En quoi le libre-échange ronge l’économie française

Dans le domaine du commerce international, comme dans celui de la production et des échanges au sein d'un même pays, et contrairement à ce que suggère la belle image de Jean-Baptiste Say, la monnaie n'est pas qu'un « voile » posé sur l'économie réelle, sans influence sur elle, et à travers lequel on pourrait en voir une image non déformée.
Comme le soulignent notamment les économistes postkeynésiens, et contrairement à ce que suppose la théorie néoclassique des « avantages comparatifs », les taux de change, c'est à dire les valeurs des monnaies les unes par rapport aux autres, ne sont pas de simples conséquences des échanges commerciaux internationaux. Ils peuvent aussi être influencés par les interventions des banques centrales, et aussi par les mouvements de capitaux, surtout quand ceux-ci sont libéralisés. Les taux de change peuvent alors influencer à leur tour les échanges commerciaux internationaux. C'est ainsi que, dans leur état actuel où par exemple l'euro est surévalué et le yuan est sous-évalué, ils maintiennent des déséquilibres commerciaux, bien reflétés se dit-on, par les déséquilibres des balances commerciales des pays.
Mais c'est ici justement qu'on oublie que la monnaie, en plus d'agir sur l'économie réelle, n'en laisse voir à travers elle qu'une image déformée. La balance commerciale, que l'on considère le plus souvent comme une image fidèle des flux commerciaux entrants et sortants d'un pays, recense les valeurs marchandes, exprimées en unités monétaires, des biens importés et exportés par le pays. Derrière cette balance commerciale, qu'on pourrait appeler plus précisément la balance commerciale en valeur, se cache une autre balance commerciale, qu'on pourrait appeler la balance commerciale en volume, qui recense les volumes réels des biens échangés par le pays, exprimés en unités réelles de biens et services. De même, derrière la valeur des biens et services produits dans un pays, c'est à dire derrière son PIB en valeur, se cache le PIB en volume de ce pays, volume des biens et services qui y sont produits, dont l'évolution est considérée comme le plus fidèle indicateur de la croissance de ce pays. On donne le nom de niveau des prix dans un pays et à un moment, à la valeur dans ce pays et à ce moment, d'un volume de biens et services, qui sert d'étalon. Ce volume étalon peut être un panier type de biens et services, qui ne doit pas changer quand on change de pays ou de moment. Le niveau des prix peut être exprimé dans une unité monétaire internationale, comme le dollar. Pour évaluer le niveau des prix dans un pays et à un moment, on regarde quelle est la valeur dans le pays et à ce moment, du volume étalon de biens et services, qu'on exprime en unités monétaires du pays, puis on convertit cette valeur en unités monétaires internationales, selon les taux de change du moment. Dès lors que le niveau des prix change d'un pays à un autre, ou autrement dit, dès lors que les taux de change ne sont pas dans un état de parité des pouvoirs d'achat, les balances commerciales en valeur et en volume ne sont plus identiques. De même, dès lors que dans un pays, le niveau des prix change au cours du temps, c'est à dire dès lors qu'il y a de l'inflation ou de la déflation, les PIBs en valeur et en volume ne sont plus identiques.
Dans ce texte, je donnerai la balance commerciale en valeur de la France en 2008, ainsi qu'une approximation que j'ai faite à partir de chiffres donnés par le FMI, de sa balance commerciale en volume cette même année. On verra que le déficit commercial en volume de la France est bien plus accentué que son déficit commercial en valeur.
Cela n'a rien d'étonnant, puisque par rapport à un état de parité des pouvoirs d'achat, l'euro est fortement surévalué par rapport à la plupart des autres monnaies. La valeur des biens que nous exportons est globalement surévaluée par rapport à celle qu'ils auraient s'il y avait parité des pouvoirs d'achat. Et la valeur des biens que nous importons est globalement sous-évaluée. En effaçant ces surévaluations et sous-évaluations, on obtient de plus petits volumes de biens exportés, et de plus grands volumes de biens importés.
