Corruption, évasion fiscale, détournements : quand la finance prédatrice s’abat sur l’Afrique
François Gontier de l’EMM, Axel Fischer et Pascale Younès de Monaco Resources Group… Depuis quelques années, l’Afrique est devenue la proie de financiers “sulfureux” aux méthodes les plus opaques. Battant pour seul pavillon celui de leurs intérêts personnels, ces nouveaux aventuriers exploitent à coups d’OPA et de corruption les failles des Etats africains.
Depuis quelques années, une nouvelle espèce d’hommes d’affaires écume les capitales du continent. Ancien trader, plus volontiers à l’aise dans une salle de marché que dans les couloirs feutrés d’un palais royal, le nouveau spécimen n’en demeure pas moins un commercial agressif, capable à l’image de Monaco Resources Group de doubler son chiffre d’affaires en un an.
Exit donc les intermédiaires discrets, nécessaires courroies de transmission entre l’Occident et les puissances africaines. Aujourd’hui, ces businessmen sans étendards n’obéissent qu’à un seul maître : le profit.
François Gontier, le raider polymorphe
François Gontier fait partie de ces nouveaux aventuriers qui voit en l’Afrique sa nouvelle vache à lait. Par le biais de montages fiscaux aussi complexes qu’exotiques, Gontier finaliserait ainsi la vente au Ghana de jumelles de vision nocturne. Comme beaucoup des nouveaux hommes d’affaires que l’on croise en Afrique, François Gontier n’a pourtant aucune expérience des équipements militaires.
Ancien raider de la finance, celui que les Echos décrivaient comme “un jeune loup dans le poulailler” a collé son nom aux grandes affaires des années 2000. Ce dernier a par exemple été au coeur du scandale Eurotunnel, en compagnie de Nicolas Miguet, ex-journaliste à la réputation colorée en provenance de la ville de Verneuil.
Il n’en était pas à son coup d’essai : depuis la création en 1994 de sa société Verneuil Finances, l’homme enchaîne les raids financiers en compagnie de son partenaire de toujours, Guy Wyser-Pratte, montant au capital, réalisant de belles opérations financières, et laissant au passage sa cible en moins bonne santé qu’il ne l’avait trouvée. Cerus, De Dietride, Strafor Facom, Dynaction, mais aussi les poulets Duc sont autant d’entreprises cultivant le souvenir amer du jeune loup.
Depuis peu, toutefois, François Gontier n’est plus aussi bien vu en Europe. La faute à de multiples condamnations par les autorités locales, une sombre histoire de scandale sanitaire et les accusations de détournement de fonds du courtier en équipement militaire Magforce International. Selon Africa Intelligence, l’entreprise d’Aubervilliers se serait ainsi vu piller près d’une dizaine de millions d’euros en moins de deux ans par celui qui a été, pour un temps très court, président et directeur général de cette société historique.
Axel Fischer et Pascale Younès, les illustres inconnus de MRG
Axel Fischer et Pascale Younès appartiennent à la même race d’investisseurs hétéroclites. Monaco Resources Group (MRG), le discret empire dont ils sont respectivement président et directrice générale, étonne par le caractère pluriel de ces acquisitions. Présent dans la logistique, l’agrobusiness, le transport aérien ou encore les mines, le conglomérat semble faire feu de tout bois. D’Axel Fischer et de Pascale Younès, on ne connaît aucune relation passée avec le continent africain, ni d’expérience notable dans la plupart des entreprises de leur portefeuille. Leur empire s’est construit par rebond, de Chypre à Monaco, en passant par le Luxembourg. Cette composition financière opaque a longtemps alimenté le doute sur MRG.
Mais c’est bien les risques de sous-investissements qui ont tiré la sonnette d’alarme au Gabon, par le biais d’un article publié sur la Tribune Afrique. Si aujourd’hui, la holding entend lever le voile, toutes les inquiétudes n’ont pas été écartées, comme les accusations de condamnation de fraude aux aides d'Etat, d’évasion fiscale et d’augmentation frauduleuse de capital qui gravitent autour d’Axel Fischer.
Trop beaux pour être vrais ?
François Gontier et Axel Fischer ont pour eux un trait commun : une absence totale d’expérience dans le domaine dans lequel leur entreprise fait florès, mais une connaissance fine du trading et des montages financiers. Las, si la vieille Europe est munie de garde-fous comme les autorités des marchés financiers, les pays africains restent vulnérables à des actions capitalistiques, à du trading agressif ou à la fuite de capitaux. En témoigne la récente étude d’économistes nigérians qui ont estimé à 1700 milliards de dollars les fuites de capitaux du continent ces 40 dernières années.
Alors que certains appellent de leurs voeux à une utilisation plus habile de la finance pour remédier aux inégalités sociales et économiques du continent, il ne faudrait pas non plus céder au miroir aux alouettes qui a tant fait souffrir l’Occident. La finance, dès lors qu’elle obéit à une logique de prédation, est rarement synonyme de développement vertueux. En Afrique, elle ne devrait pas être la bienvenue.
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