Entre miel et vinaigre
Il n'y a pas de quoi en faire des salades !

Écrire son plaisir et ses colères.
On me reproche souvent mes coups de gueule, mes colères improductives qui me font plus de mal qu'elles ne portent préjudice à ceux contre lesquels elles sont pointées. Il est vrai que le combat est stérile, que les armes sont inégales et qu'il ne sert à rien de prendre un clavier en guise de poignard. Le vinaigre pourtant est une encre qui donne du talent, de la verve et de la flamme.
Les mots coulent tout seul, le cœur se vide d'une rancœur qui fait si mal. Les doigts courent sur le clavier, les mots se bousculent pour dire la brûlure et l'humiliation, la souffrance et la défiance. Qu'importe si rien de bon ne peut sortir de l'exercice ; il soulage et exprime franchement ce qui pesait depuis trop longtemps en travers de la gorge.
On me réclame plus facilement les mots doux et mielleux, les belles histoires et les gentilles farces. S'extasier n'est pas facile, cela exige sincérité et désir impérieux de partager un bon moment, une belle rencontre, une découverte qui inspire. Je ne suis pas là pour flatter, pour brosser dans le sens du poil. J'ai le désir d'exprimer un coup de cœur et cela ne se fait pas sur commande.
Les mots chaleureux sont plus laborieux que ceux qui coupent, qui blessent, qui frappent. Il n'est rien de plus difficile que d'enrober de roses et de senteurs un texte qui s'enthousiasme. Le bonheur résiste, il se fait pudique, se cache et se refuse à la dithyrambe. Il lui faut de la nuance et de la sincérité tout en se frayant un chemin qui n'est pas tracé d'avance.
Le miel ne va pas de soi, il colle à la peau tout autant qu'au cerveau.Il se love dans les recoins, demande de la patience, exige de la nuance, réclame de la subtilité. Il se nourrit de métaphores et de belles formules, d'anecdotes charmantes et d'un style léger. Il est travail et effort ; il demande réflexion et imagination.
Le vinaigre coule sur la plaie, se répand sans retenue. Il devient flot tumultueux, il se nourrit de lui même et de la fureur qui jaillit en cascade. Il pique à plaisir, il cherche le point faible, il tord, distord, mord et fait le fort. Il avance avec ses gros sabots, pense n'avoir jamais tort. Il est certain de son fait, furieux et toujours abondant. Il coule comme une fontaine miraculeuse qui étanche la soif de vengeance.
Je ne sais si le miel tout autant que le vinaigre attrape les mouches. Là n'est d'ailleurs pas la question. L'un comme l'autre répondent à un besoin impérieux d'expression auquel je dois me soumettre. Aujourd'hui ce sera mielleux, demain bien plus fielleux. Il n'est pas à choisir, les mots s'imposent, les maux ou bien des cadeaux ; c'est la grande loterie du billet d'humeur …
Quant à celui qui tombe sous la coupe du billet assassin, il n'a qu'à s'interroger sur les raisons de la colère plutôt que de couvrir sa tête de cendres ou le chroniqueur de tous les défauts. Le vin jamais ne tourne à l'aigre sans raison. Il y a toujours la mère de toutes les causes ; l'explication qui déclenche le glissement de terrain. C'est trop facile de se réjouir du miel sans accepter parfois que le vent tourne soudainement.
Vous ne me ferez pas changer de cap. Je vais d'une rive à l'autre, je godille ou bien je tire des bords. La Loire, pas plus que mes curieux billets, n'est un long fleuve tranquille. Comme j'aime souvent à le répéter, c'est dans les contraires que s'expriment le mieux la variété de ses paysages, la complexité de ses transformations, le mystère de ses réactions.
Je suis enfant de Loire et je naviguerai toujours entre miel et vinaigre. C'est ainsi ; il n'est pas à exiger un adoucissement de mes écrits qui n'aurait pas plus de sens qu'un durcissement sur commande. Mes coups de gueule me ferment des portes, me privent de fréquentations qui n'acceptent pas ce risque : c'est que ces gens ne méritent pas ma considération. Ceux-là ont fait du miel une posture de façade, une manière de ne jamais dire ce qu'ils pensent. L'obséquiosité n'est pas en rayon ; il n'est pas question de se taper la ruche par simple intérêt ou bien par calcul. Le miel mérite bien plus d'égards !
Douce-amèrement vôtre.
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