Le déficit commercial en volume est la pleine mesure de la non réciprocité des échanges entre la France et le reste du monde. Il faudrait mobiliser en France beaucoup plus d'emplois pour produire ce que nous importons, qu'il faut y mobiliser d'emplois pour produire ce que nous exportons. Le nombre d'emplois mobilisés pour produire les biens exportés, porte le nom de contenu en emplois, calculé en volume, des biens exportés. Et le nombre d'emplois qu'il aurait fallu mobiliser en France pour produire les biens importés, porte le nom de contenu en emplois, calculé en volume, des biens importés. Ce nombre peut être différent du nombre d'emplois qui ont été effectivement mobilisés à l'étranger, pour produire les biens importés, puisque les pays étrangers peuvent ne pas avoir les mêmes niveaux d'équipement et de qualification des travailleurs qu'en France. On verra qu'à partir de la balance commerciale en volume, il existe une manière simple et sommaire de calculer ces contenus en emplois. On verra aussi que ce calcul aboutit sur une différence de 2,3 millions d'emplois, entre le contenu en emplois des biens manufacturés exportés et celui des biens manufacturés importés.
Le déficit commercial en volume est aussi la pleine mesure de l'érosion de l'appareil de production, notamment industrielle, de la France, qui est pourtant la seule source à long terme de sa prospérité et de sa puissance. En effet la différence entre le volume de biens et services que nous consommons, et le volume de biens et services que nous produisons, est ce déficit commercial en volume. Ce n'est pas parce que nous consommons moins de biens manufacturés, ou parce que nos techniques de production se sont améliorées, que nous consacrons environ deux millions d'emplois en moins à l'activité industrielle qu'il y a quelques décennies : c'est plutôt, comme il était naturel de le pressentir, parce que nous importons aujourd'hui beaucoup plus de bien manufacturés que nous en exportons.
Le déficit commercial en volume est enfin la véritable mesure de la longueur du chemin de reconstruction que notre économie devra parcourir, quand il viendra l'envie au reste du monde, de cesser de nous vendre comme aujourd'hui, beaucoup plus de biens qu'il ne nous en achète. A ce moment là, les forces qui maintiennent les taux de change très loin de la parité des pouvoirs d'achat, et qui maintiennent l'euro dans son état de surévaluation, se désactiveront. Par exemple, la banque centrale chinoise cessera d'intervenir pour maintenir la sous-évaluation de son yuan par rapport à l'euro. La puissante force exercée par le déficit commercial en volume de notre pays, aura alors libre cours, et fera baisser la valeur de l'euro, pour la ramener à la valeur qu'il devrait avoir s'il y avait parité des pouvoirs d'achat. Le déficit de la balance commerciale en valeur se rapprochera alors du déficit commercial en volume, bien plus accentué. Les réserves de change de notre pays fondront alors plus vite, et l'inflation sera plus forte. En un mot, ce sera comme un lent dégonflement, ou un brusque éclatement, de la bulle qui consisterait en la surévaluation de l'euro et en notre déficit commercial en volume. Les échanges commerciaux revenant alors, doucement ou brusquement, vers leur valeur fondamentale que serait l'équilibre des balances commerciales en volume, et les taux de change revenant vers leur valeur fondamentale qui serait un état de parité des pouvoirs d'achat. En adoptant la manière de voir peut-être exagérément romanesque d'Hegel, ce sera comme si le maitre de plus en plus alangui que nous aurions été jusqu'à ce jour, était doucement ou brusquement renversé par son esclave que seraient pour quelques temps encore les pays émergents, qui seraient alors devenus les plus forts. Plus nous attendrons sans rien faire, sans avoir recours à des droits de douane, éventuelles subventions aux exportations, et/ou à des dévaluations, et plus la bulle qui se dégonflera ou éclatera sera alors volumineuse, et plus longue sera pour nous la reconstruction.
En 2008, le déficit commercial en valeur de la France, représentait 25,1% de la valeur ajoutée, calculée en valeur, faite par la branche produisant des biens mobiliers (c'est à dire des biens qui peuvent s'exporter ou s'importer). La valeur ajoutée en valeur faite par des acteurs d'une branche de l'économie, est la valeur marchande des biens et services qu'ils ont produit, à laquelle on retranche la valeur marchande de leurs consommations intermédiaires, c'est à dire des biens et services qu'ils ont utilisé lors de leur activité productive. Selon l'estimation que j'ai faite, cette même année 2008, le déficit commercial en volume de la France représentait quant à lui 78,7% de la valeur ajoutée, calculée en volume, faite par la branche produisant des biens mobiliers. La valeur ajoutée en volume faite par des acteurs d'une branche de l'économie, est le volume réel des biens et services qu'ils ont produit, auquel on retranche le volume réel de leurs consommations intermédiaires. Pour ce qui concerne seulement les échanges de biens manufacturés (et mobiliers) de la France avec les pays émergents, le déficit en valeur de la France représentait 7,3% de la valeur ajoutée en valeur faite par la branche des biens manufacturés, alors que son déficit en volume représentait 66,7% de la valeur ajoutée en volume faite par la branche des biens manufacturés. Enfin, pour ce qui concerne seulement les échanges de biens manufacturés, mais cette fois avec tous les pays du reste du monde, le déficit commercial de la France représentait par rapport à la valeur ajoutée faite par la branche des biens manufacturés, 11% en valeur, et 88,1% en volume.
