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Accueil du site > Actualités > Economie > Le FMI a encore frappé en Mauritanie : Croissance, quelle croissance (...)

Le FMI a encore frappé en Mauritanie : Croissance, quelle croissance ?

Infatigables ces experts du Fonds Monétaire International qui viennent chaque année, en costume-cravate annoncer aux autorités mauritaniennes une dynamique économique et une croissance… introuvables ! Le chef de la mission du FMI pour la Mauritanie vient, en effet, de déclarer à Nouakchott qu’il estimait à près de 7% la croissance en Mauritanie eu égard au développement important des activités minières et le dynamisme de l’économie en général ! Et les autorités mauritaniennes talonnant ces déclarations, dont elles fournissent elles-mêmes les sources statistiques, en clament 6,3% ! Vox FMI, vox Dei... La croissance économique... aux enchères.

ll est temps que les experts du FMI cessent d’infantiliser nos pays en développement, à travers leurs déclarations tonitruantes sur « leur bonne croissance » et leurs « bonnes performances économiques » légitimant ainsi souvent la gouvernance économique de nos régimes.

La dernière déclaration de la mission du Fonds Monétaire International en Mauritanie, qui n’est en fait qu’une « perle » du chapelet interminable de déclarations que les missions du FMI font chaque année, est non seulement fausse, mais d’un cynisme qui laisse tout observateur, de la dégradante situation économique et sociale du pays, pantois.

Lorsque dans notre pays, les mendiants peuplent les rues, lorsque l’infrastructure tant industrielle, économique et sociale est inexistante, lorsque les quatre-cinquièmes de la population vivent dans la misère et le dénuement complets, lorsque le chômage est le lot de toute une jeunesse, lorsqu’une capitale croule sous l’indigence de ses responsables et le poids de ses quartiers malfamés, lorsque le pays profond vit sous le seuil de pauvreté sans les moindres infrastructures de base ni eau potable, lorsque l’enseignement est un faire-valoir de la misère de l’élève, de l’étudiant et de l’enseignant, lorsque la corruption gangrène le pays au vu et au su de tout le monde, lorsque les détournements de biens public sont le commun de la gestion publique, lorsque le taux de mortalité (enfants et adultes) est l’un des plus élevés du monde… comment les experts du FMI peuvent-ils alors déclarer que la Mauritanie a réalisé une « bonne croissance » et des « bonnes performances économiques » ?

A tire d’exemple historique, une croissance qui déjà, selon eux se situait, pour 2012 à plus de 5,5%, portée par la reprise vigoureuse de la production agricole et le dynamisme attendu du secteur des bâtiments et travaux publics » tandis que « l’inflation continuera à être contenue aux environs de 6% » ! D’autre part « La mission a félicité les autorités pour avoir réalisé avec succès les critères de réalisation et les repères structurels du programme à fin 2011 ». (Déclaration de la mission du FMI. Quatrième revue du programme de la Mauritanie appuyé par la Facilité élargie de crédit (FEC), Nouakchott. 2012).

Et depuis 2012, en croissance soutenue… le pays décroit !

Pourquoi ?

Parce que la « croissance » que les experts du FMI déclarent n’est pas la croissance réelle de notre pays.

Nos populations crient misère et les experts affirment les performances économiques ! Il est temps qu’ils tiennent un vrai langage, pas celui tenu dans les salons feutrés de nos ministères et imbu d’une vision macro-économique que ne se justifie pas tant elle est déconnectée des réalités économiques.

La croissance économique ne résulte pas des critères retenus par ces experts, celle qu’ils clament à nos gouvernements est en fait une croissance du revenu national. Et l’on ne peut déclarer une véritable croissance que lorsque le revenu national est géré avec efficience et efficacité, aboutissant à un investissement économique et social profitant à la nation et visant le développement. Conduisant à une distribution équitable des richesses et générant la production et la productivité de tissus industriels et commerciaux qu’il aura participé à développer.

