Anéantissement

L’éradication de leurs existences
Que de paroles, que d’agitation, que de controverses stériles à propos des monstres sanguinaires qui veulent semer la haine et la désolation dans nos pays comme dans nos consciences ! Ils sont en passe de réussir à nous désunir tout en devenant des martyrs d’une cause indéfendable. Il conviendrait que nos médias, nos politiques, nos concitoyens réagissent de la seule manière raisonnable qui soit vis-à-vis de ces fous furieux qui ont fait le choix de sortir de l’humanité.
La seule mesure qui vaille à mes yeux est l’éradication de leurs vies, l’effacement total, radical, définitif de leur existence. Leurs actions dans toute l’horreur qu’elles supposent démontrent à l’évidence qu’ils ont renoncé à la civilisation et aux valeurs humaines. Ils ne méritent plus de figurer dans la société des individus et leur mort, puisque c’est ainsi qu’ils conçoivent la fin de leur parcours sanguinaire, doit également signifier leur totale et irrémédiable disparition.
Ils ne sont plus ! Toute trace de leur passage dans ce monde qu’ils ont transformé en vallée de larmes doit être supprimée. Pas de nom dans les journaux, pas de photographie dans les médias, pas d’évocation de leur fin. Ils n’existent plus : ils n’ont jamais existé. Il faut aller jusqu’à passer sous silence leur trépas, détruire leur corps, faire disparaître leur existence en effaçant à jamais leurs identités et leurs traces.
Dans le même temps, il convient de tenir secrète cette issue, ne pas avertir leur famille, leurs amis, ne pas donner ainsi l’occasion de l’admiration et de l’imitation dans des quartiers où la tentation est grande. La police, la justice doivent agir pour éradiquer les marqueurs sociaux et administratifs d’un individu qui a perpétré l’abjection la plus totale : un crime horrible, gratuit au nom d'un Dieu de haine. L’emballement médiatique est ce qu’ils recherchent : leur gloire posthume est un but de propagande ; il convient de ne pas tomber dans ce piège en cessant de parler d’eux.
Informer c’est rendre compte du sort des victimes, ce n’est pas servir la soupe à des monstres, leur donner une ultime tribune macabre. Ceux-là n’ont plus leur place sur nos écrans et dans nos journaux. Leurs noms sont ignorés, leurs biens sont détruits, leur passé aboli. Aucun média ne devrait évoquer leur existence, ni interroger leurs voisins, leurs connaissances. La chape du silence et de l’oubli doit tomber sur ceux qui ont déshonoré la longue lignée des humains.
Dans la logique de cette mesure, la dignité suppose également d’exiger que cessent enfin les déplacements ostentatoires de nos chers responsables, les coups de projecteurs sur l’horreur, l’exposition indigne des malheurs. Pas de caméras, pas d’exploitation médiatique du drame, pas de discours incantatoires ou compassionnels mais une présence discrète et à l’abri des caméras auprès des victimes et de leurs familles. Le spectacle télévisuel de l’horreur doit cesser pour que cesse l’effroyable contagion. Malheureusement, je crains que l’immense vanité de nos élus ne puisse se satisfaire de cette exigence élémentaire.
Les émissions spéciales, les micro-trottoirs délirants et souvent dégradants, les images en boucle sont autant de réussites pour ceux qui veulent abattre notre société. Le silence est la plus efficace des armes, la plus nécessaire des réactions, la plus digne des réponses en mémoire des innocents assassinés. Il est grand temps de prendre en compte les dérives de notre système : celles-là mêmes dont se nourrissent nos impitoyables adversaires.
Quant à l’environnement extérieur, il me semble indispensable de rayer de notre référentiel l’Etat supposé qui fomente ou inspire ceux dont nous ne devons plus parler. Plus un mot de ce ramassis d’assassins, de tortionnaires et de monstres. On se moque de savoir s’ils revendiquent ou pas leurs immondes forfaits : nous devons les rayer de nos ondes, ne plus jamais évoquer leur organisation mafieuse et criminelle.
L’anéantissement est d’abord dans les mots et dans les têtes. Il ne faut plus les citer, les évoquer, les considérer. Chaque fois que nous tombons dans ce piège, nous leur faisons de la publicité. Puisqu’ils sont invisibles, puisqu’ils ne sont plus de notre ordre, puisqu’ils ne sont rien qui vaille, allons jusqu’au bout de cette indispensable attitude. Leur anéantissement commence dans nos pensées, nos paroles, nos images. La victoire de la civilisation passe par là et je vais m’appliquer la recette après cet ultime évocation du mal absolu.
Néantement leur
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