Dans la suite de ce texte, je donne le détail de la balance commerciale en valeur de la France en 2008, ainsi que le détail de l'estimation que j'ai faite de sa balance commerciale en volume cette même année. Ce faisant, je montre aussi comment une estimation de la balance commerciale en volume, peut se calculer à partir de la balance commerciale en valeur. Puis je montre comment on calcule le nombre d'emplois mobilisés en France pour produire les biens exportés, et le nombre d'emplois qu'il aurait fallu mobiliser en France pour produire les biens importés. Enfin, j'essaie de voir comment, au delà d'une compréhension intuitive du concept de volume réel, il est possible de lui donner une définition précise, et j'essaie d'évaluer la qualité des approximations que j'ai calculées.
La balance commerciale en valeur de la France.
La balance commerciale en valeur de la France en 2008, est donnée dans le tableau 1. Les sources principales de ce tableau sont l'OCDE (sa base de données STAN, à la rubrique "Industrie et Services"), et la Direction Générale des Douanes et Droits Indirects. Sur ce tableau, on peut lire que la France a exporté pour 473,6 milliards de dollars de biens manufacturés, dont 106,4 milliards vers les pays émergents. Elle a aussi importé pour 500,8 milliards de dollars de biens manufacturés, dont 124,4 milliards en provenance des pays émergents. La balance commerciale en valeur de la France était donc en déficit de 27,2 milliards de dollars pour ce qui concerne les échanges de biens manufacturés avec tous les pays du reste du monde, et de 18 milliards de dollars pour ce qui concerne les échanges de biens manufacturés avec les pays émergents.

Tableau 1. Balance commerciale en valeur de la France en 2008 (Valeur marchande des biens échangés, par sens de l'échange, catégorie des biens échangés, et région partenaire de l'échange, en milliards de dollars)
Dans le tableau 1 et les suivants, les biens et services sont regroupés dans la catégorie des biens mobiliers, et dans celle des biens immobiliers et des services. La catégorie des biens immobiliers et des services, comprend la construction, la vente et la location de terrains construits, le commerce et le transport, les services d'intermédiation financière, et les services non financiers, individuels ou collectifs. Les biens mobiliers sont regroupés dans la catégorie des biens naturels, et dans celle des biens manufacturés. La catégorie des biens naturels, est plus exactement celle des biens naturels, alimentaires ou énergétiques. Elle comprend les biens agricoles (comme du blé, du raisin, du coton ou du bois brut), les biens manufacturés alimentaires (comme du pain ou du vin), les biens extraits des sous-sols (comme du métal brut ou du pétrole brut), les biens naturels énergétiques (comme de l’électricité, du gaz ou de l’eau), et les biens manufacturés énergétiques (comme du pétrole raffiné). La catégorie des biens manufacturés, est plus exactement celle des biens manufacturés non alimentaires et non énergétiques (comme des vêtements, des meubles, de la pierre taillée, des produits métallurgiques, des produits chimiques, des machines, des appareils électriques, des matériels de transport). Ces catégories de biens et services, peuvent facilement être mises en correspondance avec celles définies par l'ONU (dans sa nomenclature ISIC 3).
Les pays du reste du monde aussi, sont regroupés dans des régions du monde, dont les plus étendues sont celle des pays émergents (Europe centrale, Asie du sud et du sud-est, Amérique latine, Maghreb et Turquie), celle des pays pauvres (Afrique sub-saharienne, proche et moyen Orient, Europe orientale, Caucase et Asie centrale), celle des pays d’Europe occidentale (du nord et du sud), et celle des autres pays riches (Amérique du nord, Japon et Océanie).
