Un bouleversement en marche
Les récents événements sont le signe d’un bouleversement fondamental.
L’actualité bousculée fait tourner l’histoire. Nous entrons peut-être dans une nouvelle ère. Celle de la démocratie auto-organisationnelle, succédant à la démocratie représentative.
La contradiction fondamentale du socialisme serait ainsi dépassée par une solution issue du réel. L’impossible émancipation du peuple via un appareil d’État qui finit par devenir oppressant, voire totalitaire, n'est définitivement plus une option viable.
De la même façon, la vérité absolue d'un système rationnel via les expert s’avère mortifère car se trouvant de fait forcée par ceux qui y trouvent intérêt. La raison Fmistique par exemple est au-delà, ou en deçà, de toute raisonnable.
Cette apparition du raisonnable est une émanation de la société inter individuelle, sans organisation a priori, sans personnalité dominante, sans hyper-expert représentant les intérêts de ceux qui le payent, sans démarche marketing visant à faire accepter l’inacceptable.
Par une somme de réflexions et d’échanges, la société auto-organisationnelle crée un sens a posteriori, sans démarche préalable, par l’intégration successive des échecs et des réussites, dans un état ouvert constamment en apprentissage.
Bien entendu, la société auto-organisationnelle est renforcée par les échecs de l’appareil d’État, ainsi que des appareils, ou des structures financières et industrielles, fusionnant au final dans une seule hyper structure. Celle-ci, dans son but ultime d’auto-enrichissement, est aveugle aux conséquences catastrophiques de ses actes. Si autrefois les victimes étaient passives, elles peuvent désormais réagir, mais au-delà, construire une autre logique sociétale, indépendante des thanato-décideurs.
C’est la survie même de l’humanité qui est conditionnée par l’apport, et le succès des avancées en matière d’auto-organisation. Mais celle-ci a plus d’imagination, de ressorts, et au final d’intelligence que l’hyper-structure. De plus, celle-ci, du fait même de son vecteur fondamental, ses intérêts, n’a pas la possibilité de critique au-delà justement de la conservation de ces intérêts, ce qui la rend rigide, donc fragile.
Bien sûr, l'hyper-structure, via ses appareils financiers, médiatiques, et méta-institutionnels, a une capacité de nuisance et de destruction considérable, et joue à fond des divisions, via une manipulation dont elle a depuis longtemps la maîtrise. Sauf que celle-ci, au moment où elle cesse d’être efficiente, se dévoie elle-même comme étant pure manipulation, pur mensonge auquel personne ne croît plus.
Elle peut aller jusqu’à présenter l’abolition de la démocratie formelle comme un bienfait, le gouvernement des experts remplaçant en mieux la décision populaire. Mais la ficelle est grosse. Cette régression risque de ne pas être aussi facile qu’il n’y paraît.
L’auto-organisation, comment ça fonctionne ? justement, ça fonctionne sans but a priori, ni plan préétabli, ni système prédéfini. Et c’est justement sa force. Ça fonctionne sans fonctionnement, sans fonction, ou plutôt par des fonctions implicites sans cesse changeantes.
Comme à la Puerta del Sol, c'est en s'organisant que se développe le mouvement, et c'est dans le mouvement que se crée l'organisation.
Tel un hydre polymorphe, ça se développe à mesure de sa croissance, ça englobe, détourne, s’oppose, récupère, rejette, contourne, retourne, aboutit dans sa perte et se perd en aboutissant. L’aléa est son moteur, la contradiction son énergie.
La circulation est là, de Madrid à Barcelone, de la Puerta del Sol à la Bastille, de Tunis à Athènes.
C’est l’apparition de la dialectique stochastique dans le réel.
Dans le concret, cela se traduit par une capacité de résistance des populations, même si bien entendu cette capacité est combattue par les élites, et l’ensemble des moyens mis à disposition des tenants de l’ordre établi. Mais justement, plus les populations sont conscientes d’elles-mêmes, plus les élites s’opposent à cette prise de conscience par des moyens de plus en plus grossiers, plus la population ouvre les yeux.
Les déboires gouvernementaux, avec des propos ministériels de plus en plus absurdes et incohérents, ou l’utilisation de l’extérieur pour résoudre l’intérieur, illustrent cette mécanique. Ce qui était autrefois garanti, l’utilisation d’une guerre, par exemple, à des fins électorales (Thatcher et les Malouines), est aujourd’hui plus risquée dans la mesure où on voit derrière une réalité qui eut être sinistre, à savoir utiliser ces conflits comme thérapie de choc pour l’application sans borne du libéralisme, profitant aux entreprises nationales ou multinationales. Le revers de la médaille est plus visible, les populations, comme celles de la Tunisie, ou de l’Égypte, ou en Europe de la Grèce ou de l'Espagne, apprenant en cours de processus historique à se méfier des faux amis.
Pour le cas du Maghreb, il faut espérer que cette capacité critique collective va leur faire éviter les écueils occidentaux. On voit bien qu'un appareil d'Etat, est contesté par une population, mais que d'autres appareils soi-disant démocratique, peuvent imposer des mesures de "démocratisation" qui consistent essentiellement dans la privatisation de l'espace public et le libre pillage des richesses du pays par les occidentaux. Entre Charybde et Scylla, le champ est étroit de la vraie liberté.
De même en Europe, la libération des peuples du joug ploutocrate passe par une prise de conscience collective face à des dirigeants dénués de tout scrupule et oeuvrant pour une minorité contre les peuples. Ce sont les crises réelles qui font devenir les peuples intelligents et les amènent vers l’autonomie.
La dialectique en acte est telle que l’oppression crée par son mouvement destructeur une force de résistance qui finit par la vaincre. Mais cette résistance, lorsqu’elle devient institution, ou pouvoir, peut devenir elle-même force d’oppression qui demande alors à être abolie.
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