La vraie croissance est celle qui résulte de la plus-value générée par l’économie nationale tout entière, à travers son industrie, son commerce, sa recherche-développement, son innovation technique et technologique, de l’exportation de son savoir et de son savoir-faire.

On ne peut parler de croissance quand il s’agit de comptabiliser le revenu de ressources naturelles (minières et halieutiques) et de le clamer haut et fort pour conforter nos gouvernants et la conscience des experts (soumettre à l’examen du Conseil d’administration du FMI la conclusion de la énième revue des accords passés avec la Mauritanie), alors qu’il ne s’agit que de revenus de ressources non renouvelables.

En fait les chiffres avancés par les experts du FMI sont trompeurs et portent sur la croissance au sens de "l’expansion du revenu national", c’est-à-dire ce "fourre-tout" dans lequel on fait figurer le revenu de la Nation quelle que soit sa provenance !

La croissance…sans développement !

La « croissance » brandie par ces experts est ainsi celle du "revenu national" pas celle de la somme des valeurs ajoutées des unités économiques du pays et qui s'exprimeraient par des variations du Produit Intérieur Brut (PIB) réel (corrigé de l'inflation) ou nominal (exprimant la valeur marchande des biens et des services produits par un pays.).

La croissance dont il s'agit est bien celle du Revenu National et non pas de l'économie nationale !

En effet, la croissance économique, telle qu’elle est calculée, ne mesure que la variation quantitative d’un agrégat économique, elle n’est donc pas synonyme de développement. Le développement est généralement associé à la croissance, mais il peut y avoir croissance sans développement. C'est le cas de la Mauritanie où les taux de croissance affichés ne sont que ceux du revenu national (rente nationale).

Ainsi si la vraie croissance économique traduit la variation quantitative, durable, auto-entretenue et non réversible de la production de biens et services, la fausse croissance en Mauritanie traduit la variation quantitative non durable, auto-entretenue et réversible d'un revenu national (d'une rente pétrolière et autre) au profit d'une minorité qui a depuis longtemps (et depuis toujours) planifié son détournement au détriment du développement.

La vraie croissance repose sur la fonction de production et non pas d'accumulation de revenu national (issu de la rente).

Cette fonction de production repose sur l'utilisation des facteurs de production, travail et capital.

La croissance dépend donc des quantités de facteurs de production disponibles et de la manière dont ils sont utilisés.

De la pauvre… histoire à l'éternel recommencement.

Membre du FMI depuis le 10 septembre 1963, la coopération financière avec notre pays est ancienne et est même antérieure au programme d’ajustement structurel de 1985.

En 1979, la Mauritanie avait déjà bénéficié de l’assistance du FMI à l’occasion de son programme de redressement économique. Le plan de redressement économique et financier (PREF), le Plan de consolidation et de relance (PCR) asseyaient déjà la philosophie des Plans d’investissements publics (PIP) et la grande saga des cadres de lutte contre la pauvreté (CSLP), des Cadres des dépenses budgétaires à moyen termes (CDMT) et autres Budget consolidés d’investissement (BCI).

L’ajustement structurel démarra effectivement en 1985, avec son défilé de missions du FMI et ses financements. Le FMI, devînt une manne pour les autorités mauritaniennes qui, au-delà d’un semblant d’ajustement structurel (dont on mesure aujourd’hui, les résultats !), affina la stratégie d’autorités publiques corrompues et budgétivores à se spécialiser dans l’utilisation des mécanismes de l’endettement pour « pomper » les moyens du FMI.

Ainsi pour mieux bénéficier des avantages d’un tel système la Mauritanie déclara son éligibilité à tous les mécanismes de la pauvreté internationale. Ses dirigeants la déclarèrent parmi les PMA (les pays les moins avancés), puis pour encore mieux bénéficier d’un régime plus favorable, ils déclarèrent la Mauritanie PPTE (Pays Pauvres Très Endettés).

Une mendicité internationale qui, contrairement à la mendicité locale, avait son financier international : le FMI.

Mais qu’a tiré la Mauritanie de cette assistance du FMI ? Toujours aussi pauvre !