Afin d'apprécier les chiffres contenus dans la balance commerciale en valeur de la France, il est utile de connaître la valeur marchande de la production en France.
Le tableau 2 donne, pour diverses branches d'activité, la valeur ajoutée, calculée en valeur, faite par les acteurs de la branche concernée, en 2008. La source de ce tableau est l'OCDE (sa base de données STAN). Sur ce tableau, on peut lire qu'en France, les acteurs appartenant à la branche produisant des biens naturels, ont fait une valeur ajoutée de 157,6 milliards de dollars, tandis que ceux appartenant à la branche produisant des biens manufacturés, ont fait une valeur ajoutée de 247,1 milliards de dollars. Les 27,2 milliards de dollars de déficit commercial en valeur de la France, pour ce qui concerne les échanges de biens manufacturés, représentent donc 11% de la valeur ajoutée en valeur faite par la branche des biens manufacturés.

Tableau 2. Valeur ajoutée en valeur de la France en 2008 (Valeur marchande des biens et services produits, nette de la valeur marchande des consommations intermédiaires, par catégorie de biens et services produits, en milliards de dollars)
Une estimation de la balance commerciale en volume de la France.
Pour calculer une balance commerciale en volume à partir d'une balance commerciale en valeur, il faut calculer les volumes réels des quantités de biens échangés, dont les valeurs marchandes sont recensées dans la balance commerciale en valeur. Le volume réel d'une quantité de biens peut se calculer à partir de sa valeur marchande, en utilisant le niveau des prix dans le pays de production de ces biens. Le niveau des prix dans un pays, est le prix auquel on peut y acheter une unité réelle de biens et services. Une unité réelle de biens et services, peut être par exemple le volume réel de biens et services que l'on peut s'acheter aux USA, avec 1 dollar. Le niveau des prix dans un pays, peut alors être le nombre de dollars qu'il faut échanger contre de la monnaie du pays, étant donnés les taux de change du moment, pour pouvoir s'acheter dans ce pays une unité réelle de biens et services, c'est à dire ce que l'on aurait pu s'acheter aux USA avec 1 dollar. Le volume réel d'une quantité de biens et services, est donc considéré comme égal à sa valeur marchande en dollars, divisée par le niveau des prix dans le pays de production de ces biens et services.
Le tableau 3 donne une estimation des niveaux des prix dans divers pays du monde, en 2008. Cette estimation est donnée par le FMI (dans sa base de données World Economic Outlook). Sur ce tableau, on peut lire qu'étant donnés les taux de change de 2008, si l'on voulait acheter en France ce que l'on pouvait acheter aux USA pour 1 dollar, il fallait détenir une quantité d'euros que l'on pouvait acquérir en échange de 1,35 dollars. On voit sur ce tableau, que les taux de change sont loin d'être ceux d'une situation de parité des pouvoirs d'achat, où le niveau des prix serait le même dans tous les pays. D'un pays à un autre, le niveau des prix peut varier du simple (en Inde : 0,37) au quadruple (en Suisse : 1,58).

Tableau 3. Niveaux des prix dans le monde en 2008 (Prix d'une unité réelle de biens et services, par pays, en dollars)
Pour que l'estimation du volume réel d'une quantité de biens et services, à partir de sa valeur marchande, soit plus vraisemblable, on pourra considérer que les niveaux des prix donnés dans le tableau 3 concernent les biens et services de toutes les catégories, à l'exception de celles des biens naturels agricoles ou issus des sous-sols, et des biens manufacturés énergétiques. Pour les biens de ces catégories, on pourra considérer que le niveau des prix est le même dans tous les pays, et qu'une unité réelle de biens de ces catégories, vaut partout 1 dollar. Le prix du pétrole brut ou raffiné, ou du métal brut, est à peu près le même d'un pays à l'autre. Les pays où le coût du travail est bas, sont souvent aussi si mal dotés en équipements agricoles, que leurs coûts de production de biens agricoles ne sont finalement pas si inférieurs que cela, à ceux des pays riches.
Le tableau 4 donne une estimation de la balance commerciale en volume de la France en 2008. On peut lire sur ce tableau, que cette balance commerciale en volume était en déficit de 161,3 milliards d'unités réelles de biens et services, pour ce qui concerne les échanges de biens manufacturés avec tous les pays du reste du monde, et de 122,1 milliards d'unités réelles de biens et services, pour ce qui concerne les échanges de biens manufacturés avec les pays émergents.

