déjà été dit, il suffirait pour éviter ce problème d’uniformiser l’instant de clôture de tous les bureaux de vote. Après tout, pourquoi les provinciaux ne bénéficieraient pas d’un temps égal à celui des habitants des grandes villes ? Qu’est-ce qui justifie ce décalage ? Qui ne devrait exister qu’avec les DOM TOM pour des raisons purement géographiques.
Monsieur Morandini a mis le doigt de façon très habile sur l’absurdité de la loi actuelle ; et je ne peux qu’être de son côté dans cette affaire. Mais le vrai problème ne se pose pas que dans ces deux petites heures qui différentient Belleville de Trifouillis-les-oies. Il existe, et de façon bien plus scandaleuse depuis le début de la campagne, et même avant : au moment où le premier sondage a été publié. Dans cette élection, plus « tactique » que jamais, je veux dire où l’électeur ne vote pas forcément pour le(la) candidat(e) qu’il préfère mais en fonction de ce qu’il croit savoir de l’état de l’électorat, les enquêtes d’opinion ont un poids considérable ! Et pas seulement le lundi 22 à 18 h 30, alors que la majorité des Français aura déjà voté. L’exemple évident de cette influence est fourni par la montée de Bayrou. Parti de 6%, il ne doit le triplement de son score annoncé qu’à une prise de mayonnaise que seule les sondages peuvent expliquer. Dès qu’on l’a CRU capable de figurer au second tour, et qu’ON nous a dit qu’il était le mieux placé pour battre Sarko, beaucoup de citoyens, de gauche, de droite et d’ailleurs, ont envisagé de lui accorder leur suffrage ; et ce pour des raisons très diverses. Un autre exemple est la position de le Pen : tout le monde comprend que si on le donnait deuxième, voire premier, la mobilisation à gauche et le « vote utile » changeraient complètement la donne. Pour prendre un exemple un peu plus absurde : Si Besancenot devançait Ségo dans les sondages, c’est vers lui que se tourneraient la majorité des électeurs de gauche.
Or, sur quoi sont basés les résultats des sondages ? Sur du vent ! Les coefficients de correction apportés aux données brutes, qu’ils relèvent de programmes sophistiqués prenant en compte les élections précédentes, ou d’une démarche purement pifométrique, n’ont pas la moindre fiabilité. Prenons le cas du candidat FN, si bien analysé il y a cinq ans ! : qui peut dire aujourd’hui quel pourcentage de ceux qui vont voter pour lui « osent » ou non l’avouer ? La « dédiabolisation » du front initiée par la fille du chef a-t-elle pour effet de rapprocher le chiffre des intentions affirmées de celui du vote réel ? Ou est-ce le contraire ? Nul ne le sait ! et surtout pas les sondeurs ; qui font dans leur coin une petite cuisine ajoutant à X et retirant à Y en appliquant des formules qu’ils gardent secrètes. Le flou artistique s’accentue avec une mode antisondagière qui atteint les questionnés, exaspérés par le matraquage des instituts : Il répondent N’IMPORTE QUOI (je vote Arlette au premier tour et Sarko au second). Ou mieux, ils suivent une stratégie élaborée (voir le site http://www.tousmenteurs.fr/index.php ) en introduisant leur grain de sable dans cette mécanique boiteuse qui s’en passerait bien !
Un indice de la crainte qui saisit les sondeurs est le fameux taux d’indécis ou d’hésitants. Pourquoi nous bassinent-ils que leur nombre est aussi élevé ? Parce que c’est le reflet de la réalité ? Ou plutôt pour se réserver une porte de sortie en cas de foirage monumental de leurs prévisions, pour pouvoir annoncer après coup : « On vous avait bien dit que 30 % des votants ne savaient pas en entrant dans l’isoloir quel bulletin ils allaient choisir ! Et c’est ce qui explique la victoire de monsieur Schivardi » (Non ! Là je déconne, mais il faut bien rigoler un peu.) On remarque que cette fois ci, instruits par leur échec de 2002, les instituts nous donnent leurs chiffres avec des pincettes : « Un sondage n’est que la photo à un instant donné de l’état de l’opinion », nous serinent-ils. Pour ma part, je pense que la fréquentation assidue du café des sports, à l’écoute des conversations tenues sur le zinc, me fournit des données aussi peu précises, mais bien moins coûteuses à collecter.
Le nombre d’indécis au seuil de cette élection est une donnée absolument invérifiable ; et très manipulable. Le « juge de paix », la seule information exacte dont nous disposerons à l’issue du scrutin sera le score à l’unité près des 12 candidats. Et les sondages risquent d’en être les grands perdants. Je le pense à 52%, je n’y crois pas à 34%, et je suis sans opinion à 14%. »
Et dont je vous laisse juge de l’intérêt...
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