Le badge fumeur pour enfants, un parfum d’étoile jaune !
Dans le subtil glissement de la stigmatisation du mal à l’exclusion du malfaiteur se cache la perversion de la science en mythe scientifique. Staline et Hitler nous ont déjà fait ce coup-là. Ca ne marche pas ! De grâce, essayons autre chose !
Le journal belge Le Soir en ligne faisait dans son édition du vendredi 26.01.2007 à 16:50 la communication suivante : Obliger les élèves fumeurs à porter un badge pour dissuader de fumer est stigmatisant et peu intéressant pédagogiquement parlant, déclare la commissaire flamande aux droits de l’enfant, en réaction à une mesure prise au Vesaliusinstituut à Ostende. La stigmatisation nuit au message sous-jacent, affirme-t-elle. Sur le badge, on peut voir une image de poumons abîmés par la fumée, avec le texte "mes poumons ressemblent peut-être à cela". L’école impose aux élèves qui veulent fumer dans la cour de récré de porter ce badge.
Pas de levée de bouclier, pas de scandale ! Surtout pas de vague, restons courtois. Une nouvelle qui passe, noyée parmi les autres nouvelles qui passent. Dans le meilleur des cas, on en discutera encore paisiblement, entre intimes, quelques minutes, voire quelques heures jusqu’au moment où, de jour en jour et de mois en mois, comme la grenouille qui meurt de chaud sans penser à s’échapper dans l’eau qui a chauffé tout doucement, on oubliera de s’indigner (il y a tellement de choses plus urgentes, n’est-ce pas ?), et demain chacun trouvera cela un peu plus normal qu’hier comme sans doute la majorité de nos grands-parents se sont mis insensiblement à trouver normal de croiser dans la rue des gens portant l’étoile jaune.
Qu’y a-t-il au bout de cette sordide habitude que nous avons prise de palabrer de tout et n’importe quoi sous le regard bienveillant du commissariat à la pensée unique, sur un mode bien sûr politiquement correct où tous les avis se valent, à égalité ? Ce qui scandalisait encore il y a dix ans ne scandalise plus... Bof, tant que ce n’est pas moi qu’on cherche ! Autocensure, fatigue intense, ou sauve qui peut ?
D’où vient-elle cet effrayante brise de stigmatisation qui souffle en continu sur notre humanité ? De la fatalité des lois économiques ? De l’égoïsme des gens ? Du pouvoir machiavélique de Big Brother ?... A quoi cela doit-il servir de chercher compulsivement des boucs préférentiellement bénévoles pour servir d’émissaires ? A expier le mal que nous refusons de voir en chacun de nous ! Aurions-nous raté l’occasion de tirer les leçons véritables de l’holocauste nazi, en focalisant trop sur la partie émergée de l’iceberg, le génocide et pas assez sur la dynamique d’exclusion ?
D’où nous vient en effet cette manie que nous avons de rechercher la cause de tout ce qui arrive, comme s’il n’y en avait qu’une et surtout "la" cause du mal, dans l’espoir qu’en excluant cette cause on réussisse à faire disparaître ledit mal ? Sans aucun doute de la perte des repères d’espace et de temps qui résulte d’une déification de la science comme méthode, mais aussi dans le but de délimiter pour minimaliser notre effroi devant ce qui nous échappe. La science en effet ne s’occupe en réalité que de rechercher les lois intemporelles de
Le malheur a voulu que la méthode causale ait permis de déterminer des "causes" accessibles, c’est-à-dire des causes curables sur lesquelles on pouvait avoir un pouvoir efficace. Le développement remarquable des vaccins et des antibiotiques ou encore le traitement spectaculaire de maladies comme le diabète a suscité d’énormes espoirs. Dans la foulée de ses succès, le mythe scientifique a rêvé connaître les "causes" de tout, pour les exclure, bien sûr et donc permettre à chacun de nager dans
La connaissance des causes des événements ne donne que le pouvoir de prédire l’avenir des systèmes "inertes", c’est-à-dire laissés à eux-mêmes. C’est ainsi qu’on peut prédire l’avenir des mouvements planétaires ou du réchauffement de la terre si on décide de ne rien faire. Dans la vie, au contraire, le présent est un espace de liberté : même si les historiens et les psychologues se piquent d’expliquer pourquoi les événements sont advenus, ils sont incapables de dire comment décider face au vide du futur. Les experts ne sont experts que de la ligne droite des déterminismes, pas de la liberté de prendre en main son destin.