Tableau 4. Balance commerciale en volume de la France en 2008 (Volume réel des biens échangés, par sens de l'échange, catégorie des biens échangés, et région partenaire de l'échange, en milliards d'unités réelles de biens et services)
Une estimation des contenus en emplois des exportations et importations de la France.
Le tableau 5 donne, pour diverses branches d'activité, plusieurs indicateurs concernant la France en 2008, utiles pour apprécier la balance commerciale en volume. Les sources de ce tableau sont les tableaux précédents et l'OCDE (sa base de données STAN).

Tableau 5. Valeurs de divers indicateurs concernant la France en 2008 (Valeur de l'indicateur, par indicateur et catégorie de biens et services produits par la branche concernée)
Le tableau donne d'abord une estimation de la valeur ajoutée, calculée en volume, faite par les acteurs de la branche concernée durant l'année. L'unité de mesure est le milliards d'unités réelles de biens et services. Sur le tableau, on peut lire qu'en France, les acteurs appartenant à la branche produisant des biens manufacturés, ont fait une valeur ajoutée de 183 milliards d'unités réelles de biens et services. Les 161,3 milliards d'unités réelles de biens et services, de déficit commercial en volume de la France, pour ce qui concerne les échanges de biens manufacturés, représentent donc 88,1% de la valeur ajoutée en volume faite par la branche des biens manufacturés.
Le tableau donne ensuite le nombre d'emplois dans la branche concernée. L'unité de mesure est le million d'emplois. On peut lire qu'il y a dans la branche des biens manufacturés, 2,6 millions d'emplois en France en 2008.
Puis le tableau donne la productivité annuelle, calculée en volume, des acteurs de la branche. La productivité en volume des acteurs d'une branche, est la valeur ajoutée en volume faite en moyenne par chaque acteur de la branche : elle se calcule en divisant la valeur ajoutée en volume de la branche, par le nombre d'emplois dans la branche. L'unité de mesure est l'unité réelle de biens et services. On peut lire que la productivité en volume des acteurs de la branche des biens manufacturés, est de 69897 unités réelles de biens et services par an et par travailleur.
Le tableau donne ensuite une approximation plutôt sommaire, du contenu en emplois, calculé en volume, des biens exportés de la catégorie concernée. Une manière sommaire de le calculer, est de diviser le volume des biens exportés, par la productivité en volume des travailleurs de la branche des biens exportés. L'unité de mesure sur le tableau est le million d'emplois. On peut y lire que pour produire les biens manufacturés exportés, il a fallu mobiliser en France 5 millions d'emplois en 2008.
Enfin le tableau donne le solde de la balance en emplois, calculée en volume, pour les biens de la catégorie concernée. La balance en emplois calculée en volume, recense les contenus en emplois calculés en volume, des biens importés et exportés. Son solde est le contenu en emplois des biens exportés, auquel on retranche le contenu en emplois des biens importés. Sur le tableau, l'unité de mesure est le million d'emplois. On peut y lire que, pour les biens manufacturés, la balance en emplois calculée en volume de la France en 2008, a un déficit de 2,3 millions d'emplois.
Peut-on définir précisément ce qu'est le volume réel d'une quantité de biens et services ?
On peut avoir le sentiment de comprendre ce qu'est le volume réel d'une quantité de biens et services, et pourtant il n'est pas facile d'en donner une définition précise.
Dans le cas où la quantité de biens et services que l'on considère est homogène, il est facile de dire précisément ce que pourrait être son volume réel. Par exemple, si l'on souhaite mesurer le volume réel d'une quantité de chaussures d'un même modèle, on peut décider de dire qu'une unité réelle de chaussures de ce modèle, est une paire de chaussures de ce modèle. Le volume réel de 10 paires de chaussures de ce modèle, est alors égal à 10 unités réelles de chaussures de ce modèle. Selon que ces 10 paires de chaussures soient produites en France ou en Inde, elles n'auront pas la même valeur marchande. En effet, l'Inde et la France n'ont pas les mêmes niveaux d'équipement, les travailleurs n'y ont pas le même niveau de qualification, une heure de travail n'y a pas la même valeur marchande, et le taux de change de l'euro contre des roupies est ce qu'il est. Et selon que ces 10 paires de chaussures soient produites en 1998 ou en 2008, elles n'auront encore pas la même valeur marchande, cette fois à cause de l'inflation. Par contre, en France comme en Inde, en 1998 comme en 2008, ces 10 paires de chaussures conservent évidemment le même volume réel.