Avec le FMI, la Mauritanie a expérimenté, en tant que PVD, PMA et PPTE, tous les circuits de l’assistance financière. Et ses gouvernants s’y complaisent.

Du « point de décision », à celui de l’achèvement en passant par celui de la transition, les autorités mauritaniennes ont engrangé des millions de dollars au titre de leur engagement avec le FMI.

Le déficit budgétaire s’est-il résorbé ?

Nos entreprises sont-elles devenues plus compétitives ?

Notre tissu industriel est-il devenu une référence ?

Nos infrastructures portuaire et routière sont-elles un exemple du genre ? ….

Et pourtant à chaque mission du FMI, on annonce une croissance économique (rarement en deçà de 4%), un progrès dans le rétablissement des équilibres macroéconomiques, alors que notre balance des paiements est plus que jamais déficitaire et que l’endettement s’accroit. Le chômage est plus qu’inquiétant et le pouvoir d’achat des citoyens rivalise avec le niveau de la mer.

56 ans d’assistance du FMI et nous sommes encore pauvres parmi les pauvres !

56 ans d’accords avec le FMI et nous sommes encore pauvres parmi les pauvres et pourtant les missions du FMI n’hésitent pas à nous affirmer « que les indicateurs de performances sont satisfaisants ». La seule chose que nous ne savons pas encore c’est à qui profite la performance et la croissance ?

Depuis 56 ans que la Mauritanie tire des Droits de tirage spéciaux, ces unités de compte du FMI, elle n’arrive plus à lâcher cette mamelle. Et le FMI n’arrivant pas à la sevrer est pris au piège d’un pays dont les problèmes résident moins dans le besoin d’assistance que dans l’intégrité morale des hommes qui le dirigent.

Ni le développement d’un pays, ni sa croissance ne peuvent être liés à des déclarations d’experts soumis aux canons d’une institution bridée par sa mission, celle de réduire le devenir des Etats et le sort de leurs populations à des équilibres macroéconomiques.

Mais le plus grave, c’est que les déclarations des experts du FMI, à travers leur appréciation de la croissance de nos pays ont une portée qui n’est pas simplement financière (en vue souvent de justifier, ou non, le financement du pays considéré), elles ont un impact important sur l’appréciation de la gouvernance économique et sociale de nos régimes politiques.

Souvent ces déclarations, en contradiction avec la réalité socio-économique de nos peuples, induisent en erreur les masses, confortent la mauvaise gouvernance et les régimes dans leur gestion désastreuse de nos pays.

Il serait bien plus préférable que le FMI réduise la portée de ses déclarations au cercle gouvernemental intéressé par ses missions et adopte une politique de confidentialité évitant de les porter dans le public, car il participe à maintenir des peuples entiers dans la misère, la désinformation sur l’état réel de leur pays et conforte les régimes dans leur mauvaise action.

Le FMI doit structurellement s’ajuster pour adopter soit une définition de la croissance réelle, soit maintenir la sienne en faisant comprendre qu’elle n’est point expressive d’un quelconque développement économique. Mais il est à craindre que dans le premier cas comme dans le second, il ne témoigne de l’introuvable croissance, de la pauvreté structurelle des nations qu’il « ajuste » et donc de l’inefficacité de son action.

Dans tous les cas, il devient urgent que le FMI ne soit plus une institution qui justifie, à travers ses déclarations, les dérives socio-économiques de nos gouvernants.

Pr ELY Mustapha


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11 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 12 octobre 2019 13:21

    Croire que la croissance économique d’un état produit une meilleure répartition de la richesse et de l’emploi est une illusion aussi grotesque gros que celle qui consisterait à croire que l’accroissement du pouvoir d’un roi aurait pour effet un accroissement du pouvoir de ses sujets : c’est même le contraire, l’absolutisme du capital financier n’améliore pas la répartition des richesses et ne crée pas de travail, mais elle enrichit ceux qui ont à la fois le pouvoir politique et le pouvoir économique.


