Les marchés à la rigueur
Les marchés, à la rigueur, seraient utiles s’ils étaient soumis à la rigueur.
Cet article plaide pour que les États reprennent le monopole de la création monétaire. Avec la loi corolaire : l’État n’a pas de dettes. Il paie ses dettes avec la création monétaire.
Le passage de l’état actuel du système monétaire mondial à un système contrôlé par les États, eux-mêmes « contrôlés » par les peuples ne peut être brutal et faire l’objet d’une seule décision. Ce passage, s’il était entrepris, comprendrait bon nombre d’étapes intermédiaires.
Mais, pour ce faire, il faudrait un peuple mondial qui en ait une vision assez claire et durable. Il faudrait un peuple mondial.
La rigueur des politiques économiques des États est la condition de la non-rigueur irrationnelle des marchés. Les marchés, dans le rapport de forces qui les unit et les sépare, c'est-à-dire les oppose aux États, ont les moyens, tous les moyens, d’imposer la rigueur aux États pour nourrir leur non-rigueur. Cette non-rigueur est une fantaisie irréaliste, exubérante, contradictoire... son nom principal, le nom qui la décrit le mieux est liberté. Liberté pour les marchés. Contraintes pour les États. Soumission des États à la liberté absolue des marchés. Avec la soumission des États aux marchés, on a une certaine soumission des peuples. Mais sans doute, contrairement à ce qui s'exprime partout, cette soumission n'est pas pire qu'avant, ce sont les conséquences de cette soumission qui sont pires.
Cette liberté des marchés est telle que les marchés ne seront jamais satisfaits de l'État. L'État se comportera toujours mal pour ces maîtres : les politiques de rigueur auront, ont déjà, le défaut de casser la croissance, et de mettre à mal les perspectives de captation de richesse par les acteurs des marchés ; tandis que l'endettement des États créent du trouble dans les perspectives de remboursement... ce qui suggère ces politiques de rigueur... Les marchés sont toujours maussades, jamais contents, carrément méchants...
La création monétaire était une fonction régalienne de l'État. Les fonctions régaliennes sont les fonctions sur lesquelles se sont bâtis les premiers États. Elles nous indiquent, en principe, le noyau dur des utilités pratiques que l'État doit prendre en charge : sécurité extérieure (l'armée), intérieure (la police), justice, monnaie... L'État avait une prérogative absolue de création de la monnaie, pour signifier la valeur économique, permettre l'échange et l'accumulation. De nos jours, la création monétaire est partout (ou presque) et sans freins (ou presque). Des accords dits prudentiels sur la création monétaire par les banques ont déjà été passés entre les États entre eux d'un côté et entre les États et les banques d'un autre côté. Ces accords sont insuffisants. Il faut en refaire d'autres. Ce qui est problématique. Les États ne peuvent imposer ces accords. Ils ont besoin du consentement des banques. S'ils passent outre à cette obligation de consentement, les banques détourneront les accords. Ce qui n'assure pas qu'elles les respecteront si elle se montre consentante ; cela veut juste dire que si les États ne leur font pas dire qu'elles sont d'accord, ils peuvent être sûrs que les banques ne suivront pas ces accords. Pour garder une chance que ces accords servent, c'est-à-dire que la création monétaire reste limitée, bornée, il faut un accord cogéré ! Et dans cette cogestion, les banques sont plus fortes que les États, elles sont juges et parties ; elles peuvent intégrer quelque chose de l'intérêt général mais elles ne peuvent quitter ni perdre leur intérêt particulier.
Nos ennuis ne sont pas exactement économiques : ils ne concernent pas la production, la distribution, la consommation. Nos ennuis sont monétaires, ils proviennent des masses monétaires qui circulent dans le monde à la recherche du meilleur placement. Ils proviennent de ces masses monétaires et y retournent. Ces masses monétaires sont sans commune mesure avec l'économie (dite réelle de la production...). Vu de leur côté, elles ont des accroches avec l'économie, multiples, faibles, sporadiques, aléatoires, inconsistantes, mais cruelles et mortelles. Elles s'alimentent surtout de leurs propres mouvements. Vu du côté de l'économie, quand elles se déposent quelque part ou quand elles en repartent, elles créent des désordres invraisemblables. Elles sont des sauterelles, elles se nourrissent et épuisent complètement leur producteur de nourriture.
Il faudrait réajuster la masse monétaire à l'économie. Et pour cela, reprendre la création monétaire à la liberté des marchés pour la donner ou la redonner à la liberté des États. Étatiser les banques, en quelque sorte.
Pour cela, il faudrait qu'un peuple, ou mieux, des peuples s'emparent de cet objectif et le portent par la lutte jusqu'à ce que leurs États le mettent en place. Sans rêver d'une solution finale. Juste comme l'arrêt de la création du problème et de son entretien.
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