Marché et capitalisme financier que cachez-vous ?
Cette crise financière aura eu l’avantage de faire s’interroger les Français sur le laisser-faire qui a été le leur, englués dans la tristesse d’une information spectacle anesthésiante qui d’ailleurs se poursuit comme si de rien n’était car elle est source de revenu pour les médias, et d’autre part parce que la vie continue.
Nous y retrouvons tout le produit des informations que nous avons instillées de manière uniforme depuis plus de vingt ans et toutes les compréhensions individuelles que chacun s’est faite du libéralisme, du capitalisme, du marché, de la loi du marché, etc.
Peu importe que l’on se trompe puisque l’on a participé aux discussions et c’est ce qui est le plus important, car cela fonde l’intérêt que l’on a pour le sujet.
La grande nouveauté est l’apparition de deux notions.
La première consiste à dire que l’on ne peut pas vivre en dehors du marché, et la seconde est qu’il existe un capitalisme financier.
C’est quoi le marché. En économie capitaliste comme la nôtre, c’est seulement la confrontation de l’offre et de la demande.
Ainsi tous les acteurs individuels ou collectifs qui se trouvent à un moment ou un autre suivant leurs désirs offreurs ou demandeurs participent au marché, puisque de leurs décisions va dépendre la production de biens et de services, leur quantité et qualité ainsi que la masse de monnaie disponible pour réaliser les échanges. Je pense avoir résumé au plus simple une organisation d’échange complexe.
Aussi quand les hommes politiques actuels, à quelques exceptions près, reprennent à leur compte cette notion de marché, souvent c’est pour sous-entendre qu’il ne peut être fait autre chose et chacun comprend qu’il faut qu’ils obtiennent avec un minimum le maximum.
Aurions-nous inventé la compétition, non bien sûr la compétition à la survivance fait partie intégrante du vivant (pour faire court).
Devant cette contrainte fixée par la biogénèse, l’humain a petit à petit établi des règles pour gérer sa multitude, elles ont donné les sociétés dans lesquelles la compétition à la survivance a été régulée par l’intervention d’une autorité multiformes.
Il a développé imparfaitement la solidarité intra-espèce à plusieurs niveaux, le groupe, le clan, la tribu, la société, toujours remise en cause par notre nature « égoïste » et il lui reste une étape à franchir, l’espèce.
Ainsi chacun de nous vit selon les règles de sa culture et le marché en porte la couleur, le marché n’est pas sans morale, il y a celle des hommes qui y œuvrent, et le fait d’avoir colonisé la planète n’emporte pas la nature irréversible de nos comportements puisqu’ils sont la part adaptable de notre biogénèse (Théodore Monod considère que l’homme s’est séparé de sa biogénèse, c’est un point de vue que je ne partage pas car il nous rendrait maître de notre libre-arbitre).
Et qui dit adaptable, dit donc possibilité de diversité, ce qui est plus conforme à ce que l’on observe sur et au-dehors de cette planète, même si cela reste notre observation, et est donc soumis à caution.
Alors quand nous parlons du marché et de sa loi, de quoi parlons-nous, d’une liberté d’entreprendre qui est réglementée et moralisée, de la liberté enchâssée dans plus d’une vingtaine de codes ou du désir en son nom de retrouver notre nature biologique manger, baiser sans aucun effort puisque notre biologie est économe d’énergie lorsque le vivant a tout ce qu’il faut à sa disposition, l’EDEN (ce que j’illustre souvent en disant que le singe ne s’écarte pas de l’arbre qui le nourri) ?
Le fait d’avoir désidéologisé le débat ne permet plus à ceux qui n’ont pas eu la chance d’avoir nourri leur potentiel éducatif de sortir des slogans réducteurs et laisse aux hommes politiques et aux décideurs le champ de la manipulation grand ouvert.
Si vous voulez embêter quelqu’un qui vous parle de la loi du marché, demandez-lui donc de quoi il vous parle, et s’il vous dit qu’il parle de milliards de décisions humaines qui s’organisent, répondez qu’il n’est pas Dieu pour considérer que la vie sur cette planète est un marché et l’humain une marchandise, mais qu’il vous dise plutôt quels sont les désirs qu’il cache derrière ce terme.
Ensuite, nous avons le capitalisme financier, c’est le nouveau dindon de la farce, nos maux c’est lui, il a surgi comme cela après une bonne pluie de monnaie, il a poussé comme un champignon. Un bon coupable pour justifier l’incapacité des politiques à prendre des décisions socialisatrices de redistribution.
Il n’y a pas de décision de placement qui ne se fasse dans l’espérance d’un gain futur. Mais la particularité de ces dernières années est que le capitalisme s’est débridé sous son hégémonie et l’enrichissement immédiat est devenu la règle, même ceux qui se croient parvenus y jouent. Ceci est rendu possible par la technologie et le mouvement s’est accéléré avec la libre circulation des capitaux.
C’est ennuyeux cela, il n’y a plus personne pour se revendiquer de cette décision politique ; zut je croyais que c’était la main invisible.
Il n’y a pas de capitalisme sans accumulation de monnaie. Marx expliquait que la monnaie capitalisée était la transformation du travail des ouvriers, si aujourd’hui ce n’est plus en lien direct avec le monde ouvrier, le marché financier demeure le lieu où l’on se procure la monnaie disponible.
Presque toutes les sociétés font des placements financiers, plus personne ne dispose de liquidité dans un coffre, tout n’est que jeu d’écriture, notre richesse est virtuelle, les masses de monnaie sont virtuelles, seule leur incidence psychologique est une réalité.
Il faudra donc que le président nous explique comment il va séparer le capitalisme financier pour ne conserver que le capitalisme d’entreprise dont l’on connaît les effets délétères par l’histoire sociale et dont la caractéristique est d’être despotique et d’avoir dans ses mutations successives généré justement ce marché spéculatif qui exploite le désir insatiable de l’homme d’avoir un futur meilleur sans effort.
Mais ce qui peut être fait est de donner à ces masses financières des objectifs en adéquation avec les grands défis de ce siècle, et cela est du domaine politique et éthique, moral quoi !
C’est du rôle des systèmes d’autorités, peu importe qu’ils soient privés ou publics car lorsque des individus se trouvent sans contrepoids ou contre-pouvoir ils retrouvent leur nature égoïste sans partage jusqu’à la rupture car il y en a toujours une.
De plus, l’on ne peut jamais en faire l’économie car c’est elle qui est le symptôme indicateur, la réaction des politiques pour consolider les banques doit se poursuivre par une consolidation de la circulation de la monnaie quitte à envahir ou bannir tous les lieux offshores.
Il ne s’agit pas d’aller prendre la richesse à ceux qui la possèdent, puisque lorsque l’on a besoin de monnaie il suffit d’en créer, mais d’éviter qu’ils servent d’aspirateur asocial.
Il paraît plus facile de crier haro sur le capitalisme financier que d’en cerner le contenu d’autant que la plupart des Français moyens, via leur banque, jouent au capitaliste financier.
Mais bien sûr chacun d’entre nous ne voient que les boucs émissaires qu’on leur présente car nous vivons depuis si longtemps du chant des cigales en regardant tous les jours dans les JT au théâtre ce soir.
Je ne sais pas si j’ai raison sur ces deux points, mais au moins Agoravox aura permis un large débat.
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