Des dominos tombent à l’Est…
La crise Lettone n’augure rien de bon pour l’ensemble des pays de l’Union Européenne entretenant pour leur immense majorité des déficits publics en constante aggravation. Les rumeurs - fondées - selon lesquelles ce pays ne soutiendrait plus sa Devise, le Lati, vis-à-vis de l’Euro ont abouti à l’échec retentissant de la dernière émission d’emprunt d’Etat Lettone puisqu’ à peine 4 millions d’Euros ont été récoltés sur une offre totale de quelques 70 millions d’Euros !

De fait, il est excessivement rare qu’une levée de fonds Gouvernementale se solde par un tel échec qui est une grande première dans l’histoire de l’Europe, étant entendu qu’un emprunt d’Etat ne peut être qualifié de "réussite" dès lors qu’il n’est pas souscrit à 100% ! Il est vrai que le P.I.B. de la Lettonie, qui a déjà reçu une assistance de 7.5 milliards d’Euros de la part de l’Union Européenne et du F.M.I., a subi une réduction de son P.I.B. de 20% en ce premier trimestre 2009 par rapport au premier trimestre de l’an dernier, P.I.B. qui devrait se contracter de 13 à 15% à un rythme annuel pour 2009 ! Cette conjoncture lettone de "Grande Dépression" a donc de quoi effrayer les marchés qui réagissent en se désaisissant d’un Lati condamné à se déprécier du fait de réserves en berne...à moins que ce ne soit les rumeurs de dévaluations du Lati qui découragent les investisseurs vis-à-vis de cette dernière souscription en date à la dette Lettone tant il est vrai qu’une dépréciation de cette Devise précipiterait un round de faillites d’entreprises et de privés Lettons dont les dettes envers l’étranger sont libellées principalement en Euros !
Ce fiasco spectaculaire et la fragilisation subséquente de la monnaie Lettone constituent les ingrédients de prédilection d’une tempête qui menace dès lors de se déplacer vers l’Ouest et en premier lieu vers la Suède dont l’exposition des Banques envers les pays de la Baltique se monte approximativement à 19% du P.I.B. du pays. Du reste, la SEB et la Swedbank - deux établissements bancaires Suédois majeurs - subissent déjà des attaques en bourse dans une conjoncture où le pays, qui dépend en grande partie de ses exportations, devrait subir une contraction de 5% de son P.I.B. cette année dans le contexte d’effondrement de la demande globale que l’on connaît. Dès lors - et du fait même de cet engagement de la finance Suédoise en Lettonie -, l’échec de cette émission de Bons du Trésor Letton cesse de s’apparenter à une crise n’affectant que des pays émergents pour se transformer en problématique Européenne.
Ces difficultés des Etats à susciter l’enthousiasme - et la confiance - des investisseurs dans la souscription de leurs papiers valeurs ne sont au demeurant pas circonscrites aux nations émergentes Européennes. C’est effectivement l’ensemble des pays de l’Union Européenne qui peine à attirer de nouvelles liquidités du fait de déficits publics souffrant d’une part d’une réduction substantielle du revenus des Etats et accusant d’autre part le coup des relances Keynésiennes visant à renflouer leur système bancaire via la création tous azimuts de nouvelle monnaie...Les déficits publics atteignent ainsi 68.5% du P.I.B. Britannique aujourd’hui contre 52% l’an dernier, 61% du P.I.B. Irlandais aujourd’hui contre 43.2% en 2008 ou encore 51% du P.I.B. Espagnol aujourd’hui contre 39.5% en 2008...
Comment s’étonner dès lors du parcours du combattant auquel doivent faire face certains pays Européens pour réussir leurs emprunts d’Etat, certaines émissions ayant été suspendues - ou parfois carrément annulées - en République Tchèque, en Slovaquie, en Suède, en Hongrie, en Espagne, en Grande Bretagne et même en Allemagne dont les Bons du Trésor représentaient il y a encore peu la référence Européenne absolue en terme de solvabilité ! La récession étant internationale, les nations Européennes en sont donc non seulement réduites à lutter l’une contre l’autre afin de glaner une liquidité vitale mais se retrouvent également en compétition avec les Etats-Unis dont le papier valeur constitue le refuge suprême en période de tourmentes.
Le jeu de l’offre et de la demande dans le cadre des émissions publiques, la compétition à laquelle se livrent investisseurs et spéculateurs dans l’acquisition des Bons du Trésor, compriment généralement les taux d’intérêt et permettent ainsi aux Etat de se financer à des coûts avantageux. Les Etats privilégient donc le financement de leur dette par les levées de fonds publiques au détriment des bonnes vieilles syndications consistant pour un débiteur à s’adresser à un groupe de créanciers ( généralement des Banques ) qui aura une tendance naturelle à imposer ses conditions. Ces difficultés croissantes de la grande majorité des pays Européens à se procurer des liquidités fraîches remettent néanmoins au goût du jour ces syndications défavorables au créancier, la Grande Bretagne ayant été à ce jour le premier grand pays Européen à y faire appel ! Et pour cause : ce pays souhaite éviter à tout prix une humiliation similaire à celle lui ayant été infligée en Mars dernier quand une offre publique de Bons Britanniques n’avait pas été entièrement souscrite...le propre d’une telle offre de souscription - par définition publique - contraint donc les nations à faire étalage au grand jour de leurs difficultés d’approvisionnement.
Néanmoins, et en dépit de ces taux d’intérêts plus élevés imposés lors du processus de syndication, certains pays - comme la Lettonie - ne parviennent toujours pas à attirer les capitaux, la seule issue étant dès lors l’assistance du F.M.I....ou la dévaluation de leur monnaie nationale pouvant s’avérer en définitive et à terme bénéfique pour la croissance à l’instar du coup de fouet pour l’économie Britannique que fut la sortie de la Livre du Système Monétaire Européen - et sa dégringolade - au début des années 90. L’effet reflationniste évident associé à un regain d’intérêt des marchés des capitaux pour le pays ayant passé le cap de la dévaluation se heurtent toutefois auprès de ces nations et auprès de leurs gouvernants à un éceuil moral de taille car une telle dévaluation - constituant un échec de facto de leur politique économique et fiscale - remet dès lors leur adhésion à l’Union aux calendes grecques. De fait, ces pays d’Europe Centrale et de la Baltique sont aujourd’hui confrontés à un choix Cornélien entre une austérité fiscale et une déflation catastrophiques socialement et le camouflet de la dévaluation qui refilera à d’autres pays la patate chaude de la crise...
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