De la symbolitque du doigt tendu
Durant le débat entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, il y eut ce moment où le candidat a demandé à la candidate de ne pas le tancer avec son doigt tendu. Que renferme donc ce doigt tendu dans notre inconscient collectif ?
« On ne montre pas du doigt, ce n’est pas poli ». Qui ne s’est pas fait réprimandé par ses parents un jour quand il était enfant ? Il est admis dans notre culture que montrer du doigt ne se fait pas. Est-ce parce que dans un pays où l’égalité est une valeur profonde, singulariser ainsi un individu hors du groupe est insupportable ? De même, on peut avoir des souvenirs cuisants à l’école quand les camarades se moquent de vous en pouffant. Bien des cauchemars sont liés à ce genre de situation.
Dans le cas du débat, le doigt tendu était manifestement ressenti comme une menace, une intimidation. En effet, sorte de prolongement (phallique aurait dit Freud) de la personne, il se porte vers l’espace de l’autre et en « viole » l’intimité. C’est pour cela qu’il est vécu comme une agression.
Pourtant, le doigt tendu n’a pas que ces trois premières acceptions - impolitesse, moquerie et menace. Il existe aussi d’autres utilisations :
Toujours à l’école, le doigt tendu est une figure d’autorité du maître : il l’utilise pour donner la parole à un élève, pour le gronder, pour l’avertir. Son utilisation n’est pas que négative puisqu’il permet de contrôler la participation orale qui évite que tous parlent en même temps. Cette fonction sélective peut même devenir joyeuse : souvenez-vous dans le film Un fauteuil pour deux, Eddie Murphy finit par pointer du doigt les gens qui lui vendent des actions dans un geste amical et souriant.
Surtout, en politique, ce doigt tendu a été utilisé dans le passé comme figure mobilisatrice. En voici deux exemples célèbres.
- Affiche américaine de 1917
Les Etats-Unis avaient une politique isolationniste au début du XXe siècle et aucune armée de conscription semblable à la France. Il a donc fallu motiver les hommes pour qu’ils viennent s’inscrire quand le pays a déclaré la guerre. On peut voir ici que le doigt tendu , associé aux couleurs et étoiles du drapeau américain et à la figure de l’Oncle Sam, a pour objectif d’interpeller toute personne regardant l’affiche. Chacun doit se sentir concerné personnellement, visé par le message. C’est ce que j’appelle l’effet mobilisateur.
Deuxième exemple célèbre.

On oublie souvent que le président n’a pas été élu au suffrage universel direct dès 1958 dans la Cinquième République. Ce choix vient d’une réforme proposée aux Français en 1962 et soumise on référendum. On observera que la même tactique est utilisée sur l’affiche : le doigt tendu, les couleurs du drapeaux français, un message clair et court. Seule différence, la patrie n’est pas symbolisée par son effigie (si on admet que l’Oncle Sam est le correspondant de Marianne) ; sans doute car en 1962 la patrie n’est pas en danger comme en 1917.
La différence, bien entendu, est qu’un doigt tendu dans un contexte de débat 1 vs 1 ne peut pas avoir la même fonction que sur une affiche qui s’adresse au peuple. On a souvent entendu parler dans cette campagne de Ségolène comme une institutrice donnant des leçons. Peut-être a-t-elle inconsciemment utilisé cet « outil » de la maîtresse. Ce qui ne signifie pas que Nicolas se soit senti tout à coup ramené à ses souvenirs d’élève...quoique, qui sait ?
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