Notre système économique international repose essentiellement sur un aspect purement boursier et financier, loin de considérations humanitaires ou écologiques. « Business is business » comme dit l’adage, et la finance ne s’embarrasse pas de superflu, même si celui-ci représente plusieurs milliards de vies. Spéculations boursières, baisse du dollar et hausse de la demande des pays en développement (notamment la Chine sur le cours de l’étain), la finance mondiale n’obéit apparemment qu’à une seule loi, cette « main invisible » chère à Adam Smith : l’offre et la demande.
Pourtant, le système boursier n’a rien d’anarchique, et les investissements financiers ne se font pas au hasard. La réglementation bancaire Bâle II, mise en place en 2006, autorise les banques à évaluer les risques financiers par le biais d’agences de notations agrées (Moody’s, Standard and Poors et Fitch Ratings principalement). Malheureusement, ces agences de notation n’hésitent pas à « tirer sur les ambulances », aggravant sans aucun remord la situation économique de certains pays d’Europe.
C’est ainsi que depuis le début de la crise économique de 2008, plusieurs pays d’Europe ont vu leur note baisser irrémédiablement, et par le fait même, les investissements étrangers. Grèce, Portugal, Espagne, Irlande, ont vu leur situation économique se dégrader rapidement, par le simple effet d’un abaissement de leur note. C’est ainsi que la crise grecque a viré au cercle vicieux dès la fin de l’année 2009, quand les trois agences de notation ont décidé d’abaisser d’un même élan leur note. La SEC et la Commission Européenne ont eu beau fustigé les agissements des agences, force est de constater que rien n’a changé depuis 2009…
Le 13 Avril, l’Agence de notation Fitch a abaissé la note de la Libye, en pleine crise économique et politique. Alors que le pays aura du mal à se relever de la crise politique et de l’après Kadhafi, Fitch n’hésite pas à joindre sa pierre à l’édifice en préparant soigneusement une belle crise économique qui aura sans nul doute des conséquences désastreuses sur le prix du pétrole en Europe…
Il faut comprendre, par le biais des agences de notation, que les critères moraux et géopolitiques n’ont aucune influence sur la notation économique. Et c’est bien là le gros problème de notre système financier : un cloisonnement excessif qui conduit inexorablement à une crise géopolitique mondiale.
Parce que l’économique, le politique et le social sont indubitablement lié. Les spéculations boursières sur les matières premières continuent de plus belle, malgré la sortie à peine crédible de l’épouvantail Goldwin par les dirigeants politiques…Ces spéculations sont pourtant responsables dans une très large mesure de la crise géopolitique actuelle du monde arabe, et des milliers de morts qu’elle provoque. Aujourd’hui, Mr Zoellick, de la Banque Mondiale, a rappelé que « les prix alimentaires sont supérieurs de 36 % à ce qu'ils étaient il y a un an et restent proches de leur pic de 2008. Déjà, 44 millions de personnes sont tombées sous le seuil de pauvreté depuis juin dernier »…
Cette hausse des prix alimentaires, jointe à l’inexorable montée du prix du pétrole (108 dollars au baril au 13 avril), provoquera sans nul doute une augmentation des mécontentements populaires dans un avenir proche. L’Asie de l’Est, protégée par sa production peu exportée de riz, sera peut être préservée de ce chaos économique. La France sera-t-elle sur la liste des pays « dans la zone rouge » ? Mystère et boule de gomme…
Les États, donc nous, ont investi des centaines de milliards pour soutenir l’activité. Ce qui a eu comme résultat l’envolée de l’endettement public. Nos gouvernants sautent sur l’occasion pour nous dire que cela va rendre indispensable les réformes que l’on repousse depuis 20 ans : à commencer par les retraites, puis la sécurité sociale. Les banquiers ont ruiné la planète, les contribuables ont payé prés de 3000 milliards de dollars pour éviter l’effondrement du système, et l’on nous dit que les retraites vont être baissées et la sécu réformée car il n’y a plus d’argent pour les payer. Ceux qui sont responsables vont s’en sortir sans soucis, et les autres vont devoir se serrer la ceinture. Jusqu’à quand allons-nous l’accepter. Voir....
Je pense pour ma part que la faute ne revient pas exclusivement aux banquiers et financiers, qui ne font que profiter des faiblesses d’un systèmé économique international défaillant.
La crise économique n’est que la manifestation des limites de notre système... Bulles financières et anarchie spéculative en sont d’autres ! Alors face à ça, les Etats ont choisi la « solution » du moindre mal : on tente de refaire repartir la machine à grands coups de milliards.ça passe ou ça casse... Visiblement pour l’instant, ça casse !
Revenir sur un système économique prend du temps et surtout, nécessite une prise de conscience unilatérale de l’impasse actuelle. Goldwin a été sorti par quelques pays plus lucides que les autres, mais en vain... Le regain d’intérêt actuel pour les thèses Keynesiennes fera peut être avancer les choses !
si je puis me permettre, les agences de notations jouent le rôle des arbitres. il n’y en aurait pas besoin si les joueurs étaient honnêtes et au dessus de tous soupçons... ? Si la spéculation misait sur la demande générale de bio, d’énergie solaire et de voiture électrique, il n’y aurait pas à ...
Pendant que j’y suis, c’est quand que les agences de notations vont déclasser le Japon !
Les agences de notations n’ont pas véritablement un rôle d’arbitre, dans le sens où elles ne régissent pas un match entre deux équipes. Elles estiment la valeur de risques d’investissements d’un pays, et toutes les conséquences que celà implique.
Quand un pays tombe en ruine et que sa population souffre (comme en Libye par exemple), l’aspect humanitaire qui viendrait logiquement en premier est de vouloir aider ce pays, au niveau économique. Donc, dans notre système économique actuel, ce serait de vouloir favoriser les investissements économiques étrangers, donc les emplois, etc...
Or ici, c’est le parfait contre-pied qui est choisi : on privilégie les pays sans difficultés, et donc moins risqués...
Pour le Japon, son niveau d’endettement est nettement moins élevé que les autres pays (Grèce, USA, Portugal, Espagne) et le nucléaire n’est pas son unique pilier économique (même s’il est important, je vous l’accorde). Je pense que la dévalorisation de la note du Japon se fera quand l’engouement médiatique pour la catastrophe sera retombé.
Puisque le sujet est similaire, je vais reprendre les propos d’hier, il y a
de ça trois ou quatre ans, en dehors de la sphère des
boursicoteurs, personne ne savait ce qu’était les agences de notations,
personne n’avait entendu parlé de Standart & Poors, Moody’s ou
Morning Star.
Aujourd’hui, alors que la crise des subprimes a
parfaitement illustré l’inutilité de ces agences, qui sont à l’économie
ce que les cahiers du cinéma sont au cinéma, on les écoute comme des
messies, leur parole peut impacter la croissance de pays tout entier.
Le
plus paradoxal, c’est précisément qu’il y a trois ou quatre ans, même
dans la sphère des boursicoteurs, tout le monde s’en fichait plus ou
moins, leurs notes n’étant qu’un très vague repère d’opinion parmi une
foule d’indicateurs. Aujourd’hui, après avoir, je le répète, démontré
leur inutilité en notant à l’époque les produits financiers subprimés
comme supers fiables, les boursicoteurs s’en fichent toujours autant,
sauf quand la note concerne un pays, auquel cas c’est le signe qu’il
faut jouer à la baisse, en raison d’une méthode qui tient surtout de la
méthode Coué. Comme disait Desproges « étonnant non ? »