Le sens de la réforme
Mot galvaudé parmi tant d’autres. Le sens du mot dépend du sens qu’il prend.
Réforme, réforme...
Le Grand Larousse et Le Petit Robert seraient-ils dépassés ?
La réforme selon le « Grand » et le « Petit » dictionnaire est « l’amélioration apportée dans le domaine moral, social ». Dans les changements profonds apportés dans la forme d’une institution afin de l’améliorer, d’en obtenir des meilleurs résultats. La réforme c’est aussi celle de ce cheval de course, de ce matériel, de ce militaire ou bien encore celle du retour à la règle primitive, que je n’aborderais pas ici. Le sens du mot est intrinsèquement lié à l’objectif qu’il poursuit.
Par opposition à une révolution, qui est un changement rapide et généralement violent, c’est un changement lent et pacifique. Réforme et révolution ne sont pas des concepts antagonistes, mais se répondent au contraire de manière dialectique comme des exigences à articuler l’une à l’autre. Le contraire de réforme n’est pas révolution, c’est contre-réforme. Comme le contraire de révolution est la contre-révolution.
Le sens et la forme ainsi posés, il est loisible maintenant de tenter d’en comprendre son expression. Pour le salarié qui souhaite obtenir une amélioration de son salaire, il défend le principe d’une réforme de sa rémunération ayant pour objectif d’en modifier positivement le montant. Pour le patron, la réforme des salaires de ses ouvriers a pour objectif de réduire la charge qui pèse sur son entreprise pour en améliorer la rentabilité financière.
La réforme des retraites, des régimes spéciaux, de la protection sociale en général, mais aussi, du rôle de l’Etat en France - justice, universités, hôpital, fonction publique, énergie - sont autant d’entreprises qui inquiètent pour se heurter au bon sens que tout partisan du progrès de l’humanité pourrait partager. Le mot « progrès » lui-même a globalement disparu, car il ne peut se mouvoir aisément dans le monde libéral de la finance avec autant d’agilité que celui de « réforme ».
L’on pourrait aussi parler de la réforme du Code du travail sous Berlusconi en Italie, et d’autres dans les pays d’Europe, pour démontrer que la stratégie de la droite et du patronat n’est donc pas une spécialité française. Il y a une stratégie plus générale de confrontation avec les acquis de l’Etat social construits un peu partout en Europe après la Seconde Guerre mondiale et durant les Trente Glorieuses.
Ce qui frappe aujourd’hui, ce sont bien les mouvements d’ampleur encouragés par les gouvernements sociaux-libéraux et libéraux successifs : privatisations, transformations du marché du travail, etc., des mouvements dits eux-mêmes « de réforme », et si amples qu’ils ont provoqué en vingt ans seulement un déplacement fantastique de 10 % de la valeur ajoutée du salariat au profit des détenteurs du capital ! Lorsque le président Sarkozy s’est engagé pour réformer le pays, il n’est pas certain que tous ses électeurs aient partagé le même sens du mot « réforme ». Il n’est pas certain qu’ils soient tous partisans de la poursuite du déplacement fantastique de la valeur ajoutée qu’ils apportent, par leur travail, au pays, vers les détenteurs de capitaux. Je suis même convaincu du contraire. En fait la réforme des libéraux qui nous gouvernent porte l’objectif de réduire les coûts de production pour en améliorer la rentabilité financière. Il s’agit donc bien de réforme et non de contre-réforme. La communication gouvernementale qui entoure ce mot assimile ceux qui s’opposent à son objectif, à des conservateurs immobiles. Nous serions donc incapables d’évoluer.
C’est vrai ! Pour le sens des réformes engagées et à venir de ce gouvernement. Nous sommes incapables de brader la valeur de notre travail pour améliorer la rentabilité financière du capital. L’exemple du débat sur les salaires et le pouvoir d’achat est un exercice surréaliste pour les salariés et totalement pratique pour les libéraux. Les salariés demandent une augmentation de salaire pour récompenser leur travail, mais aussi pour améliorer leur quotidien. Ils attendent donc - au regard du travail accompli et non de celui qu’il pourrait faire en plus - une augmentation directe de leur fiche de paie. Mais cette réforme du salaire par une augmentation directe, s’oppose à l’objectif poursuivi par la droite libérale. Cette augmentation directe du salaire augmente le coût de production. En payant moins les salariés, la rentabilité du capital s’améliore. Plus les salariés en place, avec leur contrat, travailleront, plus la production et sa rentabilité s’améliorent. Ainsi les 10 % de la valeur ajoutée du salariat perdus par les salariés au profit des détenteurs du capital en vingt ans pourront poursuivre leur lente, mais assurée, progression. Il s’agit bien d’une réforme de la relation entre le travail et le salaire au détriment des salariés.
Certains, bercés par la dialectique parfaitement rodée d’un avocat libéral, applaudissent et travaillent plus pour gagner plus. Comme accessoirement, ils améliorent la rentabilité du capital, la droite libérale, pour parachever son œuvre, n’aura plus qu’à conditionner leur évolution par l’intéressement à la rentabilité capitalistique de leur production. Ceux qui n’ont pas ce travail et qui ne peuvent donc travailler plus, pour gagner plus, continueront de subsister par la solidarité nationale. La réforme est donc un engagement politique majeur qui sera positif ou négatif selon que l’on exerce son engagement au service de la société ou au service de la rentabilité du capital.
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