Les ministres européens des Finances se sont mis d’accord sur les grandes lignes du plan de sauvetage de l’Irlande, même si des modalités restent à finaliser. Un gigantesque cadeau pour éponger la dette, non d’un Etat mais de banques. Un prélude à des crises récurrentes de même nature, car les grands prédateurs des marchés financiers ont en principe bien vu qu’il était facile de faire payer les Etats par un chantage à la crise systémique, y compris quand les risques sont totalement artificiels. Un pur scandale.
Pour les particuliers européens, c’est la triple peine : non seulement l’Irlande gardera son impôt sur les sociétés hyper-light qui leur fait subir un dumping fiscal, mais en plus leurs impôts vont boucher les trous du budget irlandais, cependant que leurs emplois seront mis à mal par un euro plus fort que jamais, les marchés financiers ayant été enthousiasmés par ce plan.
Quel sera le montant du plan ?
Moins de 100 milliards d’euros, nous assure-t-on. Nous voilà rassurés ... Même si ce ne sera pas beaucoup moins. Entre 80 et 90 milliards, selon le Financial Times.
L’Irlande donnera-t-elle des contreparties ?
Si l’on parle du peuple irlandais, la réponse est oui. Il est déjà soumis à un plan de rigueur drastique, qui pourrait encore être renforcé. Le salaire minimum sera abaissé. Les traitements des fonctionnaires ont déjà été amputés de 20 %.
En revanche, pour les entreprises, tout va bien, merci. Elle garderont leur impôt sur les sociétés taille Sylphide. L’Irlande continuera de pratiquer le dumping fiscal à notre encontre, cette fois-ci en puisant dans nos poches l’argent qu’elle n’ose pas réclamer aux entreprises. Elle est pas belle, la vie ?
Quel est le montant du déficit irlandais ?
Pour le moment, l’Etat irlandais a racheté pour 31 milliards d’euros d’actifs risqués et offre à ses banques une garantie pour les émissions obligataires et de dette à court terme. L’ensemble de ces mesures a déséquilibré en profondeur les finances publiques irlandaises : le déficit du pays atteint 32 % du PIB. L’intervention de l’État auprès de ses banques coûte pour l’instant 17.111 euros à chaque citoyen. La totalité des engagements des banques irlandaises pèse à fin octobre 1 342 milliards d’euros, plus de huit fois le produit intérieur brut (PIB) du pays.
D’où provient le déficit irlandais ?
Uniquement des banques. Celles-ci ont prêté à tout vat dans les années d’euphorie, puis elles ont subi de plein fouet l’éclatement de la bulle immobilière. Elles ne peuvent quasiment plus emprunter sur les marchés financiers, et devraient, en bonne logique économique, faire faillite.
Une faillite des banques irlandaises créerait-elle un risque systémique ?
Difficile à dire. Ce point n’est guère évoqué en détail, ni décortiqué par la grande presse. Mais les banques irlandaises ne font pas partie des géants, et la logique voudrait que leur disparition éventuelle n’ait pas d’incidence systémique majeure. Aux Etats-Unis, les faillites de banques locales se sont multipliées durant la crise, sans que quiconque s’en émeuve particulièrement.
La zone euro pourrait-elle éclater ?
Oui, selon le Président de l’Union Européenne Hermann van Rompuy, qui estime que l’Europe
joue sa survie.
La contagion peut-elle s’étendre à d’autres pays européens ?
Oui, en particuliers aux "PIGS", comme les eurocrates appellent aimablement les pays de l’Europe du Sud (Portugal, Italie, Grèce, "Spain"). A terme, à notre avis, tous sont menacés puisque les marchés ont maintenant compris le système : il leur suffit d’abaisser la note d’un pays et de faire une campagne de dénigrement pour que les taux d’intérêts qui sont réclamés à ce pays augmentent en flèche, et que le déficit se creuse de façon exponentielle, même en partant d’une situation pas forcément dramatique.
A partir de là, une solution serait que ce pays sorte de l’euro et puisse dévaluer sa monnaie, mais cela, les eurocrates et les marchés n’en veulent à aucun prix. Cela reviendrait à perdre leur fond de commerce. Donc, en échange de plans d’austérité portant sur les particuliers, on aide les banques quasiment sans limites, sans trop se préoccuper du transfert de la dette vers les autres pays.
Le contribuable paiera. Le salarié paiera.