    • Pr ELY Mustapha Pr ELY Mustapha 12 octobre 2019 13:47

      @Séraphin Lampion
      C’est bien juste Séraphin. Et c’est le malheur de ce pays.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 12 octobre 2019 13:56

      @Pr ELY Mustapha

      Pas seulement ce pays : au-delà même de la notion (discutable) de « croissance »,  la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique a constaté que les pays qui suivaient les programmes recommandés par le FMI avaient des taux de « croissance » inférieurs à ceux des pays qui se reposaient sur le secteur public pour répondre aux besoins fondamentaux de leur population, sans parler de l’imposture de répartition des richesses qui fait que » croissance » et développement ne vont pas forcément de paire.


    • Pr ELY Mustapha Pr ELY Mustapha 12 octobre 2019 15:22

      @Séraphin Lampion
      En effet. Cependant le problème n’est pas celui du chiffrage de la croissance annuelle, le problème véritable est que quel que soit le niveau de cette croissance, chiffrée en amont, c’est l’utilisation, en aval, des ressources (naturelles, industrielles ou autres) qui est une catastrophe (incompétence des gestionnaires, allocations budgétairres indues, détournement des investissements en capital des projets, corruption, népotisme, détournement des biens publics, falsification des marchés publics etc. etc)..Toute la pauvreté malgré les niveaux de croissance vient de la maladministration en connexion avec la mauvaise gouvernance. Hélas !


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 12 octobre 2019 15:44

      @Pr ELY Mustapha

      on est d’accord, je crois
      ce que je voulais dire c’est que ce n’est pas une question de compétence mais de choix politique délibéré
      quand la plus-value réalisée sert à conforter les profits des exploitants étrangers qui arrosent des prête-noms locaux corrompus, il ne s’agit plus de « gouverance » mais de technique d’approvisionnement qui s’appelle du pillage.
      Le PIB peut « croître » par contre-coup, mais s’il cette « croissance » n’est affectée qu’à un seul usage, celui d’augmenter le patrimoine et les ressources fiduciaires des nantis, cela ne s’accompagne pas d’un développement mais creuse les écarts.


    • Désintox Désintox 12 octobre 2019 15:13

      Merci pour cet article.


      • Pr ELY Mustapha Pr ELY Mustapha 12 octobre 2019 15:15

        @Désintox
        Merci à vous.


      • sls0 sls0 13 octobre 2019 19:43

        Il y a 30 ans on m’aurait demandé à quoi sert le FMI et la banque mondiale vis à vis de l’Afrique j’aurais répondu : les empêcher de se sortir de la merde, les désinsdustrialiser pour qu’ils ne soient que des producteurs de matières premières sans pouvoir sur les prix. Faire en sorte qu’ils s’endettent pour pouvoir les obliger à appliquer une politique qui va les faire plonger encore plus.

        Quand je regarde maintenant je ne cherche que la confirmation de mon analyse d’il y a 30 ans.


        • JC_Lavau JC_Lavau 13 octobre 2019 20:23

          @sls0. Houla ! Vilain complotisse qui fait rien qu’à dénoncer les complots les plus honorables et sanglants !


        • sls0 sls0 13 octobre 2019 23:56

          @JC_Lavau
          Je ne dénonce que le non factuel et le stupide.
          Il est vrai que dans le dit « complotiste » ça ne manque pas.
          Pour s’en sortir il faut être un minima autarcique, la plupart des pays africains n’ont jamais eu l’industrie pour être indépendant avec ses propres produits.
          Faire ce constant ne fait pas de vous un complotiste.


        • JC_Lavau JC_Lavau 14 octobre 2019 00:20

          @sls0. Un « complotiste » breveté par la C.I.A. est d’abord un citoyen qui s’aperçoit que la commission Warren était de mèche avec les assassins, dans ce coup d’état préparé depuis l’investiture de JFK, et qui a abouti le 22 novembre 1963. Un citoyen donc potentiellement « dangereux » pour le complot à couvrir, et qu’il faut neutraliser, ridiculiser et intimider.

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