Chômage de masse : une fatalité inavouable
Lorsqu’en 1993, le Président Mitterrand affirme qu’« on a tout essayé » contre le chômage, il devient la cible des railleries de la droite et, avec lui, toute la gauche. Dix-neuf ans plus tard, les faits lui donnent raison, la droite ayant eu, à son tour, l’occasion de « tout essayer ». En vain. Mais elle ne fera jamais le terrible aveu, devenu depuis politiquement incorrect, malgré le bilan catastrophique de l’UMP sur le terrain de l’emploi. En tout cas, les derniers chiffres du chômage sont passés comme une lettre à la poste. Une énième augmentation que l’opinion a accueillie avec un mélange de résignation et d’indifférence. En effet, après des décennies d’espoir, on ne se fait plus d’illusion : le plein emploi, c’est du passé !

Et pourtant, il y a juste cinq ans, tous les espoirs étaient permis. Le candidat Sarkozy avait pris l’engagement de ramener les chiffres du chômage à hauteur du plein emploi (5%) à la fin de son quinquennat. Personne ne savait comment il s’y prendrait, mais c’était l’époque des rêves, l’époque du retour du politique puisque tout était destiné à « devenir possible ». Cinq ans après, c’est la consternation. Un million de chômeurs en plus ! Et à l’allure où vont les choses, son successeur au Palais de l’Elysée ne risque pas de présenter une copie plus flatteuse.
En effet, contrairement à son prédécesseur, François Hollande s’est montré plus prudent sur la question du chômage. On s’en rend compte en examinant les mesures qu’il s’est engagé à mettre en œuvre, par décret, en attendant l’issue des législatives. La baisse de la rémunération des membres de l’exécutif, l’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire, le blocage des prix à la pompe,… Pendant ce temps, l’érosion des emplois se poursuit et le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, ne peut que constater les dégâts. Impuissant. Il a même reconnu que le chiffre de 45.000 destructions d’emplois lui paraissait tout à fait crédible. Il y a donc urgence, mais le gouvernement n’est pas loin d’avouer son impuissance.
Il est pourtant possible, sans nécessairement passer pour un communiste, de décréter un moratoire sur certains licenciements en attendant qu’une nouvelle législation sur la fin des contrats de travail soit adoptée. Il s’agit, en particulier, des licenciements dans les entreprises qui ne sont pas menacées de faillite imminente et qui procèdent à des plans sociaux (plans de sauvegarde de l’emploi) uniquement en réaction aux fluctuations de la bourse ou aux prévisions défavorables. Mais rien de tout cela n’est mis en œuvre, et à juste titre. Car même le moratoire ne peut être qu’une solution provisoire. Il faudrait agir en profondeur sur les facteurs du chômage, ce qu’aucun exécutif n’a pu faire, en tout cas pas efficacement, depuis les chocs pétroliers des années 70.
D’une manière générale, une nation parvient à réduire massivement le chômage en période de reconstruction grâce à un investissement massif, d’où l’idée des « Project bonds », des emprunts mutualisés destinés à financer des grands projets d’infrastructure continentaux, une occasion de recrutements de main-d’œuvre en masse.
Mais il n’y a raisonnablement plus de grandes infrastructures à bâtir, en Europe. Nos infrastructures n’ont en réalité besoin que de quelques travaux d’entretien et pourraient encore servir longtemps. Pas la peine d’alourdir la dette pour reconstruire ce qui existe déjà. En revanche, on estime que le passage à l’énergie verte pourrait créer un environnement propice à l’emploi comparable au contexte d’une reconstruction de grande ampleur. Mais tout cela n’est qu’illusion tant l’énergie fossile (pétrole, gaz, charbon,…) est l’enjeu d’intérêts colossaux face auxquels les politiques n’ont que peu de prise. Les grands travaux ne sont donc pas pour demain et les fameux « Project bonds » risquent à leur tour d’alourdir une dette des Etats déjà abyssale comme l’a été le « grand emprunt » dont on attend encore les retombées. Pendant ce temps, le chômage continue sa progression.
Un autre levier sur lequel compte la nation pour réduire significativement le chômage, c’est le marché. A l’époque où le protectionnisme était une option, le marché intérieur était acquis aux producteurs nationaux. Ils pouvaient en plus grappiller quelques parts sur le marché à l’internationale pour des produits que seuls les pays industrialisés étaient en mesure de fournir grâce à une confortable avancée technologique. Cette époque est définitivement révolue. Toute la technologie occidentale est, pour ainsi dire, à la portée de tout le monde. Les outils et les machines se fabriquent dans quasiment tous les pays du monde. Et sur un marché international ouvert à la concurrence, même le marché intérieur n’est plus acquis. Bien de nos industriels baissent les bras et mettent la clé sous la porte. La globalisation, au départ profitable aux pays riches s’est progressivement transformée en monstre de Frankenstein qui aujourd’hui dévore leurs économies.
Parmi les réactions des Etats face à un chômage galopant il y a la création des emplois aidés, pour l’essentiel « artificiels ». Mais puisque les rentrées fiscales ne suivent pas, les emplois aidés sont financés par la dette et ne sont donc pas destinés à durer. Que faire des chômeurs ? La Constitution affirme un « droit au travail » et le modèle social français garantit le « droit à un revenu ». Aucun responsable politique n’osera revenir sur ces acquis, mais le contexte économique n’offre aucune perspective. On a perdu la bataille de la compétitivité, surtout à l’internationale (75 milliards d’euros de déficit commercial) et nos usines ferment l’une après l’autre. Faut-il maintenir coûte que coûte l’activité ? Faut-il emprunter pour relancer la fabrication d’un produit que les Chinois, sans emprunter, fabriquent déjà et vendent deux fois moins cher aux quatre coins du monde, y compris chez nous, ouverture des marchés oblige ? C’est un non sens !
Seulement voilà ! Les ouvriers sont là, devant « leur » usine et exigent qu’on relance l’activité. Pour produire quoi ? Qu’on vendra où ? Les politiques se relayent à leur chevet pour se faire filmer et pleurer avec ceux qui pleurent. Ça fait solidaire, mais le problème reste entier. Même dans les rangs des grévistes ont prend conscience que le chômage devient une fatalité, individuellement et collectivement. Très souvent d’ailleurs, le conflit porte sur le montant des indemnités de licenciement, puisque l’embauche à un certain âge (40 ans)… il ne faut pas rêver ! Même Pôle Emploi se dérobe.
Boniface MUSAVULI
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