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Bernard Grua 5 octobre 2018 13:35
Bernard Grua

@velosolex Tout d’abord, merci pour votre réponse détaillée et pour la qualité de son écriture. Vos préoccupations, je les partage à 100%. J’aime aussi la façon que vous avez de poser chacun face à ses responsabilité. On lit beaucoup de déclarations fracassantes et de mise en cause, sur ce site, il est bien de s’y interroger sur soi-même, aussi. « Si nous voulons garder ce qui peut l’être, il va falloir se remettre sérieusement en question, et arrêter de s’exclure de l’équation, en ne considérant que mortifère la finance mondialisé, dérégularisée, l’agriculture intensive et tueuse du vivant, mais aussi évidemment le tourisme, cet échauffement planétaire ». Ensuite, j’avoue que j’attendais des comparaisons sensées, que vous êtes le seul à faire. On parle d’une zone montagneuse s’étendant, pour sa partie habitée en permanence, entre 2 500 et 3 500 m, entourée de sommets compris entre 6 000 et 8 000m. Ceci n’a rien avoir avec des stations balnéaires grouillantes de chair huileuse, d’individus alcoolisés qui font la fête « jusqu’au bout de la nuit » ou d’autres amateurs de détentes tarifées. Ce genre de parallèle n’a pas de sens. Vous concernant, je suis juste mal à l’aise avec le terme de « peuplades ». Il me semble pourvoir être lu dans un sens de primitif ou, tout au moins, d’arriéré. Cela ne correspond pas aux habitants auxquels je fais référence. En tout cas, plus aujourd’hui.


Passionné de lecture, très jeune, j’ai pu prendre connaissance du récit d’Heinrich Harrer, dont Jean Jacques Annaud devait faire un film bien plus tard. Depuis lors, j’ai toujours rêvé de découvrir le Tibet. A peu près à la même période, j’ai lu l’ouvrage d’un des premiers occidentaux qui s’était rendu au Zanskar après son ouverture. Ce pays a donc figuré, aussi, sur ma liste des endroits à visiter. Pour ce qui est du Tibet, sachant ce qu’en ont fait les Chinois, je pense que je n’y mettrai pas les pieds. De même pour le Ladakh et le Zanskar. Quand j’entends des individus sans intérêts qui racontent « qu’on-y-fait-des-treks-super-sympas », je m’inquiète. Quand vous faites part de votre consternation concernant le Népal, je vous comprends parfaitement. Je trouve cela, vous vous en doutez, très pertinent. Pourtant nous ne pouvons pas tous être des Vladimir Arseniev, des Nicolas Bouvier ou des Jean Malaurie et nous n’avons pas forcément envie de voyager seulement « autour de notre chambre ». Et même, cela ne suffirait pas, comme je l’explique plus loin.

Mon propos n’était pas d’inciter qui que ce soit à se rendre au Pakistan d’une façon générale, ni même dans une zone particulièrement préservée comme feignent de le croire certains commentateurs que l’on a connu moins polémistes sur d’autre sujet. Mon propos n’est pas, non plus, de me faire le chantre du développement touristique. Je n’avais même pas l’intention de faire cet article. Comme je l’expliquais, il s’agit de différents échanges que j’ai pu avoir avec des personnes locales. J’ai pensé qu’il pourrait être intéressant de les partager et de recueillir différents avis. C’est ce à quoi vous participez. Je vous en suis reconnaissant.

Je pars d’un constat. Le Pakistan compte environ deux cents millions d’habitants. Il y a des gens très pauvres mais il y a aussi une classe moyenne qui est numériquement significative même si elle ne représente qu’un faible pourcentage de la population totale. Les grandes villes du Pakistan sont invivables l’été. Alors, ceux qui le peuvent, bougent. Il existe, à quelques centaines de kilomètres au nord d’Islamabad ,des montagnes et des vallées très fraîches. Je n’y ai pas croisé de visiteurs étrangers mais j’y ai observé, quand même, des flopées de touristes. Le résultat n’est pas glorieux, loin de là.


Dans la vallée de Khagan décrite théoriquement comme particulièrement belle, on trouve la ville de Naran dont je parle dans mon papier. La moitié de la ville ressemble à certaines rues étroites et crasseuses de Lahore. L’autre moitié est faite de tôles et de toiles de tentes. Tous ceux qui y travaillent, et que j’ai rencontrés, à une exception près, ne sont pas de la région. Ils viennent tenter de faire, en deux ou trois mois, l’argent qui les aidera a tenir le reste de l’année à Lahore, Islamabad ou Karachi. Le seul personnage sympathique et local, avec qui j’ai pu échanger, était le gardien de la guesthouse armé de son fusil à pompe. Les populations locales sont réduites à mendier à Naran ou un peu plus haut, sur les bords du Lac Saiful Muluk, que l’on dit sublime, si l’on fait abstraction du bidonville qui fait office d’aménagement touristique, du harcèlement des vendeurs ou des “guides”, des pendjabis qui balancent leurs ordures partout, au grand désespoir des autochtones. 

Plus loin, une fois franchi le col de Babusar, ces hordes de touristes comprendront qu’il y a mieux à voir et à faire en remontant la Karakoram Highway en direction de la Hunza, comme certains le font déjà. Le tourisme n’est pas un choix pour la Hunza. Vous dites : “Le tourisme est un accélérateur de l’uniformité, mais aussi de la destruction du monde”. Je suis d’accord avec vous. Mais ce tourisme dans la Hunza existe déjà (certes essentiellement national) et il s’intensifiera fatalement. Il faut s’y préparer et faire en sorte, autant que possible, qu’il soit bénéfique aux habitants de Hunza et de ses alentours. Au risque d’être accusé de discrimination, je dis que des touristes occidentaux y sont préférables à des touristes nationaux. J’assume toutefois mes propos. Particulièrement au regard de ce que l’on peut lire au sujet d’un festival qui s’est tenu à Passu dans un article écrit par le directeur de l’école avec qui j’ai échangé à différentes reprises. GOJAL : FACE Music Mela-Passu, Second Edition Thrilling The Audience | PassuTimesEnglish “Most of the audiences enjoyed the show with valor and zest while the elders and local folks considered it as a shock to their indigenous culture because evidences of drug uses by the DOMESTIC TOURISTS were observed around the venue which is unethical and unacceptable to the cultural norms and values, as tourists are expected to take care of the eco-system and cultural value of the destinations. The District administration DC-Hunza appreciated the efforts of FACE Management and showed the commitment for tourism development in Gilgit-Baltistan. International tourists were much impressed with the festival and friendly people of Hunza, Pakistan". 

Si je parle de la Tunisie dans mon papier c’est en pensant à autre paradis lui aussi ravagé. Il s’agit des îles Kerkennah,15 000 habitants l’hiver, 120 000 en été, qui ne reçoivent pourtant pas de touristes étrangers, J’ai abordé le sujet sur Agoravox : Pêche aux poulpes à Kerkennah. J’y étais allé il y a 15 ans. J’y suis retourné récemment. C’est une descente aux enfers. Mon constat est partagé localement. Kerkennah : Histoire d’une lente asphyxie… sous l’indifférence de tous 


Qu’il soit domestique ou étranger le tourisme doit être pensé en amont et en concertation avec les communautés locales. Ce tourisme doit être responsable et respectueux de la nature ainsi que des hommes. Il doit être bénéfique aux communautés locales. Il doit aider ces hommes à vivre sur la terre de leurs ancêtres et non pas les exclure où les transformer en bêtes de somme dépossédées de leurs racines. 



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