On peut donc commencer par dire que le concept de volume réel d'une quantité hétéroclite de biens et services, est la généralisation du concept de volume réel d'une quantité homogène de biens et services. Mais par exemple, le volume réel d'une paire de tongs, doit-il être la moitié, le tiers, le quart, ou encore une autre fraction, du volume réel d'une paire de chaussures de sport ? Comment choisir ? On peut décider de considérer que, si des quantités hétéroclites de biens et services sont produites dans un un même pays, et lors d'une même année, alors les rapports entre les volumes réels de ces quantités de biens et services, sont fidèlement reflétés par les rapports entre leurs valeurs marchandes. Par exemple, si une paire de tongs produites en France en 2008 vaut la moitié du prix d'une paire de chaussures de sport produites en France en 2008, alors on peut considérer que le volume réel de la paire de tongs est égal à la moitié du volume réel de la paire de chaussures de sport. Puisque cette paire de tongs et cette paire de chaussures de sport, ont été produites lors d'une même période, suffisamment courte pour que l'inflation n'y soit pas importante, et puisqu'elles ont été produites dans un même espace monétaire, avec un même niveau d'équipement, et par des travailleurs ayant un même niveau de qualification et vendant leur travail au même prix, le rapport entre les valeurs marchandes de cette paire de tongs et de cette paire de chaussures de sport serait le reflet fidèle du rapport entre leurs volumes réels.
Finalement, le volume réel d'une quantité hétéroclite de biens et services, peut donc être défini comme la valeur marchande qu'aurait cette quantité de biens et services, s'ils étaient tous produits dans un même univers économique de référence, qui serait "homogène". Cet univers économique serait "homogène", en ce sens que deux biens ou services d'un même modèle auraient nécessairement la même valeur marchande, dès lors qu'ils seraient produits dans cet univers, même s'ils n'étaient pas produits en un même point de cet univers. On peut notamment considérer comme "homogène", tout univers économique pris sur une période assez courte pour que l'inflation n'y soit pas importante, dans lequel il n'y aurait qu'une seule monnaie, et où les niveaux d'équipement et de qualification, et la valeur marchande du travail pourraient eux aussi être considérés comme homogènes.
Qualité des estimations.
L'estimation que j'ai faite de la balance commerciale en volume de la France, pourrait sûrement être améliorée. Pour faire une estimation plus satisfaisante, il aurait fallu que je dispose du niveau des prix des biens produits par les acteurs produisant des biens exportés, dans chaque branche d'activité, et dans chaque pays. J'aurais alors pu calculer le volume réel d'une quantité de biens échangés, produits dans un certain pays, et appartenant à une certaine catégorie, en divisant la valeur marchande de cette quantité de biens, par le niveau des prix à l'exportation, de ce pays et de cette branche d'activité. Je me suis contenté d'utiliser des niveaux des prix concernant globalement les biens et services de toutes catégories, et exportés ou non, produits dans chaque pays, car ces chiffres donnés par le FMI sont faciles d'accès. Peut-être donc que les organismes de statistiques fournissent des chiffres permettant de faire une meilleure estimation ? On peut penser que le véritable déficit commercial en volume de la France, risque d'être moins accentué que l'estimation que j'en ai faite, mais qu'il risque tout de même d'être plus accentué que le déficit commercial en valeur de la France.
L'estimation que j'ai faite des contenus en emplois calculés en volume, des importations et exportations, pourrait quant à elle être raffinée, tout d'abord et surtout grâce au raffinement de l'estimation de la balance commerciale en volume. Mais aussi, en utilisant une méthode de calcul un peu plus précise mais beaucoup plus compliquée. Il s'agit d'une méthode dite "d'analyse entrées sorties", genre qui a été initié par Leontief. Elle utilise la donnée statistique lourde qu'est le tableau d'entrées sorties de la France en 2008 (fournie notamment par l'OCDE, dans sa base de données STAN). Une description de cette méthode de calcul est faite par Jean-Marie Cardebat, dans son livre La mondialisation et l'emploi.
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