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easy 30 octobre 2010 21:45
easy

Je n’ai aucun goût pour les spéculations sur ce qui se passe sous les tables. Je sais qu’il y a des choses invisibles mais je sais que spéculer sur ce que je ne vois pas peut conduire à des scénaris délirants.

En ne considérant donc que ce qui est visible par tous, à savoir les attentats et les décombres, je me rappelle avoir pensé, lors de l’entrée du second avion dans la tour WTC, que l’attentat allait être désormais différent.
Quel que soit l’organisateur de ce métattentat, il envoyait les autres terroristes du Monde au rang de rigolos.

De là, j’avais estimé que les amateurisés allaient cesser leurs gamineries en attendant de se convertir à la nouvelle donne ou allaient faire de la contrefaçon d’AQ, ou allaient faire de la sous-traitance pour AQ ou allaient mettre la clef ou la porte (Cf. ETA) .
 
Car l’objectif d’un terroriste consiste à être Le terroriste et non Un terroriste.

Ici, l’auteur nous parle de la nature spécifique du Microsoft de l’attentat terroriste. Elle est effectivement celle qu’il décrit. Mais qui ne l’a pas compris, quel terroriste n’a pas analysé cette signature et le marketing de son super concurrent ?





Ce qui ne veut pas dire que l’attentat a atteint les sommets d’efficacité, loin de là. 

La Machine du Monde contre laquelle se dresse Bin Laden n’est en rien affectée par deux ou trois mille morts de gueux. 





Giap et Ho Chi Minh, les indiscutables vainqueurs de la Machine coloniale française, avaient gambergé très différemment de Bin Laden.


Je vais essayer de dire cette différence de stratégie.

Je vais prendre comme premier exemple ce qui s’est passé pendant la Guerre du Vietnam : Vietnamiens communistes du Nord contre Américains installés au Sud.
Les stratèges du Nord avaient soit à considérer les Viets du Sud comme des Américanistes et devaient alors les traiter en ennemis systématiques, auquel cas ils auraient eu à se battre contre les EU + les Viets du Sud, soit à considérer les Viets du Sud comme des alliés potentiels pour rassembler tous les Viets contre les GI’s

Il n’était pas difficile de constater que dans la population sudiste, il y avait 80% de gens en situation de misère du fait que tous les efforts du gouvernement sudiste allait à la guerre. Les stratèges du Nord ont alors considérés qu’il ne fallait surtout jamais attaquer les sudistes civils (ils les enrôlaient souvent en utilisant la pression morale mais jamais de façon violente) et qu’il fallait même les soigner

[sur ce point de la santé, je précise que les Nordistes ayant récupéré Hanoi comme capitale en 1954, ils avaient hérité de l’université de médecine que les Français y avaient installée avant leur chute. Comme à l’époque, il n’y avait nulle part de retours négatifs de la médecine occidentale et que le Pasteurisme était à son apogée, les médicaments, la médecine française étaient très, très bien considérés dans toute l’Indochine, dans toutes les colonies, quasiment partout dans le monde en fait. D’où l’aura, un peu plus tard, des French Doctors]

Dès les premiers temps de la Guerre du Vietnam, les Américains considérant que beaucoup de paysans sudistes étaient gagnés à l’esprit nordiste, ils se sont mis à tirer comme les hystériques sur des civils du sud (massacre de My lai) et ont parfaitement réussi à être détestés de la population rurale du sud. De là, les nordistes pouvaient se promener dans les campagnes du Sud en toute tranquillité et implanter leurs bastions souterrains aux portes de Saigon, à quelques pas du Headquarter US. Témoignant, par des attaques éclair, qu’ils étaient partout et que les GI’s ne contrôlaient rien. Une plaisanterie disait qu’ils ne contrôlaient même pas le contenu de leur slip. 


Les dollars déversés par les GI’s dans l’économie de Saigon leur ont valu des amis, mais c’étaient des amis intéressés (cas des putes mais aussi de toutes sortes de commerces susceptibles de fructifier grâce à la présence US). Les amis vénaux ne sont pas des amis de combat.

Pour la Guerre d’Indochine, contre les Français, c’était un peu plus complexe. On y retrouve les éléments de stratégie que je viens de décrire mais il y avait autre chose en plus. En 1950, Giap n’avait pas manqué de remarquer qu’en France métropolitaine, l’Internationale communiste (via Moscou) avait sa part de succès. Et il avait bien compris que les communistes français se retrouvent non à la direction des entreprises mais dans les chaînes de montage des usines ; (pas dans les campagnes, pas dans les fermes, pas dans le commerce). Or les armes qu’utilisaient les soldats français étaient fabriquées par les ouvriers français dans les usines françaises. Il ne restait plus qu’à les saboter. Et le sabotage, les ouvriers communistes de l’armement, 5 ans après 1945 et le STO, ils savaient faire.

Oh, non pas que l’impact direct de fusils déréglés de cartouches fuyantes et de grenades mouillées soit énorme sur les champs de bataille, non, c’était d’un impact direct insignifiant. Mais sur le moral des troupes françaises dévorées par les sangsues, c’était catastrophique.

Au lieu de s’allier avec les Chinois communistes géographiquement bien plus proches mais sans aucune accointance avec Paris, l’oncle Ho avait choisi de s’allier avec Moscou qui taupait largement Paris et en tous cas le PC que lui même avait cofondé à Tours en 1920.




Selon la même stratégie, il était hors de question pour Giap de considérer tous les Ricains comme des ennemis, pas question de commettre des attentats contre des civils en Amérique ou ailleurs, non surtout pas ça. Tous les tapis rouges étaient déroulés au Nord pour recevoir n’importe quelle star US voulant exprimer son refus de cette guerre. 
Au moment où Peter Fonda jouait Easy Rider, sa soeur Jane posait parmi des artilleurs Nord Vietnamiens.
Quelques kilomètres au sud, les Boy’s enfermés dans leurs bunkers, voyaient leur belle dans les bras des Nordistes, en étaient malades et estimaient ne pas être du bon côté. 


Autre détail. Les Viets connaissent la jungle et les poisons. Alors qu’ils auraient pu très régulièrement empoisonner les GI’s (pour les terroriser surtout) ils s’en sont abstenus. L’empoisonnement ne colle pas avec l’éthique guerrière.
Inversement, les Américains ont largué des millions de litres de poison sur le pays et ça a cassé leur image de braves qu’ils avaient eue après le Débarquement.


Giap serait interrogé sur la stratégie de Bin Laden, tout en posant que les combats ne sont pas du tout du même ordre et que celui de Bin Laden est certainement plus désespéré, je pense qu’il dira qu’il s’y prend très mal en attaquant systématiquement tous les Occidentaux, en s’en prenant à des civils. 

Comme tous les Viets, Giap avait joué du syncrétisme possible entre la morale de son camp et celle de son ennemi. Alors que Bin Laden ne voit aucun intérêt dans le syncrétisme (qu’un Viet saurait trouver) entre sa morale et la nôtre.





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