Même s’il y a un déterminisme mis en évidence par les sciences humaines, la seule possibilité de réconcilier ce déterminisme et la liberté de l’histoire est de postuler que le présent est une rupture possible du déterminisme causal. Le temps est comme un diabolo et non comme une ligne : le présent est comme un point, la réduction du cône du champ des possibles du passé et il ouvre sur un autre cône, le champ des possibles du futur. Le comportement ayant eu lieu, il est le moins mauvais compromis au présent entre toutes les contraintes du passé et la conservation au futur du meilleur potentiel évolutif. Si on empêche un fumeur de fumer, comment va-t-il se défouler ensuite ? Notre bonheur à tous est sous condition, sous dépendance ; on peut en effet être toxicomane à tout, à l’argent, au pouvoir, à la télé, à l’ordinateur.... Comment en effet faire la distinction véritable entre la "bobonne" qui va consciencieusement chercher son Prozac chez le psy et le jeune qui se fournit en haschich ou en cocaïne chez son dealer ? Dans ce contexte, on peut se demander si la chasse aux fumeurs n’est pas la sempiternelle répétition de l’éternel humain : comme l’âne de la fable des animaux malades de la peste, le fumeur sera-t-il sacrifié pour donner bonne conscience aux vrais prédateurs ?
La nature a fait ses preuves d’efficacité depuis bien plus longtemps que
Les bonnes intentions de soigner le mal pour rendre normal n’ont abouti qu’à la création de catégories d’anormaux, culpabilisés et déculpabilisés en même temps, jusqu’au délire de qualifier de malades les enfants mal élevés. Les bonnes intentions du système, scientifiquement établi, prévoient comme effet le bonheur du plus grand nombre. C’est normal donc d’être heureux dans le système ! C’est anormal de ne pas l’être. Ceux qui ne sont pas heureux sont donc fous, malades et délinquants, puisqu’ils sont en dehors de la ligne des effets prévus ! Logique ! L’enfer étant pavé des bonnes intentions de ceux qui l’ont inventé, les coupables sont ceux qui ne s’y retrouvent pas. Que pensera-t-on quand le nombre des exclus deviendra, très bientôt, plus grand que celui des inclus... Deviendra-il alors normal d’être malade, fou ou délinquant ? Sera-ce Mad Max, en live ?
Alors qu’au départ on cherchait à comprendre scientifiquement les lois sociologiques en simplifiant artificiellement, techniquement, la catégorisation a provoqué un vent d’exclusion : c’est forcément à cause de l’autre qu’on divorce, qu’on délocalise, qu’on baise, qu’on biaise et qu’on fout tout en l’air comme s’il suffisait d’exclure le porteur du mal pour que le mal disparaisse. Aussi longtemps qu’on pensera trouver les solutions aux problèmes personnels ou sociaux en cherchant leur cause, et la cause de la cause, la finale sera toujours la fabrication de boucs émissaires et puis d’autres et ainsi de suite, dans une ambiance de guerre civile !
Pour sortir de la spirale explosive de l’exclusion, il convient de se souvenir que le mal a toujours été mesuré non à ses causes mais à ses conséquences uniquement, ses effets destructeurs. On ne peut éviter que le mal qui a déjà fait ses preuves par l’expérience. L’Histoire ne repasse pas les plats. Le bien est donc toujours à tester. Le bien est cet art que pratiquent depuis la nuit des temps les sages et les saints de chaque époque, souvent ignorés, parfois même exécutés, au nom de la vérité limitée d’un temps. Qu’en attendant on fiche la paix à ceux qui, solidairement, n’ont pas trouvé d’autres solutions au mal dont ils ont hérité que de le retourner contre eux. Et qu’on s’attaque sans pitié à tous ceux qui se paient leur félicité sur la culpabilisation des autres.
Ce matin, aux deux TV belges francophones, on se disputait, de manière bien sûr politiquement correcte, sur les causes possibles de la violence à l’école suite à une tentative de meurtre, par six coups de couteau, sur la personne d’un directeur d’école... Et en première page du journal
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