Grandeur et servitudes d’un conseil municipal

La part d’un mauvais diable
Monsieur X est conseiller municipal dans une ville moyenne d’une Métropole de taille modeste. Il est adjoint, titre qu’il doit davantage à sa disponibilité et à son dévouement qu’à la considération que lui accorde le premier magistrat, homme plus soucieux de sa carrière et de son influence que de la bonne marche de sa commune. Rien en effet ne peut se décider sans son aval et il se fait sourd à toutes les propositions qui ne viennent pas de lui.
Monsieur X n’est pas dupe, sous-fifre il est, sous-fifre il demeurera en dépit des marques publiques de confiance factice que lui octroie pour la galerie le potentat local. Il sait que rien ne le fera changer d’avis, qu’il n’en fait qu’à sa tête dans le secret du triumvirat que constitue ce grand personnage, son chef de cabinet et son secrétaire général. Trois personnages qui tiennent les clefs, dont un seul a été élu. Les autres membres du Conseil, à l'instar de notre ami sont de simples figurants. Fermez le ban !
Bien sûr quand il y a une permanence, une flopée de mariages anonymes à célébrer, un banquet auquel participer en représentant la ville, monsieur X est aux premières loges. Mais de là à écouter ses remarques de terrain, c’est une toute autre histoire, dans cette démocratie de pacotille, seul le premier magistrat a droit au chapitre. Notre élu de base s’en offusque en privé puis baisse la tête et retourne au charbon.
Il va véritablement à la mine, lui qui est un des rares élus à faire ses courses chez les commerçants locaux. Alors tout naturellement c’est vers lui que vont les griefs, les mécontentements, les plaintes acerbes et les remarques vachardes. Il lui faut plus d’une heure pour aller chercher une baguette, il en revient les oreilles bourdonnantes, se contentant d’enregistrer une opinion des administrés dont n’aura que faire monsieur le Maire.
Ce n’est plus du courage, c’est du sacrifice. Il n’attend d’ailleurs nul remerciement de celui qui règne sans partage. C’est ainsi, il est le bouc émissaire, le punching-ball des administrés à qui il ne peut dire qu’il ne dispose réellement d’aucun pouvoir ni de la moindre influence sur le seul à diriger la cité. J’admire sa patience tout autant que sa volonté d’aller jusqu’au terme de son mandat. À sa place, il y a longtemps que j’aurais envoyé balader le triste sire en question.
Monsieur X n’est certes pas un cas isolé. Combien de conseillers municipaux ne sont en rien des conseillers du prince ? Ils se contentent de porter l’écharpe lors des cérémonies, d’enregistrer les décisions du grand homme et de sa cellule décisionnelle. Ils essuient les tempêtes, supportent les coups de vent et disent Amen à tout ce qui vient d’en haut. La belle participation que voilà où l'essentiel n’est pas de participer mais simplement de figurer sur la liste pour remplir le quorum.
Monsieur X a des idées, il s’active, échafaude des plans sur la Comète, se prend à rêver qu’on va le laisser réaliser son projet. Il sollicite des appuis, tisse un réseau, établit des contacts, prend des rendez-vous avant que de s’entendre dire que le budget ne permet pas de finaliser l’affaire à moins que cette initiative ne rentre pas dans les priorités de l’heure ou bien encore que pour excellent que soit cet objectif il n’est en aucune façon dans la dynamique locale qu’entend imposer le seul à décider.
Monsieur X ne baisse pas les bras. Au contraire, il retrousse les manches et se remet au travail, faisant lui même semblant de croire qu’un jour ou l’autre, on lui donnera le feu vert, on le laissera porter à son terme un de ses rêves fous. Pendant ce temps, il continue de servir son seigneur et maître qui au demeurant ne se départit jamais de sa distance hautaine et méprisante vis à vis de ses subalternes.
Monsieur X est un des petits maillons d’une démocratie locale qui est si peu participative que l’on comprend bien mieux le désengagement des citoyens qui ne sont pas dupes et observent narquois et sans espoir ce qui se trame réellement à la Mairie. Les mêmes se doutent que c’est bien pire dans les niveaux supérieurs d’une Républicaine bannière qui laisse traîner les peaux sur son chemin. La voie est glissante et les voix finiront par manquer un jour. La faute à qui ?
Participativement sien.
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