Or noir, traitement encore moins lumineux
Ou comment la hiérarchisation de l'information semble révéler une fois de plus la puissance des lobbies
Je reviens de Guadeloupe (ouh le chanceux entends-je du fond de la classe…) ou, comme beaucoup de personnes touristes ou non, j’ai subi la grève des carburants organisée par le syndicat des gérants de stations-services.
Pour que le lecteur comprenne, voici, rapidement résumées, les raisons officielles de la colère :
Victorin Lurel, ministre de l’Outre-Mer, a entrepris en 2013 de réviser les décrets régulant les tarifs des carburants en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane. Ces décrets, co-signés en décembre 2103 par les ministres Philippe Martin (Énergie) et Pierre Moscovici (Économie et finances), auraient pour objectif de rendre plus transparente les marges des compagnies pétrolières, de s’y attaquer (on parle de 14 à 22%) et par ricochet, de faire baisser les prix à la pompe.
L’incompétence des ministres susnommé en matière d’économie, pire de commerce, n’est certes plus à démontrer. Malgré cela, elle le fut une fois de plus…
En matière d’achats de biens de production ou d’énergie, baisser la marge du fournisseur de rang 1 mène quasi systématiquement, par effet de levier, à une pression de celui-ci sur le fournisseur de rang 2 pour rognage de sa marge. Ceci d’autant plus si la différence de poids financier ainsi que l’existence de monopole clientéliste existe, ce dont la grande distribution (en particulier au niveau de l’essence) est un cas d’école. N’importe quel acheteur professionnel le sait…
Le rang 2 étant occupé par les gérants de stations-services, une protestation (sous forme d’arrêt de livraison ou grève, avec prise des consommateurs finaux en otage) était plus que prévisible.
D’autant que les pétroliers ont brandi non seulement la menace de la récupération des marges perdues exclusivement au détriment des pompistes. Parmi les « solutions » envisagées : reprise en gérance directe, augmentation des loyers, généralisation des stations automatiques.
On pourra discourir sans fin sur la déontologie de telles pratiques, sur la sottise d’un gouvernement, qui, décidemment, se caractérise par l’usage systématique du passage en force et l’inexistence de discussion et de négociation.
Je souhaite plutôt m’arrêter sur le traitement de l’information en France métropolitaine.
J’avoue que la place inexistante accordée à ce mouvement (suivi en Martinique et en Guyanne quoique l’épicentre reste Guadeloupéen) dans les « médias » nationaux me laisse sans voix. Certes, ces « petits bouts de France » si loin de la métropole ne pèsent évidemment pas grand-chose à la vue des préoccupations métropolitaines du moment : notre président porte-t-il un casque lorsqu’il enfourche sa concubine, Dreux est-il devenu l’épicentre du prochain holocauste, faut-il ou non s’inquiéter des discounts 4G de Free, Libération va-t-il enfin laisser la place à un vrai journal…
Bon, on dira peut-être que j’y vois une obsession du « 2 poids 2 mesures » si bien défendu entre autres par Duhamel&Monotuka&Duhamel (j’y reviendrai dans un article séparé, promis), mais 1 Million de Français privés d’essence, une économie réduite à peau de chagrin à la suite d’un mouvement de contestation d’un syndicat finalement assez peu puissant et organisé, cela aurait au moins mérité quelques lignes dans Le Monde ou Le Figaro me semble-t-il…
Je ne doute pas que si tous les pompistes de Toulouse et sa banlieue avaient entamé les mêmes protestations, non seulement un paquet de quotidiens nationaux en auraient fait leurs unes, mais pourquoi pas JT et même hebdos en kiosque. La rien !??!
Stupéfaction et désarroi. Tout d’abord pour le touriste métropolitain dont j’ai pu revêtir les habits durant quelques semaines. Mais aussi pour le négropolitain dont l’origine Martiniquaise m’a été rappelé plus souvent qu’à son tour et de manière plus ou moins subtile par mes « concitoyens » à visage pale, ceci depuis l’école primaire.
L’information qui « mérite considération nationale » ne serait-elle cantonnée qu’a une certaine partie de la population ? La notion de couleur interviendrait-elle dans le choix éditorialiste des patrons de presse et autres rédacteurs en chefs ? Une chute de ski d’une star blanche étrangère mérite-t-elle un traitement 100 fois plus intense que la perturbation de la vie quotidienne, mais aussi de la subsistance financière de 1 Million de noirs compatriotes ?
J’ai bien peur que, malheureusement, la réponse soit dans les questions…
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