Comment exclure le citoyen du débat politique
L’ennui avec les politiques, c’est qu’à partir d’une bonne idée, ils sont capables de pourrir un débat au nom d’intérêts qui ne sont pas ceux des citoyens, mais qui relèvent d’un corporatisme exacerbé ou de la politique partisane.
Prenons par exemple la réforme des collectivités locales, sujet d’actualité s’il en est : comment ne pas souscrire à l’idée d’un débat, d’une réflexion sur le sujet, en ayant à l’esprit, que leur dispersion, le chevauchement de leurs compétences nuisent à la bonne lisibilité du dispositif par le citoyen et qu’il faut peut-être en diminuer le nombre ?
Mais là où le bât blesse, c’est que le système politique en place, avec ses luttes de pouvoir, tant interne à chaque formation qu’entre les partis, le mandarinat et le carriérisme qui le sclérosent, ne font pas bon ménage avec une vision démocratique des choses et l’expression citoyenne qui va avec.
Il existe une forme de connivence entre les partis traditionnels de gauche, de droite et centre pour éviter que le bon peuple s’intéresse de trop près au fonctionnement actuel de la nation, et tout cela sur fond d’enjeux de pouvoir.
La réforme vue par le pouvoir en place
C’est simple, a priori. Il s’agit de diminuer le mille feuille territorial auquel plus personne ne comprend rien et qui coûte cher en impôts locaux. Présenté comme cela, tout le monde comprend et évite de trop réfléchir.
Pour réformer le système, il n’y a que deux voies : celle du référendum ou bien la voie parlementaire. C’est précisément cette dernière qui a été choisie ce qui par conséquent en dit long sur la volonté de réforme et le résultat final. Car, il ne faut pas se leurrer, demander aux parlementaires de voter une loi qui va limiter leurs pouvoirs locaux et leur possibilité de cumul de mandats, c’est comme leur demander de se tirer une balle dans le pied.
Par conséquent, la véritable réforme des collectivités locales n’est pas pour demain, d’autant que ce n’est pas en tant que tel le principal souci de notre président qui utilise ce projet à des fins plus politiciennes, surtout destinées à caresser dans le sens du poil une partie de son électorat et de ses soutiens.
La suppression de la taxe professionnelle, mesure annoncée récemment fait partie intégrante du projet
En favorisant les entreprises, on étrangle un peu plus les collectivités locales déjà touchées par la crise, et dont les recettes de T. P. sont indispensables au financement de leurs politiques. Mais comme les collectivités locales les plus importantes sont aux mains de l’opposition, il fait par conséquent de cette mesure une formidable machine de guerre, prélude à la reconquête du pouvoir local par la droite.
D’un côté, on fait plaisir au MEDEF et de l’autre on tape sur l’opposition : double bénéfice.
Troisième et dernier volet du dispositif, la réforme du mode de scrutin aux élections locales.
Avec ce qui précède, le pari est fait que les majorités de gauche en place, obligée d’augmenter les impôts ménages pour compenser la perte de T.P., vont certainement devenir impopulaires auprès des électeurs.
Un nouveau coup de pouce est cependant nécessaire pour préparer l’alternance, d’où, pour 2014, le nouveau mode de scrutin principalement majoritaire et à un tour qui donnera la prime à la liste arrivée en première position, ce qui revient à favoriser l’UMP qui se présente unie face à la grande dispersion des listes de gauche, du centre et des partis écologiques. Le tour est joué !
De cette manière, on réconforte les élus de droite qui, malgré la diminution probable des élus locaux et la mutation de certains d’entre eux en conseillers territoriaux, devraient se voir récompenser de voter une réforme des collectivités locales à minima.
Voilà pourquoi la voie du référendum déjà si difficile à utiliser en temps normal, n’a jamais été envisagée en l’espèce, malgré les avantages démocratiques qu’elle aurait présentés.
La réforme vue par l’opposition
C’est peu de dire que l’opposition est groggy face à la machine de guerre mise en place par le président de la république et ses conseillers et qu’elle a du mal à sortir de la simple dénonciation.
Peut expansive et divisée sur le seul aspect « collectivités locales », elle se prend en pleine figure la suppression de
On remarquera que la solidarité entre niveaux de collectivités n’a joué à aucun moment, les perdantes (les départements) n’étant pas soutenues par celles qui avaient à y gagner (les métropoles ou les Régions) dans le projet de réforme, les communes et les intercommunalités étant restées prudemment sur la réserve.
C’est ce clivage qui explique que les élus locaux ne se soient pas empressés de monter au créneau et surtout d’ouvrir le débat avec les électeurs.
Face à cette situation, on pourrait penser que les élus locaux soient désormais tentés d’obtenir le soutien populaire en sortant du mode incantatoire et de la dénonciation utilisés jusqu’à présent.
Malheureusement, nous risquons d’être déçus, car au-delà du projet de réforme, se pose une question plus large à laquelle ils risqueraient d’être confrontés en ouvrant le débat, à savoir celle de la gestion des collectivités locales.
Il ne s’agit pas de dire que ces collectivités sont mal gérées mais de mettre en avant certaines dérives qui ne sont pas l’apanage des pouvoirs de gauche en place qui se sont inscrits dans le droit fil de leurs prédécesseurs de droite lorsqu’il y a eu alternance.
La propension à négliger le contrôle de gestion fait partie de ces dérives. C’est vrai qu’en période faste comme celle qu’ont connues les collectivités locales depuis 20 ans, on est plus enclin à dépenser qu’à faire la chasse aux dépenses inutiles et cela pour une raison bien simple, qui consiste à conforter le monde économique, les associations et d’une manière générale tous les bénéficiaires de la manne des collectivités et à les caresser dans le sens du poil : ça peut toujours être utile au moment des élections.
Cette remarque vaut pour la gauche comme pour la droite.
Résultat : des prestations surpayées, des subventions reconduites sans regard sur l’utilisation des précédentes et surtout une commande publique (travaux de voirie, bâtiments publics, aménagements urbains) trop importante au regard des besoins réels et que l’on porte aux nues en raison de son effet multiplicateur supposé alors que bien souvent elle ne sert qu’à augmenter les profits qui seront servis aux actionnaires.
Autre débat auquel elles seraient confrontées : celui des politiques facultatives dans lequel elles se sont engouffrées depuis si longtemps, et qui consiste à cofinancer des projets avec d’autres collectivités en utilisant et en augmentant les impôts locaux. Cela ne fait pas de mal d’être sur la photo lors de l’inauguration même si le projet ne concerne pas directement les compétences d’une collectivité.
Enfin, au cours du débat, les citoyens seraient sans doute tentés d’exiger que le monde économique qui a longtemps bénéficié du soutien des collectivités soit par des aides ou par des contrats, bénéficie désormais de moins de soutien et de moins de commandes publiques, d’autant qu’il ne leur versera plus désormais de taxe professionnelle.
Pour ces raisons, si débat il y a, à l’initiative des élus locaux, il sera tronqué, orienté et surtout cadré pour que ces questions qui pourraient déranger ne soient pas abordées. Il aura pour but principal d’instrumentaliser le bon peuple, pas de faire vivre la démocratie.
Voilà comment, au nom d’intérêts partisans, à gauche comme à droite, on ignore l’intérêt du citoyen et on se moque de lui en pourrissant un débat qui aurait mérité mieux.
Voilà pourquoi il faudra, en guise de débat, nous contenter des petites phrases assassines des aboyeurs en chef de chaque parti qui seront relayées complaisamment par les médias.
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